Trois Arabes israéliens sur quatre favorables à un service civique volontaire, selon une étude de l’Université de Tel Aviv

Une large majorité. C’est le résultat le plus frappant qui ressort d’une étude menée conjointement par l’Université de Tel Aviv et la Fondation Kadar, publiée ce mercredi : 75,8 % des citoyens arabes israéliens interrogés se disent favorables à la possibilité, pour les diplômés de terminale de leur communauté, de s’engager dans un service civil non militaire au service de l’État. Parmi eux, 46,9 % expriment un soutien fort — pas un vague acquiescement, mais une adhésion prononcée. Seuls 23,2 % s’y opposent. Le sondage, mené par téléphone en arabe auprès de 500 citoyens arabes israéliens, couvre un éventail de questions touchant à l’identité, à la sécurité et aux relations avec la société juive. Ce qu’il dessine est un tableau beaucoup plus nuancé que les caricatures habituelles.

Ce résultat prend un relief particulier en raison de son timing. La veille de la publication, Mansour Abbas, président de Ra’am — première formation arabe à avoir participé à une coalition gouvernementale israélienne en 2021 — avait plaidé publiquement pour la création d’un cadre de service civique adapté aux jeunes Arabes israéliens, lors de la conférence « Tel Aviv pour l’avenir d’Israël ». Sa proposition était explicite : il ne s’agit pas d’un service militaire. L’idée, selon lui, est de combler le vide qui s’ouvre pour les quelque 33 000 jeunes hommes et femmes arabes qui terminent chaque année leur scolarité sans trouver immédiatement leur voie sur le marché du travail. Cette transition, dit Abbas, est « particulièrement fragile » et peut faire « tomber des jeunes entre les mailles du filet » — une formulation qui parle à quiconque connaît les réalités sociales des localités arabes en Israël.

L’étude confirme que cette préoccupation est loin d’être théorique. 76,9 % des répondants déclarent ne pas se sentir en sécurité — un chiffre alarmant qui renvoie à deux sources d’anxiété distinctes : d’un côté, la criminalité endémique dans les localités arabes, de l’autre, les risques d’escalade régionale liés au contexte de guerre. Sur le premier point, les données sont brutales : depuis le début de l’année 2026, 100 personnes ont été tuées au sein de la société arabe israélienne dans des affaires de violence criminelle. Un chiffre que le sondage place en miroir du taux d’insécurité ressenti, et qui éclaire pourquoi la question de l’engagement civique — dans les forces de sécurité civile, les services sociaux ou les collectivités locales — résonne aussi fortement.

soldats druzes wiki

Les données sur l’identité affinent encore le tableau. 53,3 % des répondants déclarent ressentir un fort sentiment d’appartenance au pays — un chiffre qu’il faut lire à l’aune des disparités communautaires que l’étude met en évidence. Chez les Druzes, dont les jeunes servent traditionnellement dans Tsahal, ce sentiment d’appartenance atteint 81,7 %. Chez les musulmans, il s’établit à 50,5 %, et chez les chrétiens à 53,3 %. Ces écarts reflètent des histoires et des trajectoires d’intégration profondément différentes au sein de ce qu’on désigne, un peu trop commodément, comme un bloc homogène.

Paradoxalement — ou peut-être logiquement — le même sondage révèle que 59,4 % des répondants jugent mauvaises les relations entre Arabes et Juifs en Israël. C’est un constat d’échec que personne dans la société israélienne ne peut s’attribuer seul. Pourtant, 63,7 % soutiennent l’idée d’un partenariat politique judéo-arabe. Ce n’est pas contradictoire : on peut reconnaître la médiocrité du présent et vouloir construire quelque chose de différent. C’est précisément ce que la proposition d’Abbas essaie d’articuler — une participation à la vie collective de l’État sans passer par le prisme militaire, avec des bénéfices concrets en termes d’intégration professionnelle, de cohésion communautaire et de contribution à l’économie.

L’idée d’un service civique volontaire pour les Arabes israéliens n’est pas nouvelle, mais elle a longtemps buté sur des obstacles politiques des deux côtés. Du côté juif, certains y voyaient une manière de contourner le service militaire obligatoire et d’institutionnaliser une distinction entre citoyens. Du côté arabe, d’autres y voyaient une co-optation progressive ou une forme de normalisation inacceptable. Le sondage de l’Université de Tel Aviv indique que cette double résistance ne correspond plus, sur le terrain, à ce que pensent réellement les citoyens arabes israéliens ordinaires — ceux qui n’ont ni tribune médiatique ni mandat parlementaire.

Ce que ce chiffre dit, en creux, c’est que la société arabe israélienne aspire à une présence active dans la vie de l’État sans nécessairement en épouser toutes les formes. Un service civique où les jeunes peuvent travailler dans des hôpitaux, des municipalités, des associations caritatives ou des services d’urgence représente une voie d’entrée qui contourne les zones de conflit idéologique tout en créant des liens réels avec les institutions. Pour une communauté qui se dit à la fois israélienne et arabe, inquiète pour sa sécurité et insatisfaite de ses relations avec la société juive, c’est peut-être l’ouverture la plus pragmatique qui soit.

Pour aller plus loin sur la place des Arabes israéliens dans la société et l’armée :

 

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