Le commentateur politique Amit Segal, l’une des plumes les plus affûtées et les plus suivies du paysage médiatique israélien, a livré une analyse qui éclaire sous un angle inattendu les déclarations récentes de Donald Trump affirmant que la guerre contre l’Iran est « presque terminée ». Pour Segal, ces mots ne reflètent pas une réalité militaire sur le terrain — ils sont avant tout un message adressé aux marchés financiers mondiaux, et ils s’inscrivent dans une stratégie de communication coordonnée entre Washington et Jérusalem. Deux communications apparemment contradictoires qui, en réalité, servent la même fin.
Au début du conflit, Trump avait évoqué un calendrier de quatre à cinq semaines. Les Iraniens, dont la doctrine militaire repose sur la « moukawama » — la résistance par l’usure du temps — avaient tenté de tirer parti de ce calendrier pour allonger les combats jusqu’à six ou sept semaines, espérant ainsi arriver à la table des négociations dans une position moins défavorable. Face à cette manœuvre d’attentisme, Israël et la Maison-Blanche avaient contre-programmé en affirmant publiquement que la guerre serait bien plus longue que prévu, coupant ainsi l’herbe sous le pied de toute stratégie iranienne de temporisation. Mais ce repositionnement sur la durée a eu un coût économique direct et immédiat : les marchés financiers ont vacillé, les indices boursiers ont cédé du terrain, et le prix du baril de pétrole a grimpé jusqu’à 110 dollars. C’est précisément là, dans cette réaction des marchés, que Segal situe le tournant.
« Quand on dit que la guerre touche presque à sa fin, on dit aux marchés de l’énergie ‘attendez, attendez’ », explique Segal. L’objectif n’est pas d’annoncer une réalité militaire imminente, c’est de calmer la spéculation sur le pétrole et d’éviter que la hausse des prix n’alimente l’inflation dans les économies occidentales — à commencer par l’économie américaine, dont Trump reste le premier garant et le premier responsable politique. Pendant ce temps, en Israël, les responsables militaires et politiques continuent d’insister sur la durée et la profondeur de l’opération. Ces deux discours apparemment contradictoires « servent en réalité la même finalité », souligne Segal : contrôler la perception du conflit sur deux audiences différentes — les marchés d’un côté, les adversaires de l’autre. Segal estime que malgré les déclarations, le calendrier initial de quelques semaines reste d’actualité, avec toutes les réserves qui s’imposent face aux volatiles déclarations de Trump.
Segal pointe également une réalité que les analyses occidentales ont tendance à négliger dans leur couverture du conflit : les alliés du Golfe d’Israël, et en premier lieu les Émirats arabes unis, se retrouvent en première ligne d’une guerre dont ils n’avaient pas été informés à l’avance. Ils subissent des frappes iraniennes sur leur territoire — des drones se sont crashés à Dubaï cette semaine même — sans avoir eu voix au chapitre sur la décision d’entrer en guerre. Pour Segal, terminer ce conflit en laissant le régime iranien intact et debout constituerait « un péché et un crime » envers ces États qui, selon lui, « sont devenus des résidents de la ligne de front, et sont bien plus faciles à cibler que nous. » C’est un avertissement sévère adressé aux tenants d’une sortie rapide du conflit : une paix précipitée qui ne règle pas définitivement la menace iranienne exposerait des partenaires qui ont déjà payé un prix injuste dans cette guerre.
Source : Srugim
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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