Neal Sher, un avocat qui a dirigé pendant 11 ans le bureau fédéral qui a extirpé les nazis de la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis et a décidé de révoquer leur citoyenneté et de les expulser, est décédé dimanche à son domicile de Manhattan. Il avait 74 ans.
Sa femme, Bonnie Kagan, a déclaré que la cause était très probablement un arrêt cardiaque.
M. Sher a rejoint le nouveau Bureau des enquĂŞtes spĂ©ciales, le dĂ©partement de chasse aux nazis du ministère de la Justice, en tant qu’avocat plaidant en 1979 et en est devenu le directeur quatre ans plus tard. Ses cibles Ă©taient souvent des individus qui avaient menti pour entrer aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale pour dissimuler leur passĂ© nazi.
« Nous poursuivons les personnes impliquĂ©es dans les crimes les plus odieux connus de l’homme moderne », a dĂ©clarĂ© M. Sher à « CBS Morning News » en 1983. « Pour ces personnes, vivre librement aux États-Unis est contraire Ă tout ce que ce pays reprĂ©sente. »
Les affaires que M. Sher a poursuivies ou supervisĂ©es comprenaient celles de John Demjanjuk, accusĂ© d’avoir Ă©tĂ© gardien de camp de la mort et dĂ©portĂ© en Allemagne ; l’archevĂŞque Valerian Trifa, qui, en tant que membre de la Garde de fer antisĂ©mite de Roumanie, aurait Ă©tĂ© l’instigateur d’un pogrom en 1941 contre les Juifs Ă Bucarest ; et Arthur Rudolph , qui a Ă©tĂ© accusĂ© de « travailler Ă mort des esclaves » dans l’usine de fusĂ©es V-2 en Allemagne avant de devenir chef de projet du programme de fusĂ©es Saturn 5 de la NASA, qui Ă©tait essentiel aux vols spatiaux Apollo.
M. Trifa a Ă©tĂ© expulsĂ© vers le Portugal, et M. Rudolph a renoncĂ© Ă sa nationalitĂ© et a acceptĂ© d’aller en Allemagne de l’Ouest plutĂ´t que de lutter contre l’expulsion. En 1987, le gouvernement a dĂ©clarĂ© qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour justifier son jugement.
« OSI avait un travail que beaucoup pensaient impossible Ă accomplir, et Neal a montrĂ© qu’il pouvait l’ĂŞtre », a dĂ©clarĂ© par tĂ©lĂ©phone l’ancienne reprĂ©sentante Elizabeth Holtzman, dĂ©mocrate de New York. Mme Holtzman, en tant que prĂ©sidente du sous-comitĂ© de la Chambre sur l’immigration, a dirigĂ© les efforts visant Ă persuader le ministère de la Justice de reprendre la poursuite des nazis par le gouvernement du Service de l’immigration et de la naturalisation.
En 1986, M. Sher a recommandĂ© que Kurt Waldheim, ancien secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations Unies, se voit refuser l’entrĂ©e aux États-Unis en raison de son service en tant que lieutenant de l’armĂ©e allemande dans les Balkans lors de campagnes brutales contre les partisans yougoslaves et de dĂ©portations massives de Juifs grecs dans les camps de la mort.
Dans un rapport adressĂ© au procureur gĂ©nĂ©ral Edwin Meese 3d, M. Sher a Ă©crit que « si M. Waldheim se trouvait dans ce pays, l’OSI demanderait l’autorisation d’engager une procĂ©dure d’expulsion sur la base de telles activitĂ©s ».
Un an plus tard, M. Meese a inscrit M. Waldheim – qui avait alors Ă©tĂ© Ă©lu prĂ©sident de l’Autriche – sur une liste de personnes interdites d’entrĂ©e aux États-Unis. M. Waldheim est dĂ©cĂ©dĂ© en 2007.
Peu de cas auxquels M. Sher Ă©tait confrontĂ© Ă©taient plus complexes que celui contre M. Demjanjuk. NĂ© en Ukraine, il Ă©tait un ouvrier de l’usine Ford Motor vivant Ă Cleveland. L’OSI a dĂ©clarĂ© qu’il avait dissimulĂ© ses crimes de guerre dans ses papiers d’immigration et l’a accusĂ© d’ĂŞtre « Ivan le Terrible », le garde sadique du camp de la mort de Treblinka en Pologne. Il a Ă©tĂ© dĂ©chu de sa citoyennetĂ© en 1981 et extradĂ© vers IsraĂ«l, oĂą il a Ă©tĂ© reconnu coupable de crimes de guerre en 1988 et condamnĂ© Ă mort.
Mais en 1993, la Cour suprĂŞme israĂ©lienne a annulĂ© sa condamnation, invoquant un doute raisonnable qu’il Ă©tait « Ivan le Terrible ». Plus tard dans l’annĂ©e, un panel de la cour d’appel amĂ©ricaine a rĂ©voquĂ© l’ordonnance d’extradition initiale et a critiquĂ© l’OSI pour ce qu’il a qualifiĂ© de zèle à « gagner Ă tout prix » dans la poursuite de M. Demjanjuk. Le bureau, a-t-il dĂ©clarĂ©, n’avait pas remis Ă sa dĂ©fense des preuves potentiellement disculpatoires selon lesquelles un autre Ukrainien, Ivan Marchenko, Ă©tait « Ivan le Terrible » et avait fait preuve d’un « mĂ©pris imprudent pour la vĂ©ritĂ© ».
Eli Rosenbaum, qui a succĂ©dĂ© Ă M. Sher en tant que directeur de l’OSI, a dĂ©clarĂ© dans une interview que bien que M. Sher n’ait pas jugĂ© l’affaire, « Il a eu la malchance d’ĂŞtre directeur lorsque de nombreux dĂ©tails sur la façon dont l’affaire a Ă©tĂ© mal gĂ©rĂ©e sont sortis. »
M. Demjanjuk est retournĂ© Ă Cleveland en 1993 et ​​a recouvrĂ© sa nationalitĂ© amĂ©ricaine cinq ans plus tard. Mais l’OSI a poursuivi sa poursuite, l’accusant d’avoir Ă©tĂ© gardien au camp d’extermination de Sobibor en Pologne.
« Si quelqu’un travaillait dans une usine Ford, il faisait des voitures pour gagner sa vie », a dĂ©clarĂ© M. Sher au Los Angeles Times en 2001. « Si quelqu’un travaillait Ă Sobibor, il tuait des Juifs pour gagner sa vie.
M. Demjanjuk a de nouveau perdu sa nationalitĂ© en 2002 et a Ă©tĂ© expulsĂ© vers l’Allemagne. Il a Ă©tĂ© reconnu coupable en 2011 par un tribunal de Munich pour avoir participĂ© au meurtre de 28 000 Juifs Ă Sobibor et a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă cinq ans de prison. Il est dĂ©cĂ©dĂ© un an plus tard dans une maison de retraite du sud de l’Allemagne.
Depuis 1979, l’OSI a dĂ©portĂ©, extradĂ© ou expulsĂ© 69 anciens nazis.
Neal Matthew Sher est nĂ© le 29 aoĂ»t 1947 Ă Brooklyn. Sa mère, Sally (Cohen) Sher, Ă©tait examinatrice du contrĂ´le des loyers pour la Housing and Development Administration de la ville de New York. Son père, Benjamin, un postier, avait participĂ© Ă l’invasion de la Normandie pendant la Seconde Guerre mondiale.
M. Sher a obtenu un baccalaurĂ©at de l’UniversitĂ© Cornell en 1968 et un diplĂ´me en droit de l’UniversitĂ© de New York quatre ans plus tard. Il a travaillĂ© pour le juge Barrington Parker Ă la Cour fĂ©dĂ©rale du district de Washington et a travaillĂ© dans un cabinet privĂ© en tant qu’avocat du travail avant de rejoindre le bureau de la chasse aux nazis. Le travail a nourri ses intĂ©rĂŞts pour l’Holocauste et les procès d’après-guerre des criminels de guerre de l’Allemagne nazie Ă Nuremberg.
En tant que directeur de l’OSI, il a mis en place un système sophistiquĂ© qui a permis aux historiens du bureau de vĂ©rifier les dossiers du personnel allemand en temps de guerre par rapport aux dossiers d’immigration des États-Unis. Le bureau s’Ă©tait auparavant fiĂ© aux pourboires, en grande partie d’autres gouvernements.
« Il existe un concept hollywoodien dans notre travail selon lequel un survivant reconnaît son bourreau dans la rue, ce qui est du grand cinéma », a déclaré M. Rosenbaum. « Mais la réalité ressemble plus à ce que nous avons fait. »
En collaboration avec IsraĂ«l et l’Allemagne, M. Sher a Ă©galement dirigĂ© les efforts de l’OSI pour retrouver Josef Mengele, le cĂ©lèbre mĂ©decin du camp de la mort. La recherche a conduit Ă la dĂ©couverte en 1985 d’un squelette dans un cimetière brĂ©silien qui a Ă©tĂ© dĂ©terminĂ© comme Ă©tant celui de Mengele. M. Sher lui-mĂŞme avait exhortĂ© les autoritĂ©s allemandes Ă prĂ©lever des Ă©chantillons de sang de la première femme et du fils de Mengele pour des tests ADN.
Il a Ă©galement rĂ©ussi Ă assurer la dĂ©portation vers l’Estonie en 1987 de Karl Linnas, l’ancien commandant d’un camp de concentration nazi qui vivait Ă Long Island. M. Linnas est dĂ©cĂ©dĂ© cette annĂ©e-lĂ dans un hĂ´pital de LĂ©ningrad après que les autoritĂ©s soviĂ©tiques eurent commuĂ© sa peine de mort.
M. Sher a quittĂ© l’OSI en 1994 pour devenir directeur exĂ©cutif de l’American Israel Public Affairs Committee, ou AIPAC, le principal groupe de lobbying pro-israĂ©lien aux États-Unis. Deux ans plus tard, il a rejoint un cabinet d’avocats de Washington et, en 1998, il a Ă©tĂ© nommĂ© chef de cabinet de la Commission internationale sur les rĂ©clamations d’assurance Ă l’Ă©poque de l’Holocauste, qui rĂ©glait les rĂ©clamations contre les assureurs europĂ©ens par les survivants de l’Holocauste et leurs familles.
Mais en 2002, il a dĂ©missionnĂ© lorsqu’il a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ© qu’il avait soumis plus de 100 000 $ de fausses demandes de remboursement de frais de voyage. Il a remboursĂ© l’argent, mais le barreau de New York a suspendu sa licence et le barreau de Washington l’a radiĂ©.
Outre son épouse, M. Sher laisse dans le deuil son frère, Robert. Ses mariages avec Anne Masters et Grazia Lupi se sont soldés par un divorce.
Après avoir Ă©tĂ© rĂ©intĂ©grĂ© au barreau de New York, l’un des principaux cas de M. Sher reprĂ©sentait les victimes des fusillades de masse Ă Fort Hood au Texas en 2009 par le major Nidal Malik Hasan ; 13 personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et plus de 30 blessĂ©es dans l’attaque. Les victimes ont dĂ©posĂ© une plainte contre le gouvernement fĂ©dĂ©ral pour obtenir des prestations et Purple Hearts.
L’armĂ©e a initialement classĂ© les fusillades dans la catĂ©gorie « violence au travail », ce qui a empĂŞchĂ© l’attribution des Purple Hearts. Mais M. Sher a soutenu que l’acte Ă©tait du terrorisme domestique ; Le major Hasan, qui a Ă©tĂ© reconnu coupable et est dans le couloir de la mort, a dĂ©clarĂ© que les tirs avaient Ă©tĂ© une tentative de protĂ©ger les dirigeants talibans en Afghanistan des troupes amĂ©ricaines.
Le Congrès a finalement modifiĂ© les conditions d’Ă©ligibilitĂ© pour le Purple Heart, permettant aux victimes de recevoir la mĂ©daille. Par la suite, M. Sher a dĂ©clarĂ© : «Je pense que cela met enfin fin Ă l’insinuation insultante et fallacieuse selon laquelle il s’agissait d’un incident de violence au travail.»
Richard Sandomir est un Ă©crivain de nĂ©crologies. Il a prĂ©cĂ©demment Ă©crit sur les mĂ©dias sportifs et le business du sport. Il est Ă©galement l’auteur de plusieurs livres, dont « The Pride of the Yankees : Lou Gehrig, Gary Cooper and the Making of a Classic ».@Rich Sandomir





