Un adulte israĂ©lien sur deux est aujourd’hui en surpoids ou obèse. La formule, sèche, rĂ©sume Ă elle seule l’ampleur d’un problème de santĂ© publique que la commission de la SantĂ© de la Knesset vient de placer sous les projecteurs. Selon Tsega Melaku, prĂ©sidente par intĂ©rim de cette commission, entre 50 % et 60 % de la population adulte est concernĂ©e par le surpoids ou l’obĂ©sitĂ©. Le coĂ»t Ă©conomique gĂ©nĂ©rĂ© par cette Ă©pidĂ©mie silencieuse est estimĂ© Ă près de 30 milliards de shekels par an — soit une ponction considĂ©rable sur le système de santĂ© et sur les finances publiques d’un pays dĂ©jĂ sollicitĂ© sur de nombreux fronts.
Face Ă cette rĂ©alitĂ©, les parlementaires ne mâchent pas leurs mots : les moyens allouĂ©s Ă la prĂ©vention sont notoirement insuffisants. Pour l’annĂ©e 2026, l’enveloppe consacrĂ©e Ă la lutte contre l’obĂ©sitĂ© s’Ă©tablit Ă seulement 17 millions de shekels. La commission rĂ©clame une multiplication par six au minimum de cette enveloppe, exigeant une dotation comprise entre 100 et 200 millions de shekels pour permettre une rĂ©ponse sanitaire Ă la hauteur de l’enjeu. L’Ă©cart entre les ressources disponibles et celles jugĂ©es nĂ©cessaires illustre Ă lui seul le dĂ©calage entre la gravitĂ© du phĂ©nomène et la volontĂ© politique de le traiter.
Des inégalités criantes entre communautés
Les chiffres globaux masquent des disparitĂ©s profondes entre populations. Les taux d’obĂ©sitĂ© sont significativement plus Ă©levĂ©s au sein de la sociĂ©tĂ© arabe, oĂą des facteurs culturels, socio-Ă©conomiques et d’accessibilitĂ© aux soins jouent un rĂ´le dĂ©terminant. Mais c’est la situation de la communautĂ© Ă©thiopienne qui illustre le plus dramatiquement l’ampleur du dĂ©fi : les cas de diabète — qu’il soit de type 1 ou de type 2 — ont connu une progression spectaculaire au sein de cette population, passant de 0,4 % en 1991 Ă 14 % aujourd’hui. En l’espace de trois dĂ©cennies, la prĂ©valence de la maladie a Ă©tĂ© multipliĂ©e par trente-cinq. Cette explosion est largement attribuĂ©e au choc alimentaire et comportemental liĂ© Ă l’immigration et Ă l’intĂ©gration dans une sociĂ©tĂ© de consommation aux modes de vie radicalement diffĂ©rents de ceux du pays d’origine.
Ces inĂ©galitĂ©s ne sont pas anodines. Elles rĂ©vèlent que la lutte contre l’obĂ©sitĂ© en IsraĂ«l ne peut se rĂ©sumer Ă une campagne de sensibilisation gĂ©nĂ©raliste — elle doit intĂ©grer une lecture diffĂ©renciĂ©e des rĂ©alitĂ©s communautaires, linguistiques et culturelles du pays.
Les enfants, premières victimes
La situation chez les plus jeunes devrait Ă elle seule suffire Ă dĂ©clencher l’alarme. Ă€ l’entrĂ©e en première annĂ©e d’Ă©cole primaire, 18,8 % des Ă©lèves prĂ©sentent dĂ©jĂ un surpoids ou une obĂ©sitĂ©. Mais c’est Ă l’entrĂ©e au collège que le tableau devient vraiment prĂ©occupant : cette proportion bondit Ă 31,4 %, soit près d’un enfant sur trois. Entre ces deux moments charnières de la scolaritĂ©, quelque chose se passe — et ce quelque chose, c’est l’accumulation de mauvaises habitudes alimentaires, la sĂ©dentaritĂ©, l’essor des produits ultra-transformĂ©s dans les cantines et les foyers, et l’absence de politiques Ă©ducatives suffisamment ciblĂ©es pour contrer la tendance.
Cette progression entre l’âge de 6 ans et celui de 12-13 ans est un signal d’alarme en soi. Elle signifie que la fenĂŞtre d’intervention la plus efficace — celle de l’enfance — est en train de se refermer faute d’action concertĂ©e.
Ce que préconise la Knesset
Les recommandations Ă©mises par la commission parlementaire s’articulent autour de plusieurs axes. Premier levier : renforcer l’accessibilitĂ© des campagnes de prĂ©vention en les adaptant aux rĂ©alitĂ©s culturelles et linguistiques des diffĂ©rentes communautĂ©s du pays. Un message de santĂ© publique qui ne tient pas compte du contexte socio-culturel de son destinataire a peu de chances d’ĂŞtre entendu. Second levier : encadrer plus strictement la publicitĂ© pour les produits alimentaires nocifs, notamment ceux ciblant les enfants. Troisième axe : dĂ©velopper des cliniques spĂ©cialisĂ©es dans la prise en charge de l’obĂ©sitĂ©, en prioritĂ© dans les rĂ©gions pĂ©riphĂ©riques oĂą l’accès aux soins reste structurellement limitĂ©.
La pĂ©riphĂ©rie, justement, est souvent le parent pauvre des politiques de santĂ© publique israĂ©liennes. C’est pourtant lĂ que les taux d’obĂ©sitĂ© sont les plus Ă©levĂ©s, que les ressources mĂ©dicales spĂ©cialisĂ©es sont les plus rares, et que les populations les plus vulnĂ©rables sont les plus concentrĂ©es. L’appel de la commission Ă une prĂ©sence renforcĂ©e dans ces zones n’est pas qu’une recommandation technique — c’est un constat d’inĂ©galitĂ© territoriale que les politiques devront, tĂ´t ou tard, assumer.
Trente milliards de shekels par an. Un adulte sur deux concernĂ©. Un enfant sur trois Ă l’entrĂ©e au collège. Les chiffres sont lĂ , la commission a parlĂ©. Il reste Ă savoir si le gouvernement les entendra.
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