Lieberman sur les Haredim qui bloquent les routes : « Des terroristes à part entière »

Des centaines de manifestants ultra-orthodoxes ont bloqué mardi des artères majeures à Jérusalem, Bné Brak et Beit Shemesh, pour protester contre la reprise des arrestations de jeunes hommes ne s’étant pas présentés aux bureaux de recrutement. Ces arrestations interviennent en l’absence d’une loi clairement établie sur la conscription des haredim, et les manifestants agissaient conformément aux instructions de leurs autorités rabbiniques. La police a annoncé la fin des blocages dans l’ensemble des points concernés en fin de soirée, avec quatre interpellations pour trouble à l’ordre public.

Le président d’Israël Beitenou, Avigdor Lieberman, a choisi de réagir en franchissant une ligne que peu de responsables politiques osent franchir. Dans un communiqué publié mardi soir, il a d’abord rappelé le cadre légal : « La loi en Israël établit que quiconque agit contre la mobilisation à Tsahal en temps de guerre encourt quinze ans d’emprisonnement. » Puis il a lâché la formule : « Les fauteurs de troubles qui bloquent les artères de circulation alors que le nord est sous le feu — ce sont des terroristes à part entière. » Il a conclu en promettant que si son parti revenait au pouvoir, il « traiterait les instigateurs à la désertion d’une main de fer. »

Une rhétorique calculée

La réaction dans les sphères politiques et médiatiques a été immédiate et vive. De nombreuses voix ont dénoncé une comparaison juridiquement inexacte et politiquement inflammatoire. Des manifestants qui bloquent une route — sans violence physique dirigée contre des personnes — ne correspondent à aucune définition légale du terrorisme en droit israélien. Ce que la loi pénale incrimine dans ce type de situation, c’est l’entrave à la circulation et éventuellement l’incitation à l’insoumission — des infractions traitées de façon habituelle, sans que le mot « terrorisme » soit jamais employé.

Ce qui a particulièrement alimenté les critiques, c’est le contraste entre l’usage que Lieberman fait de ce vocabulaire à l’encontre des haredim, et le silence qu’il a observé face aux manifestations d’une autre nature qui ont secoué Israël ces dernières années — blocages de routes, perturbations d’aéroports, actions qui ont parfois duré des semaines sans que le mot « terroriste » soit prononcé. Plusieurs observateurs ont relevé que cette asymétrie révèle davantage une stratégie électorale qu’une lecture juridique cohérente.

Le contexte dans lequel s’inscrit la sortie de Lieberman est celui d’une crise constitutionnelle et sociale profonde. En l’absence d’une loi de conscription adoptée par la Knesset, la question de l’obligation des haredim de répondre aux convocations militaires reste juridiquement suspendue. La Haute Cour a statué que l’exemption de facto dont bénéficiait la communauté ultra-orthodoxe était inconstitutionnelle, mais aucune alternative législative n’a encore été votée. Dans ce vide, la police interpelle des jeunes hommes sur la base d’une situation légale floue, et les arrestations provoquent des mobilisations de masse dans les quartiers haredim.

Lieberman, dont le parti a fait de la conscription égale son principal cheval de bataille depuis des années, a construit sa carrière politique sur une opposition frontale et assumée au monde ultra-orthodoxe. Sa déclaration de mardi s’inscrit dans cette ligne, mais pousse le curseur au maximum — peut-être parce que le contexte de guerre contre l’Iran donne une résonnance particulière à tout discours sur l’équité du fardeau militaire.

Ce qui demeure, au-delà de la polémique, c’est la question que la déclaration esquive soigneusement : comment Israël entend-il résoudre, législativement et socialement, la fracture entre une partie de sa population qui sert et meurt dans les tranchées du Liban, et une autre qui continue à étudier dans les yeshivot sous la protection de l’État ?


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