« Si c’est une victoire, qu’est-ce qu’une défaite ? » : un journaliste égyptien démonte point par point le triomphalisme iranien

« Si c’est une victoire, qu’est-ce qu’une défaite ? » : un journaliste égyptien démonte point par point le triomphalisme iranien

Le monde arabe ne parle pas d’une seule voix sur la guerre IranÉtats-Unis. Et parfois, les voix les plus cinglantes viennent de là où on les attend le moins. Gamal Sultan, journaliste égyptien et rédacteur en chef du journal Al-Masriyoun, a publié une analyse qui tranche radicalement avec la rhétorique de « victoire historique » diffusée par Téhéran et ses sympathisants dans le monde arabe. Un texte sans concession, méthodique, qui prend les déclarations iraniennes au mot — et les retourne une par une contre leurs auteurs.

La défaite iranienne vue par un journaliste égyptien est le prisme analytique de cet article — celui d’un observateur arabe qui refuse la propagande des deux côtés et applique à l’Iran le même standard critique qu’il appliquerait à n’importe quelle autre puissance.

Le point de départ : une logique qui échappe à Sultan

Gamal Sultan commence par distinguer ce qu’il accepte de ce qu’il refuse. Il comprend les déclarations de victoire de chaque camp — y compris celles de Trump, qu’il qualifie d’efforts de propagande tant qu’aucun accord final et complet n’a été signé par toutes les parties. Ce qu’il ne comprend pas, c’est autre chose : les affirmations de sources officielles iraniennes, de médias iraniens, et de sympathisants de l’Iran dans le monde arabe selon lesquelles les États-Unis auraient subi une défaite historique.

C’est cette affirmation spécifique qu’il va démolir, argument par argument, en posant à chaque fois la même question : si c’est une victoire, qu’est-ce qu’une défaite ?

L’élimination de toute l’élite dirigeante iranienne

Le premier argument de Gamal Sultan porte sur les pertes en hommes au sommet de l’État iranien. Selon son analyse, les États-Unis et leurs alliés ont réussi en 40 jours de combat à détruire complètement l’élite dirigeante religieuse, militaire, politique et sécuritaire de l’Iran : du guide suprême et son adjoint, en passant par le ministre de la Défense, le chef d’état-major, le chef du renseignement, le chef du Conseil de sécurité nationale, le commandant des Gardiens de la Révolution, les commandants des forces terrestres et navales, le conseiller militaire du guide suprême — et l’ensemble des premières et deuxièmes lignes dirigeantes.

Face à ce bilan, note Sultan avec une ironie acérée, l’Iran n’a pas réussi à atteindre un seul commandant ennemi, une seule figure de haut rang du côté adverse. Pire encore, ajoute-t-il, pour souligner l’humiliation, l’alliance américano-israélienne a annoncé qu’elle protégeait deux ou trois hauts responsables iraniens — dont le ministre des Affaires étrangères et le président du parlement — de toute élimination, afin d’avoir des interlocuteurs pour les négociations. « Si c’est une victoire, qu’est-ce qu’une défaite ? »

La destruction des capacités militaires

Gamal Sultan passe ensuite en revue méthodiquement les pertes matérielles iraniennes. Les capacités navales iraniennes ont été entièrement détruites, les navires reposant désormais au fond de la mer. Les systèmes de défense aérienne ont été réduits à néant. La force aérienne est enterrée. Les infrastructures de l’industrie militaire ont été intégralement brûlées. La moitié des plateformes de missiles a été détruite. Et pendant ce temps, les avions ennemis opèrent librement au-dessus du territoire iranien, nuit et jour, du nord au sud, de l’est à l’ouest — établissant de facto une présence permanente dans les cieux de Téhéran, Tabriz, Machad, Ispahan et Bandar Abbas, sans qu’aucune force iranienne ne soit capable de les en empêcher.

« Si ce n’est pas une défaite militaire, qu’est-ce qu’une défaite ? »

La pénétration du renseignement : « comme un livre ouvert »

Le troisième volet de l’analyse de Gamal Sultan porte sur la dimension renseignement. L’ennemi, écrit-il, a pénétré l’Iran en profondeur et en largeur — connaissant les détails des communications iraniennes, les mouvements de toute la direction, disposant d’informations complètes sur le cycle d’activité quotidien de la capitale « comme s’il s’agissait d’un livre ouvert », et éliminant chaque jour les dirigeants iraniens de son choix « comme un chasseur d’oiseaux ». Face à cette pénétration totale, parler de victoire relève, selon lui, d’une déconnexion avec la réalité.

L’humiliation du pilote récupéré sous les yeux iraniens

Gamal Sultan réserve son argument le plus cinglant pour la fin. Il évoque l’épisode de l’avion ennemi abattu en territoire iranien par les forces iraniennes et les Gardiens de la Révolution — un des rares succès tactiques revendiqués par Téhéran. Sauf que, poursuit-il, les forces ennemies sont arrivées de loin, ont effectué un atterrissage militaire sur le sol iranien, ont établi une zone de défense armée que les Iraniens n’ont pas osé approcher, ont récupéré leurs pilotes, et les ont sortis sains et saufs d’Iran avec l’intégralité de la force militaire ayant mené l’opération — « pendant que vous regardiez tout cela des gradins ».

« Si ce n’est pas une défaite et une humiliation manifeste, qu’est-ce que la défaite et qu’est-ce que l’humiliation ? »

La conclusion de Gamal Sultan

Le journaliste égyptien conclut sans ménagement : « Même la vantardise vide a une limite de logique et de raison, et il n’est pas convenable que la grossièreté et l’illusion atteignent un tel niveau d’humiliation. »

Ce texte, qui circule largement dans les médias et réseaux arabes, est significatif non pas parce qu’il émane d’un analyste occidental ou israélien — ce qui en ferait un document de propagande adverse facilement rejeté — mais parce qu’il vient d’un journaliste égyptien arabophone, dont le pays entretient des relations complexes avec toutes les parties du conflit. Sa voix représente un courant réel dans l’opinion arabe qui refuse à la fois la propagande iranienne et le triomphalisme américano-israélien, et qui exige d’appliquer les mêmes standards d’analyse factuelle à tous les belligérants.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés

Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News

📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢

 

S1871ab49133f4530a788d53fb2392d37b