Tandis que les regards israĂ©liens restent braquĂ©s sur l’Iran, le Hezbollah au Liban et les opĂ©rations en cours Ă Gaza, le Dr Eli Karmon, chercheur senior au Centre interdisciplinaire de Herzliya, attire l’attention sur un front qui monte en puissance dans l’ombre : la Turquie d’Erdogan. Dans un entretien accordĂ© Ă la radio d’Arutz 7, il dresse un tableau prĂ©occupant d’une puissance rĂ©gionale qui, mĂ©thodiquement et sur plusieurs axes simultanĂ©s, se prĂ©pare Ă une confrontation directe avec IsraĂ«l.
🎙️ Écouter l’entretien intĂ©gral : https://omny.fm/shows/arutzsheva/f6e234ef-bd44-4589-83e6-b4580099db34/embed?media=audio&size=wide&style=cover
Une crise qui dure depuis la Mavi Marmara
« La Turquie d’Erdogan est en crise persistante avec nous depuis le raid sur la Mavi Marmara en 2011 », rappelle Karmon. « Il y a eu une certaine amĂ©lioration il y a trois ans, mais depuis le dĂ©but de la guerre contre le Hamas, Erdogan a renforcĂ© son soutien au Hamas et aux Palestiniens, et a pris des mesures Ă©conomiques drastiques contre IsraĂ«l — coupant toutes les relations commerciales — tout en renforçant significativement son armĂ©e sur le plan militaire. »
Cette rupture Ă©conomique totale avec IsraĂ«l s’inscrit dans une dynamique plus large : Erdogan cherche Ă positionner la Turquie comme puissance leader du monde sunnite, avec l’ambition dĂ©clarĂ©e de peser sur le devenir de JĂ©rusalem musulmane et du mont du Temple. Cette aspiration impĂ©rialiste, couplĂ©e Ă la montĂ©e en puissance militaire de l’armĂ©e turque — la deuxième de l’OTAN par sa taille — rapproche selon Karmon les deux pays d’un affrontement concret.
La Syrie comme point de friction immédiat
La chute du rĂ©gime d’Assad a transformĂ© la Syrie en nouveau terrain d’affrontement potentiel entre IsraĂ«l et Ankara. La Turquie a cherchĂ© Ă installer une escadrille d’avions de combat Ă l’aĂ©roport militaire le plus stratĂ©gique de Syrie — Tsahal l’a bombardĂ© deux jours avant l’arrivĂ©e prĂ©vue des appareils. Ankara renforce par ailleurs l’armĂ©e syrienne nouvellement formĂ©e, en lui fournissant formations et systèmes antiaĂ©riens. Sur ce terrain, la prĂ©sence de l’armĂ©e turque Ă proximitĂ© immĂ©diate de la frontière israĂ©lienne transforme une menace thĂ©orique en rĂ©alitĂ© opĂ©rationnelle.
La Turquie tente Ă©galement de contrecarrer le corridor de commerce reliant l’Inde Ă l’Europe via IsraĂ«l, en poussant Ă la construction d’un axe alternatif passant par la Syrie. Pour l’heure, cette option ne rencontre pas l’enthousiasme de Washington sous Trump — qui Ă©tait bien plus rĂ©ceptif Ă la version Biden du projet. Sur le plan maritime, Ankara a tentĂ© de bloquer les explorations pĂ©trolières israĂ©liennes en MĂ©diterranĂ©e orientale via une alliance avec la Libye — une manĹ“uvre bloquĂ©e car contraire aux règles du droit de la mer.
L’OTAN comme levier contre IsraĂ«l
La dimension la plus stratĂ©gique des efforts turcs se situe au sein de l’Alliance atlantique. Selon Karmon, Ankara cherche Ă activer l’article de dĂ©fense collective de l’OTAN d’une manière qui obligerait tous les membres de l’Alliance Ă se retourner contre IsraĂ«l dans l’hypothèse oĂą ce dernier mènerait une frappe contre la Turquie. Ce scĂ©nario — encore thĂ©orique — illustre la sophistication de la stratĂ©gie erdoganienne, qui articule pression militaire, diplomatique et institutionnelle.
Pas de guerre imminente, mais une préparation réelle
Karmon tient nĂ©anmoins Ă nuancer son analyse : Ă ce stade, Erdogan n’est pas prĂŞt Ă s’aventurer dans un conflit militaire direct avec IsraĂ«l. Les contraintes de l’appartenance Ă l’OTAN et la relation personnelle — qualifiĂ©e de « profonde » — qu’il entretient avec le prĂ©sident Trump, qui le tient en haute estime et l’avait envisagĂ© comme facilitateur de la reconstruction de Gaza, constituent des garde-fous. Erdogan prĂ©fère pour l’instant consolider sa puissance militaire comme potentiel d’action future, tout en agissant sur les leviers Ă©conomiques, diplomatiques et gĂ©opolitiques.
Du cĂ´tĂ© israĂ©lien, la commission Nagel — nommĂ©e par Netanyahu pour Ă©valuer les menaces futures — a explicitement identifiĂ© la menace turco-syrienne comme « drastique » et recommandĂ© de s’y prĂ©parer. Karmon pense qu’IsraĂ«l s’y prĂ©pare effectivement, Ă plusieurs niveaux — mĂŞme si certains considèrent qu’en parler publiquement risque d’alimenter les tensions sans bĂ©nĂ©fice stratĂ©gique.
La carte kurde reste Ă©galement dans le jeu. Des segments significatifs des forces kurdes en Turquie, Irak et Iran entretiennent des liens historiques avec IsraĂ«l. En cas d’escalade, ces connexions pourraient constituer un levier indirect que l’État hĂ©breu aurait intĂ©rĂŞt Ă ne pas nĂ©gliger.
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