« Le plus cher de l’histoire » : malgrĂ© les coĂ»ts, les IsraĂ©liens ne renoncent pas Ă  vivre le Mondial

Dans deux semaines exactement, le 11 juin, donnera le coup d’envoi le Mondial 2026 — la première Coupe du monde disputĂ©e sur trois pays simultanĂ©ment, rĂ©partie entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, dans seize villes diffĂ©rentes Ă  travers l’AmĂ©rique du Nord. Et selon les professionnels du tourisme israĂ©lien, malgrĂ© des prix qui atteignent des sommets historiques, la demande ne faiblit pas. Plus de 20 000 IsraĂ©liens sont attendus sur place.

Le chiffre est d’autant plus remarquable que les conditions d’accès n’ont jamais Ă©tĂ© aussi complexes. Les grandes compagnies amĂ©ricaines — United, American et Delta — ne desservent toujours pas IsraĂ«l depuis le dĂ©but de la guerre. RĂ©sultat : les IsraĂ©liens sont contraints de voler uniquement avec des compagnies israĂ©liennes, et uniquement Ă  destination de New York. Les sièges disponibles sur ces liaisons directes sont Ă©puisĂ©s. Ceux qui souhaitent tout de mĂŞme faire le voyage doivent accepter de longues escales via des destinations intermĂ©diaires — une contrainte logistique qui renchĂ©rit encore la facture et complique les itinĂ©raires.

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Yoni Waksman, directeur gĂ©nĂ©ral adjoint de l’agence de voyages Ophir Tours, dĂ©crit une demande qu’il qualifie de très forte, notamment chez les familles — père et fils en tĂŞte — et les groupes d’amis. « Les clients israĂ©liens ne cherchent plus seulement Ă  assister Ă  un match. Ils veulent construire autour du Mondial une expĂ©rience complète de voyage aux États-Unis, avec des visites de grandes villes, des attractions, du shopping. » Le taux de change du dollar, favorable aux voyageurs israĂ©liens ces derniers temps, allège quelque peu les dĂ©penses sur place — mais pas suffisamment pour compenser l’envolĂ©e des tarifs d’ensemble.

Car les chiffres donnent le vertige. Une formule de base pour la phase de groupes — vols, hĂ©bergement et deux Ă  trois matchs — s’Ă©tablit entre 3 500 et 5 000 dollars par personne. Ă€ mesure que le tournoi avance, les tarifs grimpent encore : dès les huitièmes de finale, il faut compter 6 500 dollars minimum par tĂŞte, et davantage pour les grandes affiches. En shekels, certains forfaits se chiffrent en dizaines de milliers. C’est le Mondial le plus cher jamais proposĂ© aux touristes israĂ©liens, selon les acteurs du secteur.

Ayal Bar, directeur gĂ©nĂ©ral de l’agence « HaMeytayel America », souligne une complexitĂ© supplĂ©mentaire liĂ©e Ă  la gĂ©ographie de l’Ă©vĂ©nement. Contrairement aux Ă©ditions prĂ©cĂ©dentes au Qatar ou en Russie, oĂą se dĂ©placer d’un stade Ă  l’autre se faisait en mĂ©tro ou en taxi, les seize villes hĂ´tes de 2026 sont dispersĂ©es sur un continent entier. Un fan qui enchaĂ®ne plusieurs matchs dans diffĂ©rentes phases du tournoi doit prĂ©voir des vols intĂ©rieurs amĂ©ricains, des nuits d’hĂ´tel dans plusieurs villes, et une logistique digne d’une expĂ©dition. « Si les compagnies amĂ©ricaines avaient continuĂ© Ă  desservir IsraĂ«l comme avant la guerre, le nombre de voyageurs serait significativement plus Ă©levĂ© », prĂ©cise-t-il.

Pourtant, rien ne semble dĂ©courager les candidats au voyage. Ayal Bar dĂ©crit un phĂ©nomène sociologique tout aussi intĂ©ressant que l’Ă©conomique : beaucoup de ces IsraĂ©liens voient dans le Mondial une Ă©chappatoire bien mĂ©ritĂ©e après des mois de tension. Parmi les profils les plus reprĂ©sentĂ©s figurent des rĂ©servistes en fin de mission, qui voient dans cet Ă©vĂ©nement sportif une opportunitĂ© de souffler après une pĂ©riode Ă©prouvante. D’autres sont des familles qui avaient mis ce voyage en rĂ©serve depuis des annĂ©es — un rĂŞve de bar-mitsva Ă  Orlando agrĂ©mentĂ© d’un dĂ©tour par un match, ou une virĂ©e routière Ă  travers les États-Unis qui se greffe naturellement sur le calendrier footballistique de juin-juillet.

Les entreprises s’y intĂ©ressent aussi. Des sociĂ©tĂ©s israĂ©liennes envoient des dĂ©lĂ©gations d’employĂ©s ou de cadres pour assister Ă  des rencontres, et notamment Ă  la finale, transformant l’Ă©vĂ©nement sportif en outil de fidĂ©lisation et de motivation. « Beaucoup de gens sont prĂŞts Ă  dĂ©penser Ă©normĂ©ment pour vivre l’expĂ©rience — et surtout pour la partager sur les rĂ©seaux sociaux », observe Ayal Bar. La dimension communautaire et le besoin de tĂ©moigner de sa prĂ©sence Ă  l’un des Ă©vĂ©nements les plus regardĂ©s du monde font partie intĂ©grante de la dĂ©cision d’achat.

Pour ceux qui restent en IsraĂ«l — ou qui naviguent sur les mers Ă  cette pĂ©riode — la compagnie Royal Caribbean a annoncĂ© qu’elle diffusera l’intĂ©gralitĂ© des matchs du Mondial en haute dĂ©finition sur des Ă©crans gĂ©ants installĂ©s en plein air sur ses paquebots, au bord des piscines, dans les restaurants et les bars thĂ©matisĂ©s pour l’occasion. Une façon de vivre le tournoi Ă  flot, pour ceux qui ont choisi une autre forme de voyage cet Ă©tĂ©.

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