Ni l’Arabie saoudite. Ni les Émirats arabes unis. C’est Bahreïn — l’État insulaire le plus petit et le plus vulnérable du Golfe persique — qui a officiellement déclaré la guerre à l’Iran, devenant ainsi le premier pays arabe à franchir ce seuil depuis le début de l’opération « Rugissement du Lion ». Un choix qui n’en est pas vraiment un : Bahreïn était déjà en guerre avant même de l’avoir déclarée.
Un État pris en étau
En réponse à l’opération américano-israélienne, Téhéran a lancé une vaste offensive en direction des bases de la marine américaine et des pays de la région. Bahreïn a officiellement confirmé que son territoire avait été frappé et a publié des images de dommages causés par des missiles à l’intérieur du pays. La cible principale de l’attaque iranienne était la base Al-Jufair, un site stratégique critique accueillant le quartier général de la Cinquième Flotte de la marine américaine. Mako
À la suite de l’intensité des frappes, le ministère de l’Intérieur bahreïnien a appelé les habitants à évacuer immédiatement vers les endroits les plus sûrs à proximité. Mako
Accueillir la Cinquième Flotte américaine sur son sol, c’est à la fois un bouclier et une cible. Bahreïn le savait depuis longtemps. L’Iran aussi.
Un pays fragile avant même la première bombe
Ce qui ressemblait auparavant à un horizon brillant de pétrole et d’argent se transforme en signal d’alarme. Les gratte-ciel en verre de la capitale Manama sont troués, avec des poutres métalliques calcinées qui en émergent. Alors que les États-Unis et Israël frappaient l’Iran, Téhéran a riposté avec des salves de missiles et d’essaims de drones en direction de ce petit État du Golfe, qui compte environ 1,6 million d’habitants. Mako
Le problème central de Bahreïn n’est pas seulement les bombardements iraniens — c’est la fermeture du détroit d’Ormuz. Sans passage maritime, le pays n’a aucun moyen d’exporter son pétrole ou son aluminium. Si l’Iran pose des mines dans le détroit, il pourrait rester fermé pendant des mois, ce qui gèlerait pratiquement l’économie locale. Mako
Les industries pétrolière et de l’aluminium représentent plus des deux tiers des recettes du gouvernement et environ un quart du PIB — et les deux ont été durement touchées dans le conflit. Mako
La fragilité économique de Bahreïn précédait la guerre. Avec la montée en puissance de Dubaï comme centre régional, de nombreuses entreprises financières avaient déjà déplacé leurs activités hors du pays. En parallèle, ses réserves de gaz s’amenuisent. Mako
La déclaration de guerre : un acte autant symbolique que stratégique
La déclaration de guerre formelle de Bahreïn contre l’Iran n’est pas une surprise dans le fond, mais son formalisme marque un tournant. Le régime sunnite de Manama n’a jamais caché son hostilité envers Téhéran, qui a tenté au fil des années de déstabiliser la population chiite du pays. Mako Cette minorité représente une majorité démographique dans un État gouverné par une famille royale sunnite — une poudrière que l’Iran n’a cessé d’alimenter.
Bahreïn est également un acteur sécuritaire régional important, notamment partie prenante de l’ »Accord de sécurité et de prospérité intégré » trilatéral avec les États-Unis et le Royaume-Uni — ce qui témoigne de son importance aux yeux de ces puissances. Arenajournal
Cette guerre est aussi celle des accords d’Abraham. Bahreïn est l’un des deux pays du Golfe à avoir normalisé ses relations avec Israël en 2020. Une décision qui lui a coûté une part de sa légitimité populaire dans la région, et qui le place aujourd’hui dans un camp dont il ne peut plus sortir.
L’engrenage régional
Une vingtaine de pays ont publié une déclaration commune affirmant leur disposition à soutenir les efforts visant à assurer le libre passage des navires dans le détroit d’Ormuz. Parmi les signataires figurent Bahreïn, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud, le Canada et la Nouvelle-Zélande, ainsi que plusieurs autres pays européens. Dans leur déclaration, ces pays ont vivement condamné la fermeture de facto du détroit par l’Iran, ses attaques contre des navires commerciaux dans le Golfe et les frappes sur des infrastructures civiles, notamment les installations pétrolières et gazières. Haaretz
Ce n’est pas Bahreïn qui a choisi cette guerre — c’est la géographie, l’histoire et les alliances qui l’ont choisie pour lui. Mais en déclarant officiellement la guerre à l’Iran ce mardi, le royaume franchit un point de non-retour. La question n’est plus de savoir s’il survivra aux frappes, mais s’il survivra à la paix qui suivra — avec une économie écornée, une légitimité populaire fragilisée, et un voisin iranien qui se souviendra longtemps de qui a pris quel camp.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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