Il y a un mois encore, personne ne pariait sur un dollar sous la barre des 3 shekels. Trop improbable, trop extrême. Et pourtant, c’est précisément ce qui s’est produit. Le taux de change officiel a franchi ce seuil historique — et la tendance, loin de s’inverser, se poursuit. Pour Yehuda Sharoni, l’analyste économique de Maariv qui signe cet avertissement, le terme approprié n’est pas « anomalie » : c’est « tsunami ».
Pourquoi le shekel s’envole
Les causes de la hausse du shekel face au dollar ne sont pas mystérieuses. Elles tiennent à une combinaison de facteurs structurels : excédents du compte courant de la balance des paiements, afflux massif de devises étrangères en Israël, sorties réussies de startups high-tech qui rapatrient des liquidités, et activité soutenue d’investisseurs institutionnels qui convertissent des dollars en shekels. La mécanique est claire. Ce qui l’est moins, c’est la réaction — ou plutôt l’absence de réaction — de la Banque d’Israël.
Les autorités monétaires refusent pour l’instant d’intervenir sur le marché des changes, au motif qu’il s’agirait de « forces de marché normales » et non d’un « dysfonctionnement de marché ». Une distinction qui peut paraître académique quand des usines commencent à calculer leurs pertes.
Le dollar baisse, les prix ne suivent pas
C’est là que réside le paradoxe central de la situation. En théorie économique classique, un affaiblissement du dollar de 9% depuis le début de l’année 2026 aurait dû se traduire par une baisse sensible des prix à la consommation — les économistes parlent de « transmission du taux de change », estimée traditionnellement à 0,2% d’impact sur l’indice des prix pour chaque 1% de variation du taux. Un recul de 9% du dollar aurait donc dû faire baisser les prix de près de 2%. Il n’en est rien.
La transmission est, selon l’analyste, « boiteuse ». Les importateurs et les grossistes absorbent la différence — dans leurs marges bénéficiaires, pas dans leurs tarifs. Pire : des sociétés de fret israéliennes ont même saisi l’occasion pour augmenter leurs commissions, se présentant comme victimes de l’érosion du dollar alors qu’elles en profitent. Le consommateur israélien, lui, ne voit rien venir.
Une industrie exportatrice étranglée
Si le consommateur ne gagne pas, le producteur, lui, perd. Pour toute entreprise israélienne qui exporte vers la zone dollar — et elles sont nombreuses, en particulier dans le high-tech et l’industrie — la rentabilité s’est dégradée de 9% depuis janvier. Concrètement, l’industriel se retrouve face à un choix brutal : réorienter ses exports vers des marchés libellés en d’autres devises, ou fermer des lignes de production et licencier.
C’est cette deuxième option qui commence à se profiler à l’horizon — d’abord en périphérie, là où les marges sont plus minces et la résilience plus faible. La crise énergétique mondiale et la flambée des prix du pétrole, consécutives à la guerre avec l’Iran, aggravent encore la situation : les coûts de production augmentent pendant que les recettes d’exportation s’érodent.
Un appel à l’intervention d’urgence
La conclusion de l’analyse est sans ambiguïté : le Premier ministre doit convoquer en urgence le gouverneur de la Banque d’Israël, le professeur Amir Yaron, pour élaborer un plan de réponse immédiat. L’auteur le formule clairement — si rien ne se passe, le réveil pourrait être brutal. Ceux qui jugeaient impossible un taux de 3,5 shekels pour un dollar se trompaient. Ceux qui jugeaient impossible de passer sous les 3 shekels se trompaient aussi. Un taux de 2,5 shekels pour un dollar n’est pas une fiction — c’est une trajectoire plausible si les décideurs restent passifs.
L’urgence n’est pas dans la rhétorique. Elle est dans le calendrier : les usines de périphérie ne ferment pas du jour au lendemain, mais elles ferment. Et une fois fermées, elles ne rouvrent pas facilement.
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