Il y a des moments oĂą la rĂ©alitĂ© s’impose brutalement, sans fard. Ce vendredi de Pessah en est un. Pendant des semaines, le Premier ministre Benyamin Netanyahou, le ministre de la DĂ©fense IsraĂ«l Katz et leurs collègues du cabinet ont multipliĂ© les dĂ©clarations solennelles aux habitants du Nord — ceux de Kiryat ShmonĂ©, Nahariya, Shlomi, et des dizaines d’autres localitĂ©s sous feu continu depuis plus d’un mois. Le discours Ă©tait invariable : cette fois-ci c’est diffĂ©rent, cette fois-ci le Hezbollah est tombĂ© dans « l’embuscade stratĂ©gique », cette fois-ci on en finit pour de bon. Et puis ce matin, un officier supĂ©rieur du Commandement Nord a dit la vĂ©ritĂ© aux correspondants militaires, nette et sans ambiguĂŻtĂ©.
La révélation qui fracture tout
Lors d’un briefing d’un officier supĂ©rieur du Commandement Nord destinĂ© aux correspondants militaires, la vĂ©ritĂ© a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e : « Le dĂ©sarmement du Hezbollah ne fait pas partie des objectifs de guerre. » L’officier l’a dit clairement aux correspondants militaires, laissant les habitants du Nord sous le choc.
Une seule phrase. Mais pour ceux qui vivent depuis des semaines entre les abris et les alertes, cette phrase a la force d’une bombe. Pas celle que tire l’ennemi — celle que lâche votre propre gouvernement.
Pendant des semaines, le Premier ministre Netanyahou, le ministre de la DĂ©fense Katz et les autres membres du cabinet avaient demandĂ© aux habitants du Nord d’ĂŞtre forts, patients, car leur cauchemar — qui dure en grand depuis des annĂ©es — Ă©tait sur le point de prendre fin. Car cette fois, le Hezbollah Ă©tait « tombĂ© dans l’embuscade stratĂ©gique » qu’on lui avait tendue, et voilĂ ce qui allait lui arriver : on allait le dĂ©sarmer, on allait en finir avec lui, on allait lui rĂ©gler son compte une bonne fois pour toutes, et la paix et la sĂ©rĂ©nitĂ© allaient rĂ©gner sur le Nord.
« Voilà ce que ça fait, une trahison »
La rĂ©action de Nissan Zaavi, fondateur du lobby 1701 et membre du kibboutz Kfar Giladi, est devenue le cri de ralliement de toute une rĂ©gion. « C’est le vendredi noir des habitants du Nord. Il y a une colère immense de tous les habitants du Nord Ă la suite de la dĂ©cision du gouvernement israĂ©lien de retirer le dĂ©sarmement du Hezbollah des objectifs de combat au Nord. »
Il a ajoutĂ© : « Ce qui nous humilie, c’est le fait que Netanyahou se cache encore une fois et envoie le ministre de la DĂ©fense Katz et Tsahal bafouiller quelque chose sur un objectif Ă long terme, pas nĂ©cessairement maintenant. Aujourd’hui est la ligne de rupture des habitants du Nord. Après vous nous avoir dit que le Hezbollah avait Ă©tĂ© vaincu il y a un an, après avoir trahi vos promesses sur la reconstruction du Nord, le gouvernement israĂ©lien a de nouveau rĂ©ussi Ă le faire. VoilĂ ce que ça fait, une trahison. Pour quoi sacrifions-nous ainsi nos familles et nos enfants ? Pour quoi avons-nous dĂ©truit ici l’Ă©conomie et les commerces ? Et que cela soit clair : ce n’est pas le Hezbollah qui brise notre moral, c’est le gouvernement israĂ©lien en personne. Et la preuve en est la nouvelle Ă©quation qu’il a créée de ses propres mains : dĂ©sarmement du Hezbollah — dehors. DĂ©sarmement de la GalilĂ©e — dedans. »
Cette formule finale — « dĂ©sarmement de la GalilĂ©e » — est glaçante. Elle dit que le rĂ©sultat de cette guerre, pour les habitants du Nord, n’est pas la sĂ©curitĂ© retrouvĂ©e. C’est leur propre dĂ©militarisation psychologique, Ă©conomique et sociale.
Le motif récurrent : les promesses de novembre 2024
Netanyahou, comme Ă son habitude, a racontĂ© des histoires tout au long des annĂ©es, comme après le cessez-le-feu avec le Hezbollah en novembre 2024. Ă€ l’Ă©poque, le Premier ministre avait annoncĂ© devant les camĂ©ras qu’on avait renvoyĂ© le Hezbollah des dĂ©cennies en arrière, qu’on avait Ă©liminĂ© Nasrallah, l’ensemble des cadres de l’organisation, la majeure partie de ses missiles et roquettes, et dĂ©truit les infrastructures souterraines. « La terre tremble Ă Beyrouth », avait-il dit. « Il y a trois mois Ă peine, tout cela semblait de la science-fiction. Mais ce n’est pas de la science-fiction. Nous l’avons fait. »
Et pourtant. Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 et jusqu’au dĂ©clenchement de la guerre actuelle, les habitants du Nord avaient bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un calme relatif. Tsahal agissait presque sans entrave contre les cibles et infrastructures du Hezbollah au Liban, et l’organisation terroriste craignait de lever la tĂŞte. Maintenant tout a changĂ©. Le Hezbollah tire sans interruption, les habitants du Nord sont misĂ©rables, et on est pratiquement revenu au point de dĂ©part.
La question du sens : pourquoi cette guerre ?
Les questions sur la finalitĂ© de la guerre, ses objectifs et la raison pour laquelle on s’y est engagĂ©, se posent de plus en plus. Un chef de l’opposition a expliquĂ© ce jour : « Netanyahou a rĂ©ussi Ă entraĂ®ner Trump et les États-Unis dans une guerre contre l’Iran et a tout fait pour faire entrer le Hezbollah dans la guerre au Nord. Netanyahou sait que Trump dĂ©cidera de mettre fin Ă la guerre, comme il a dĂ©cidĂ© de mettre fin Ă la guerre Ă Gaza et comme il a dĂ©cidĂ© de mettre fin Ă la guerre prĂ©cĂ©dente contre l’Iran quand il a fait rentrer les avions de l’armĂ©e de l’air israĂ©lienne depuis le ciel iranien vers IsraĂ«l. C’est pourquoi Netanyahou voulait un front qu’on ne pourrait pas lui fermer. Cela correspond apparemment Ă ses intĂ©rĂŞts judiciaires et politiques. Et le Hezbollah convient parfaitement Ă cela. »
C’est une accusation grave, portĂ©e par un responsable de l’opposition qui ne la prĂŞte pas Ă la lĂ©gère. Elle rejoint un soupçon qui s’exprime depuis longtemps dans certains cercles politiques israĂ©liens : que la durĂ©e des guerres de Netanyahou n’est pas Ă©trangère Ă ses propres impĂ©ratifs de survie politique et judiciaire.
Le constat final : on revient à la case départ
Depuis des mois, on accuse Netanyahou de gaspiller les acquis remarquables de Tsahal. L’armĂ©e a changĂ© la rĂ©alitĂ© Ă Gaza, changĂ© la rĂ©alitĂ© face au Hezbollah qui nous avait terrorisĂ©s pendant des annĂ©es, mais Netanyahou n’a pas su capitaliser les succès militaires pour parvenir Ă des accords politiques apportant calme, normalitĂ©, routine bĂ©nie.
Alors nous voilĂ . Nous sommes arrivĂ©s Ă peu près lĂ oĂą nous sommes partis. Face Ă l’Iran, nous attendons la dĂ©cision du prĂ©sident Trump, le moment oĂą il en aura assez, le moment oĂą il dira « on a gagné » et s’en ira. Si cela arrivait, nous resterions avec un Iran dirigĂ© par les Gardiens de la RĂ©volution — les plus radicaux qu’on puisse imaginer — avec de l’uranium enrichi pouvant les amener rapidement Ă 11 bombes atomiques, et surtout avec un grand dĂ©sir de vengeance. Principalement contre nous.
Et au Nord, après tous les discours d’arrogance et d’orgueil de Netanyahou et de ses ministres, on reste avec un Hezbollah qui tire sans arrĂŞt, et qui empoisonne la vie des habitants du Nord que Netanyahou lui-mĂŞme a rĂ©cemment suppliĂ© de rester dans leurs maisons et de ne pas partir. La majoritĂ© des habitants du Nord resteront encore aujourd’hui dans leurs maisons. Finalement, ils sont bien plus forts que leur gouvernement.
Source : Walla News — Barak Seri
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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