Espionnage au cœur du Dôme de Fer : l’Iran a pénétré le système de défense aérienne d’Israël

Ce n’est plus un incident isolé. C’est une tendance documentée, confirmée au plus haut niveau de la chaîne de commandement. En pleine guerre ouverte avec l’Iran, Israël découvre que le renseignement iranien a réussi à infiltrer l’un des systèmes les plus stratégiques et les plus symboliques de sa défense nationale : le réseau de défense aérienne, celui-là même qui protège les villes du pays contre les missiles et les roquettes.

Un commandant de batterie convoque ses soldats — en urgence

En raison de la multiplication des affaires d’espionnage au profit de l’Iran au sein de Tsahal, Israel Hayom a appris que la semaine dernière, le commandant d’une batterie de défense aérienne dans le nord du pays a réuni ses soldats et leur a exposé une série de cas d’espionnage commis par des militaires issus du dispositif lui-même, survenus récemment.

Cette convocation n’est pas une procédure ordinaire. Quand un commandant choisit de réunir l’ensemble de son unité pour leur présenter des cas concrets de trahison en leur sein, c’est qu’il juge la situation suffisamment grave pour dépasser le cadre habituel des briefings sécurité. C’est un signal d’alarme interne — une façon de dire : cela s’est passé ici, parmi nous, et cela pourrait se reproduire.

Une circulaire d’urgence sur la sécurité des informations et le cyberespace

La convocation n’est pas restée sans suite institutionnelle. Au sein du dispositif de défense aérienne de l’armée de l’air, une circulaire a récemment été diffusée rappelant et précisant les directives de sécurité de l’information et de cybersécurité au sein du réseau. « Face à la multiplication des incidents de sécurité de l’information et de cybersécurité dans le dispositif, nous jugeons nécessaire de rappeler les directives », y était-il écrit. « Tout soupçon d’incident de sécurité de l’information doit être signalé aux responsables de la sécurité de l’information dans les bataillons, ou au poste de commandement du réseau ».

Parmi les directives figuraient notamment : « Ne pas photographier sur les sites et dans les différents déploiements » ; « Ne pas s’identifier comme membres du réseau sur les réseaux sociaux » ; « Signaler les individus suspects et ne pas partager d’informations classifiées avec des parties non autorisées » ; ainsi que « Ne pas communiquer d’informations militaires à des parties extérieures ».

Que de telles instructions doivent être rappelées par circulaire officielle en temps de guerre dit quelque chose d’inquiétant sur l’état de la discipline sécuritaire dans certaines unités. Ces règles ne sont pas nouvelles — elles constituent l’ABC de la sécurité militaire de base. Le fait qu’elles aient dû être réaffirmées en urgence suggère qu’elles ont été violées à plusieurs reprises, et de manière suffisamment grave pour nécessiter une réponse systémique.

Le cas Raz Cohen : un réserviste au cœur du Dôme de Fer, au service de Téhéran

L’affaire la plus documentée à ce jour illustre concrètement l’ampleur de la menace. Il y a environ deux semaines, il a été possible de révéler qu’un certain Raz Cohen, habitant de Jérusalem âgé de 26 ans, qui effectuait son service de réserve dans l’une des batteries de Kippat Barzel (Dôme de Fer), avait été arrêté, soupçonné d’avoir commis des infractions à la sécurité nationale en lien avec des agents du renseignement iranien, et d’avoir accompli des missions sécuritaires sous leur direction.

Le profil est révélateur : un réserviste, pas un soldat de carrière. Quelqu’un qui alterne entre vie civile ordinaire et service militaire, qui circule entre deux mondes — et que les agents iraniens ont identifié, approché et recruté. L’enquête a établi que pendant plusieurs mois, Cohen avait été en contact avec des agents du renseignement iranien et avait été sollicité pour accomplir diverses missions sécuritaires, notamment la transmission d’informations sensibles auxquelles il avait eu accès dans le cadre de ses fonctions.

Ce qu’il a transmis dépasse le simple renseignement de routine. Il a communiqué les positions de bases de l’armée de l’air et des batteries du Dôme de Fer, ainsi que des données personnelles et des moyens de contact de plusieurs individus, conformément aux demandes reçues, dans le but d’examiner la possibilité de les recruter pour coopérer avec l’entité iranienne.

Un réserviste qui transmet les coordonnées précises des batteries du Dôme de Fer — le bouclier anti-missiles qui protège les populations civiles d’Israël — à un service de renseignement ennemi en train de tirer des missiles sur ces mêmes populations. L’ironie tragique de la situation ne peut pas être ignorée.

Une affaire encore plus grave, en cours d’investigation

Et ce n’est peut-être pas le pire. Israel Hayom a également révélé que ces derniers jours, le Shin Bet et la police militaire enquêtent sur une affaire sécuritaire grave qui s’est déroulée pendant la campagne contre l’Iran, décrite comme l’une des affaires d’espionnage les plus sérieuses connues jusqu’ici.

Les détails de cette affaire n’ont pas encore été rendus publics. Mais la formulation — « l’une des plus graves » — dans la bouche de sources proches des services de sécurité israéliens, qui ont tendance à minimiser plutôt qu’à dramatiser, mérite d’être prise au sérieux.

Ce que cela révèle sur la stratégie iranienne

L’Iran ne cherche pas uniquement à tirer des missiles sur Israël. Il cherche à faire en sorte que ces missiles frappent avec la plus grande précision possible — et pour cela, il a besoin d’informations de l’intérieur. Les positions des batteries de défense aérienne, les fréquences de communication, les procédures de déploiement : autant d’éléments qui permettent à un adversaire d’adapter ses attaques pour saturer ou contourner les défenses.

La multiplication des affaires d’espionnage au sein même du dispositif le plus critique de la défense nationale israélienne révèle une doctrine iranienne cohérente : investir massivement dans le renseignement humain, cibler les maillons les plus vulnérables de la chaîne — réservistes, jeunes soldats, individus en situation précaire — et exploiter la porosité entre la vie civile et le service militaire dans une armée fondée sur la conscription et les réserves.

La question qui s’impose désormais aux responsables militaires et politiques israéliens n’est pas seulement de savoir combien d’espions ont déjà été arrêtés. Elle est de savoir combien sont encore actifs, et ce qu’ils ont déjà transmis.

Source : Israel Hayom

 


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