En temps de guerre, les agences de notation ne font pas de cadeaux. Elles lisent les bilans, scrutent les déficits et tranchent froidement, sans égard pour les drapeaux. C’est précisément pour cela que la décision annoncée ce vendredi 9 mai 2026 par Standard & Poor’s a la valeur d’un signal fort : l’agence américaine confirme la notation de crédit d’Israël au niveau ‘A’, assortie d’une perspective « stable ». En d’autres termes, pas de dégradation. Pas d’alerte. Pas de signe avant-coureur d’une économie qui se délite sous les bombes.
La nouvelle a été transmise par le porte-parole du ministère des Finances. La contrôleuse générale de l’État, Michal Abadi-Boyanjo, n’a pas tardé à commenter : c’est, selon elle, la combinaison entre des performances fiscales solides, des marchés financiers stables et une économie portée par l’innovation qui a convaincu les analystes de maintenir cette évaluation. Une formulation qui résume assez bien ce que l’économie israélienne a réussi à faire en un an et demi de guerre totale : tenir debout sans s’effondrer.

Une économie sous pression mais pas sous l’eau
Le contexte dans lequel intervient cette confirmation est loin d’être anodin. Israël mène simultanément des opérations militaires au Liban, fait face à des attaques de drones depuis le nord et se débat avec les retombées économiques d’un conflit régional inédit depuis 2003. Le coût de la guerre pèse sur le budget, le déficit a grimpé, et les dépenses militaires ont explosé. Dans ce tableau, maintenir un rating ‘A’ chez S&P n’est pas une formalité — c’est une performance.
Ce que l’agence a pris en compte, selon le détail fourni dans la décision, c’est la trajectoire de fond de l’économie israélienne : une croissance du PIB qui reprend, un secteur high-tech qui continue de générer des revenus à l’export, une inflation contenue, et un marché du travail qui a résisté mieux que prévu aux pressions de la mobilisation massive. Des centaines de milliers de réservistes ont été appelés sous les drapeaux depuis le début du conflit — ce qui aurait pu saigner le tissu économique — mais la structure du marché israélien, notamment sa part de travailleurs indépendants et sa capacité d’adaptation dans le secteur technologique, a absorbé une partie du choc.
S&P a cependant noté les risques qui pèsent sur cette stabilité. Le front sécuritaire reste ouvert. La situation au nord — où les drones du Hezbollah continuent de frapper et où des soldats sont blessés — n’est pas résolue. Le scénario d’un accord avec l’Iran, dont les contours restent incertains, pourrait aussi modifier les paramètres du jeu régional et donc les calculs budgétaires. L’agence intègre également la volatilité politique interne : le calendrier électoral approche, et les équilibres partisans qui en résulteront influenceront directement les orientations économiques à venir.
Ce que la note ne dit pas
La perspective « stable » ne signifie pas que tout va bien. Elle signifie que S&P n’anticipe pas de dégradation dans les douze à dix-huit prochains mois si les tendances actuelles se maintiennent. C’est une nuance importante. Une notation ‘A’ est respectable — elle place Israël dans la catégorie des économies solides, bien au-dessus du seuil spéculatif — mais elle reste en deçà des cotes maximales qui caractérisent des économies comme l’Allemagne ou la Suisse. Et un accord de paix partiel avec l’Iran, qui renforcerait Téhéran sans régler le problème du nucléaire, pourrait rapidement rebattre les cartes, aussi bien sur le plan sécuritaire qu’économique.
Pour les marchés et les investisseurs étrangers, cette confirmation envoie néanmoins un message clair : Israël reste un partenaire financier fiable, même en temps de guerre. Ce n’est pas rien dans un contexte où les flux de capitaux vers la région ont connu des turbulences et où la confiance des investisseurs institutionnels est un bien précieux.
Le timing de l’annonce — un vendredi soir, à l’heure où les marchés sont fermés — est en soi révélateur. Ce genre de décision, quand elle est positive, se communique dans le calme, sans créer de mouvement spéculatif immédiat. Elle vient poser une pierre solide dans un édifice encore fragile, mais qui résiste.
Pour en savoir plus sur l’économie israélienne en temps de guerre, lire aussi : La Banque d’Israël achète 50 milliards de shekels d’obligations pour stabiliser l’économie et Des hackers iraniens ont piraté la Banque d’Israël.








