Naftali Bennett n’a pas mâché ses mots. Dans un post publié dans la nuit, l’ancien Premier ministre israélien a dénoncé avec une virulence rare ce qu’il a qualifié de « manœuvre nocturne nauséabonde » : vers 0h15, Bezalel Smotrich et Aryeh Deri auraient réussi à faire passer discrètement un ajout budgétaire de 800 millions de shekels d’argent public vers le système d’éducation ultra-orthodoxe — celui-là même qui, selon Bennett, n’enseigne ni les mathématiques ni l’anglais, mais inculque aux enfants de « mourir plutôt que d’être enrôlés ».
La manœuvre de minuit : comment ça s’est passé
Selon Bennett, la scène est simple et révoltante. La photo qu’il publie montre Smotrich arrivant pour « célébrer » avec Deri le succès de l’opération. Autour de 0h15, en pleine nuit, les deux ministres auraient réussi à glisser dans le budget un amendement de 800 millions de shekels supplémentaires destinés au réseau d’enseignement ultra-orthodoxe. Pas de débat public. Pas de vote en pleine lumière. Une insertion nocturne, en catimini, dans le dos des contribuables qui travaillent et servent.
Bennett choisit le mot « bizia » — pillage, razzia. Ce n’est pas un mot de la langue politique ordinaire. C’est un terme chargé, primal, qui renvoie à une violation, à une spoliation sans consentement. Il assume pleinement la brutalité de la formulation : « Ils nous ont pillés, le public qui sert et qui travaille, en plein milieu de la nuit. »
800 millions pour un système qui refuse l’intégration
Ce qui rend la charge de Bennett particulièrement explosive, ce n’est pas seulement le montant — colossal — ni la méthode — clandestine. C’est la destination. Cet argent, selon lui, va alimenter un système éducatif qui ne prépare pas ses élèves à participer à la société israélienne dans ses deux dimensions fondamentales : économique et militaire.
Ne pas enseigner les mathématiques ni l’anglais, c’est produire délibérément des générations entières qui ne pourront pas intégrer le marché du travail moderne, qui dépendront structurellement des transferts de l’État, et dont le poids sur le reste de la société ira croissant. Mais ce que Bennett souligne avec encore plus de force, c’est l’enseignement d’une idéologie du refus de l’enrôlement — « mourir plutôt que d’être enrôlés » — dans un pays en guerre, où des dizaines de milliers de jeunes israéliens servent sous les drapeaux, certains au péril de leur vie, pendant que d’autres bénéficient d’exemptions entretenues et financées par l’État.
Smotrich, Deri, Netanyahu : le triangle de la nuit
Bennett pointe trois noms. Smotrich, ministre des Finances, qui tient les cordons de la bourse et a la main sur les arbitrages budgétaires. Deri, figure historique du Shas et représentant central des intérêts ultra-orthodoxes au sein de la coalition. Et derrière eux, Netanyahu — celui dans les « pièces fermées » avec qui le deal a été tissé.
Ce triangle représente la mécanique de gouvernance que Bennett dénonce depuis des mois : une coalition dans laquelle les partis ultra-orthodoxes font chanter leur participation au prix de transferts massifs, et dans laquelle Netanyahu valide ces transferts pour maintenir sa majorité et, accessoirement, tenir à distance les procédures judiciaires qui le visent. La manœuvre de cette nuit ne serait, dans cette lecture, qu’un épisode de plus dans un système devenu structurel.
« C’est pour ça que les élections existent »
La conclusion de Bennett est politique et frontale. Il oppose deux « alliances » : la « brit hamishtatmim » — l’alliance des tire-au-flanc, de ceux qui esquivent — et la « brit hamesharetim » — l’alliance de ceux qui servent. Et il s’adresse directement aux électeurs : « Quand vous arriverez aux urnes, souvenez-vous de cette nuit. »
C’est un appel à la mémoire électorale. Bennett parie que la scène de Smotrich et Deri se congratulant à 0h15 pour 800 millions extorqués à l’opinion publique endormie restera gravée dans les esprits jusqu’au prochain scrutin. Il transforme un fait budgétaire nocturne en symbole politique durable : d’un côté ceux qui prennent, de l’autre ceux qui donnent — leur argent, leur temps, et parfois leur vie.
Une fracture qui va au-delà du budget
Ce que cette nuit révèle dépasse la question des 800 millions. Elle cristallise une fracture profonde de la société israélienne entre deux modèles de citoyenneté qui coexistent de plus en plus difficilement. D’un côté, une population qui paie des impôts, envoie ses enfants à l’armée, et subit les coûts économiques et humains d’une période de guerre prolongée. De l’autre, des communautés qui bénéficient massivement des transferts publics tout en refusant les obligations qui fondent le contrat social — le service militaire et la participation à l’économie productive.
La manœuvre budgétaire de cette nuit, si elle est confirmée dans ses détails, ne sera pas seulement une ligne dans un tableau Excel. Elle sera un moment politique que Bennett, et d’autres, s’emploieront à ne pas laisser oublier.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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