La CIA ne sait pas où il se trouve. L’armée américaine ne peut pas confirmer visuellement son emplacement. Et pourtant, selon une évaluation transmise ce samedi par plusieurs sources au réseau CNN et relayée par la Chaîne 13 israélienne, Mojtaba Khamenei — le nouveau guide suprême d’Iran, fils d’Ali Khamenei tué lors du déclenchement du conflit — joue un rôle « critique » dans l’élaboration de la stratégie de guerre iranienne et participe, dans l’ombre, à la conduite des négociations avec Washington pour un éventuel cessez-le-feu durable.
La situation a quelque chose d’ubuesque que les analystes américains eux-mêmes ne semblent pas vouloir taire : l’un d’eux a décrit l’incertitude entourant Khamenei comme un mélange entre le roman du Magicien d’Oz et le film Weekend with Bernie — dans lequel deux personnages font semblant que leur patron mort est encore vivant. La comparaison est cruelle, mais elle dit quelque chose de réel sur le flou qui entoure la chaîne de commandement à Téhéran.
Un homme qui ne touche pas à l’électronique
Ce que les services américains savent de Mojtaba Khamenei est fragmentaire, et c’est volontaire de sa part. Le nouveau guide suprême n’utilise aucun appareil électronique pour communiquer. Pas de téléphone. Pas d’ordinateur. Pas de messagerie chiffrée. Ses instructions circulent exclusivement par l’intermédiaire de messagers physiques ou par des notes écrites à la main, que des émissaires font transiter de main en main. Dans un monde où tout signal électronique est interceptable, c’est la seule méthode qui garantit une imperméabilité totale aux systèmes de géolocalisation et de surveillance américains et israéliens.
Il est blessé. Les sources décrivent des brûlures sévères sur un côté de son corps — visage, bras, torse, jambe — conséquences de l’attaque qui a tué son père et décimé le haut commandement militaire et politique iranien lors du déclenchement de l’opération israélo-américaine « Rugissement du Lion » en février 2026. Il attend une prothèse et nécessite des opérations de chirurgie reconstructive, selon des sources iraniennes ayant parlé au New York Times. Malgré tout, il dirige.
Le chef du protocole de son bureau, Mozaher Hosseyni, a affirmé ce vendredi que Khamenei « se remet de ses blessures » et que les ennemis « répandent des rumeurs et des mensonges ». Le président iranien Massoud Pezeshkian a prétendu l’avoir rencontré en tête-à-tête pendant deux heures et demie. Les analystes américains émettent des doutes sur ces affirmations — non pas parce qu’elles sont forcément fausses, mais parce que certains acteurs iraniens pourraient avoir intérêt à se prévaloir d’un accès à Khamenei pour s’approprier son autorité à l’avantage de leurs propres agendas.
Un guide suprême plus radical que son père
Ce que l’on sait de Mojtaba Khamenei depuis des années confirme le profil d’un homme intransigeant. Contrairement aux courants réformistes qui ont parfois cherché un modus vivendi avec l’Occident, il a toujours représenté l’aile la plus dure du régime — celle qui a la confiance des Gardiens de la révolution. Selon Alan Eyre, ancien diplomate américain spécialiste de l’Iran, Mojtaba est « pire et plus extrémiste que son père » et s’apprête à « mener une vaste campagne de vengeance ».
Ce portrait rend d’autant plus complexe l’hypothèse d’un accord sérieux avec Washington. Si Mojtaba Khamenei est effectivement aux commandes — même partiellement —, les concessions que Trump pourrait arracher lors de négociations restent à relativiser. Un homme qui a organisé la répression des protestations de 2019 et qui dispose de la confiance absolue des Pasdaran n’est pas structurellement enclin aux compromis durables.
La question qui obsède les décideurs à Washington comme à Jérusalem reste entière : qui parle vraiment au nom de l’Iran dans ces négociations, et ces interlocuteurs ont-ils réellement l’autorité pour s’engager ?
Pour aller plus loin : L’Iran confirme sa participation à la Coupe du monde 2026 aux États-Unis et Accord Trump-Iran : Israël face à trois scénarios.









