Neuf attaques ont Ă©tĂ© perpĂ©trĂ©es au cours du mois dernier, la plupart sans avertissement, avec un motif islamiste proĂ©minent et avec des victimes portant des uniformes. Ce qu’il faut faire ?
Concentrez-vous sur les activitĂ©s de contre-terrorisme et de renseignement dans les centres de prière, de prĂ©dication et d’Ă©tudes religieuses des deux cĂ´tĂ©s de la Ligne verte, et non moins important : recrutez des responsables arabes pour calmer les vents avant les vacances de Pessah.
L’attaque  à Hadera indique que nous sommes au milieu d’une vague meurtrière de terrorisme qui s’intensifie. Cela a commencĂ© le 2 mars et depuis lors, six IsraĂ©liens ont Ă©tĂ© tuĂ©s et dix blessĂ©s. Les forces de sĂ©curitĂ© disposent de suffisamment d’informations pour Ă©valuer que cette vague n’a pas encore atteint son potentiel explosif, et donc la tâche la plus urgente Ă laquelle sont confrontĂ©s le GSS (Shin Bet), la police et l’armĂ©e israĂ©lienne est de freiner rapidement l’escalade avant d’accuser davantage de victimes.
Il faut agir selon deux canaux : dans l’immĂ©diat – pour Ă©puiser les renseignements existants et l’expĂ©rience acquise lors des prĂ©cĂ©dentes vagues de terrorisme afin qu’il soit difficile pour les terroristes potentiels de mener dans les semaines Ă venir ce que l’on appelle des « attentats inspirĂ©s » (ceux dont les opĂ©rations sont inspirĂ©es par une attaque rĂ©ussie).
Dans le même temps, le GSS doit améliorer ses méthodes de collecte de renseignements et de lutte contre le terrorisme et mieux se préparer sur le terrain afin de réduire, dans les plus brefs délais, avec la police et les FDI, la motivation meurtrière et localiser les potentiels des menaces.
L’expĂ©rience montre qu’une vague de terrorisme ne peut ĂŞtre arrĂŞtĂ©e par une ou mĂŞme deux opĂ©rations. Il faut toujours, et cette fois aussi, tenir compte d’un « espace de freinage » qui durera au mieux quelques semaines, et au pire des mois, jusqu’Ă ce que l’establishment de la dĂ©fense rĂ©ussisse Ă faire s’estomper l’Ă©ruption meurtrière dans des proportions tolĂ©rables que l’opinion publique israĂ©lienne a malheureusement pris l’habitude de vivre avec.
Le fond est islamique, les victimes portent des uniformes
Afin de formuler une prioritĂ© correcte et efficace pour l’effort de confinement, il est important de noter les principales caractĂ©ristiques de la vague actuelle de terrorisme :
La première : la composante religieuse islamiste est le motif dominant sous l’influence duquel bon nombre des auteurs des attentats ont agi jusqu’Ă prĂ©sent. En gĂ©nĂ©ral, il semble que le motif nationaliste ait aujourd’hui moins d’influence que le motif religieux dans le monde musulman, et aussi parmi les Palestiniens des deux cĂ´tĂ©s de la Ligne verte. Ce phĂ©nomène est probablement une consĂ©quence directe de la vague d’extrĂ©misme religieux qui monte depuis les annĂ©es 1990 dans le monde musulman sur ses deux courants principaux : le sunnite et le chiite.
Cette vague djihadiste a commencĂ© après la victoire des moudjahidines qui ont Ă©vincĂ© l’armĂ©e soviĂ©tique d’Afghanistan en 1989, et s’est poursuivie avec les retraites humiliantes des armĂ©es amĂ©ricaines et de l’OTAN d’Irak en 2011 et d’Afghanistan Ă l’Ă©tĂ© 2021.
Parmi les citoyens arabes d’IsraĂ«l, la composante islamiste a pris de l’ampleur suite aux Ă©vĂ©nements sur le mont du Temple et dans le quartier de Sheikh Jarrah qui ont conduit en mai dernier Ă l’opĂ©ration Gardien des murs et aux Ă©meutes dans les villes mixtes. Les Ă©vĂ©nements dont le gĂ©nĂ©rateur est religieux ont tendance Ă Ă©clater de manière inattendue sous les capteurs de renseignement du GSS et d’autres responsables du renseignement et de la sĂ©curitĂ©.
Il y a une raison Ă cela : le terroriste ou les deux terroristes qui commettent le premier attentat n’appartiennent pas Ă l’organisation ou Ă l’infrastructure qui prĂ©pare l’attaque et le font pour des raisons Ă©motionnelles et personnelles.
Si cette attaque rĂ©ussit, elle recevra une rĂ©ponse avec une chaĂ®ne d’attaques d’imitation ou d’inspiration – parfois aussi Ă cause de la colère provoquĂ©e par les mesures prises par les forces de sĂ©curitĂ© pour recueillir des renseignements et capturer les terroristes. Une sorte de cercle vicieux inĂ©vitable.
La deuxième caractĂ©ristique de la vague actuelle d’attentats terroristes est gĂ©ographique. La grande majoritĂ© des terroristes sont des citoyens israĂ©liens vivant dans des villes arabes ou des rĂ©sidents de JĂ©rusalem-Est et de ses environs. C’est-Ă -dire qu’ils viennent d’un environnement mixte oĂą il y a des frictions constantes, intenses et Ă©motionnelles, entre Juifs et Palestiniens et entre les islamistes des deux cĂ´tĂ©s de la Ligne verte et les combattants des frontières et la police.
L’armĂ©e israĂ©lienne n’opère pas de renseignement et n’est pas opĂ©rationnelle dans les zones dont les rĂ©sidents sont des citoyens israĂ©liens ou titulaires d’un certificat de rĂ©sident, tandis que le GSS et la police opèrent sous de sĂ©vères restrictions dĂ©coulant de la loi israĂ©lienne applicable Ă ces localitĂ©s. Dans l’environnement et l’atmosphère qui règnent dans ces quartiers, il est plus facile pour les instigateurs religieux de diffuser leurs messages extrĂŞmes auprès des jeunes, assez nombreux, dont les oreilles sont attentives.
L’incitation religieuse se fait principalement par le biais de sermons dans les mosquĂ©es mais aussi dans les institutions Ă©ducatives et sociales, y compris par exemple les associations sportives islamiques et les organisations caritatives opĂ©rant autour des mosquĂ©es et dans le cadre des mouvements islamiques. Ce ne sont pas seulement les institutions de la faction nord du Mouvement islamique dirigĂ©e par le cheikh Raed Salah, mais aussi les courants plus modĂ©rĂ©s de l’islam politique opĂ©rant en IsraĂ«l, comme la faction sud dont le chef politique est le dĂ©putĂ© Mansour Abbas.
La troisième caractĂ©ristique concerne les cibles des attentats : sur neuf attentats du mois dernier, cinq ont Ă©tĂ© menĂ©s contre des combattants de la police des frontières ou des policiers « bleus » au sein d’une population palestinienne. Leur disponibilitĂ© en couples ou en groupes relativement petits est facile Ă surprendre et en fait une destination facile et privilĂ©giĂ©e.
La quatrième caractĂ©ristique – dans toutes les attaques depuis le dĂ©but du mois, il n’y a pas eu d’alerte de renseignement. Pour l’essentiel, une catastrophe plus grave n’a pu ĂŞtre Ă©vitĂ©e que grâce Ă la vigilance des gardes-frontières, des policiers et des civils qui ont rĂ©agi rapidement et bien et ont neutralisĂ© les terroristes.
Comment empêcher ces attaques ? Restez déterminé mais prudemment
Ces caractéristiques dictent plus ou moins les méthodes de collecte de renseignements et les priorités des opérations antiterroristes désormais requises :
– Premièrement, les efforts de renseignement et de lutte contre le terrorisme devraient se concentrer sur la prière, la prĂ©dication et les Ă©tudes religieuses islamiques sur le mont du Temple, Ă JĂ©rusalem-Est et sur la Ligne verte (en particulier Ă Wadi Ara et dans le nord du NĂ©guev). Ce ne sera pas simple, car il ne faut pas provoquer un sentiment gĂ©nĂ©ral de persĂ©cution et de proximitĂ© au sein de la population palestino-israĂ©lienne qui Ă©largira le bassin de menaces potentielles et augmentera leur motivation. C’est un mĂ©tier dĂ©licat que le GSS devra mener avec prudence mais avec dĂ©termination, avec des changements dans l’IDF (indiquant des informations vitales), les moyens de collecte (y compris les rĂ©seaux sociaux) et la collecte et le contre-dĂ©ploiement sur le terrain.
Cette annĂ©e, en avril, c’est une explosion de fĂŞtes religieuses qui s’avèrent ĂŞtre un moment de passion religieuse sur le Mont du Temple et Ă JĂ©rusalem : la Pâque, le Ramadan et les fĂŞtes de Pâques des communautĂ©s chrĂ©tiennes. La sĂ©paration maximale entre les fidèles et les cĂ©lĂ©brants est la prescription privilĂ©giĂ©e qui prĂ©vient la violence interethnique. Il est possible et nĂ©cessaire d’obtenir l’aide de chefs religieux et politiques qui ont une affinitĂ© avec les lieux saints de JĂ©rusalem, les hauts responsables du Waqf, l’AutoritĂ© palestinienne et le roi Abdallah peuvent aider Ă prĂ©venir l’effusion de sang si le gouvernement israĂ©lien est Ă©duquĂ© pour les recruter ainsi que leurs bonnes volontĂ©s.
En outre, le commandement supérieur de la police israélienne doit apporter les modifications nécessaires au déploiement, à la protection et aux procédures de la police des frontières et de la police déployée dans les zones de friction. Au niveau et à proximité de la ligne de jonction pour empêcher la fuite du terrorisme vers Israël et la fuite des terroristes civils israéliens vers la Judée et la Samarie.
Et comme toujours en ces moments-lĂ , les citoyens d’IsraĂ«l et des Territoires doivent ĂŞtre vigilants et alerter les forces de sĂ©curitĂ© en cas de suspicion, mĂŞme lĂ©gère, d’un phĂ©nomène ou d’un Ă©vĂ©nement inhabituel.
Enfin, la Knesset doit agir pour restreindre les membres de la Knesset qui tentent d’enflammer les passions religieuses et nationalistes Ă des fins de capital politique.Â
Il est difficile d’Ă©valuer l’ampleur des dommages Ă la dissuasion causĂ©s par le milieu politique.