Accord Trump-Iran ? Israël envisage trois scénarios, dont un particulièrement défavorable.

Quand l’Iran annonce qu’il enverra sa sĂ©lection nationale au Mondial organisĂ© aux États-Unis, le sujet peut sembler dĂ©risoire au regard des obus qui continuent de tomber sur le nord d’IsraĂ«l. Ce serait une erreur de lecture. Dans les cercles stratĂ©giques israĂ©liens, cette annonce a Ă©tĂ© analysĂ©e pour ce qu’elle est vraiment : un signal politique de première importance. L’autorisation amĂ©ricaine accordĂ©e Ă  une dĂ©lĂ©gation iranienne de fouler le sol des États-Unis dans un contexte de guerre active ne se nĂ©gocie pas par email. Elle suppose des garanties, des contacts, des canaux discrets — et donc la confirmation que Washington et TĂ©hĂ©ran parlent bien, et peut-ĂŞtre plus sĂ©rieusement que ne le laissent paraĂ®tre les dĂ©clarations publiques.

La main tendue de Gianni Infantino, prĂ©sident de la FIFA et ami proche de Donald Trump, a vraisemblablement servi de courroie de transmission. Les deux hommes — le prĂ©sident amĂ©ricain et le patron du football mondial — n’ont manifestement aucune envie que le conflit au Moyen-Orient vienne assombrir la grande fĂŞte qu’ils prĂ©parent.

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La logique de Trump, encore une fois dĂ©calĂ©e de celle d’IsraĂ«l

C’est la conclusion que tire l’analyste Yoav Limor dans un long dĂ©cryptage publiĂ© ce samedi par Israel Hayom : le calendrier de Trump, ses contraintes politiques intĂ©rieures, son voyage prĂ©vu en Chine et la pression Ă©conomique que reprĂ©sente le blocage du dĂ©troit d’Ormuz pèsent aujourd’hui davantage sur ses calculs que l’objectif de dĂ©mantèlement total du programme nuclĂ©aire iranien. La prolongation du cessez-le-feu refroidit sa volontĂ© de reprendre les combats. Et ses conseillers, selon les Ă©lĂ©ments disponibles, peinent Ă  Ă©laborer un plan militaire qui garantirait l’atteinte des objectifs stratĂ©giques — le nuclĂ©aire iranien et la rĂ©ouverture d’Ormuz — sans escalade incontrĂ´lable.

Dans ce contexte, le spectre d’un accord partiel grossit Ă  JĂ©rusalem. Un accord qui donnerait Ă  l’Iran une rĂ©ponse suffisante pour justifier un retour sur la scène internationale, sans pour autant dĂ©manteler son programme nuclĂ©aire, sans sortir de façon permanente de la crise du dĂ©troit, et sans renoncer Ă  ses proxys rĂ©gionaux — dont le Hezbollah.

Trois scénarios, un seul cauchemar

Les sources sécuritaires israéliennes citées par Limor identifient trois trajectoires possibles. La première : une reprise de la guerre ouverte, qui pourrait — à terme — précipiter la chute du régime iranien. La deuxième : un cessez-le-feu permanent sans accord formel, qui maintient une pression suffisante sur Téhéran pour fragiliser sa légitimité intérieure. La troisième : un accord global, présentable politiquement, mais qui renforcerait le régime en lui rendant des marges de manœuvre financières et diplomatiques considérables.

L’accord partiel, tel qu’il se profile dans les discussions, serait une version dĂ©gradĂ©e de cette troisième option — sans mĂŞme les garanties qu’un accord global pourrait thĂ©oriquement offrir. La question nuclĂ©aire resterait ouverte, l’uranium enrichi resterait en Iran, les capacitĂ©s balistiques ne seraient qu’effleurĂ©es, et le Liban — ultime monnaie d’Ă©change rĂ©clamĂ©e par TĂ©hĂ©ran — pourrait se retrouver protĂ©gĂ© de toute intervention israĂ©lienne future, au dĂ©triment direct de la sĂ©curitĂ© du nord d’IsraĂ«l.

Le nord : une plaie béante

Pendant que les diplomates nĂ©gocient, les soldats sont blessĂ©s. La semaine Ă©coulĂ©e a vu la mort du commandant de la force Radwan du Hezbollah, Ahmad Balout — une Ă©limination prĂ©sentĂ©e comme un succès par les forces israĂ©liennes, mais dont l’impact opĂ©rationnel reste, selon les mĂŞmes sources, limitĂ©. Le Hezbollah a prouvĂ© par le passĂ© sa capacitĂ© Ă  rĂ©gĂ©nĂ©rer son encadrement rapidement, et l’organisation est loin de la puissance militaire qu’elle dĂ©tenait avant la guerre.

Ce qui inquiète davantage, c’est la saignĂ©e dĂ©mographique de Kiriat Shmona, qui a dĂ©jĂ  perdu près de la moitiĂ© de sa population. Des familles attendent des solutions scolaires dans d’autres villes avant de dĂ©cider si elles rentrent. Et la Knesset, pendant ce temps, s’occupe de la loi sur l’exemption de service militaire, des tentatives de museler les mĂ©dias et des coups portĂ©s au système judiciaire.

Limor le formule sans dĂ©tour : c’est un scandale que le gouvernement ne soit pas en train de traiter en prioritĂ© le nord, les rĂ©servistes, et le coĂ»t de la vie.

Pour aller plus loin sur les enjeux rĂ©gionaux : La Banque d’IsraĂ«l et la stabilisation Ă©conomique en temps de guerre et Des hackers iraniens ont piratĂ© la Banque d’IsraĂ«l.