Il y a une phrase qui rĂ©sume tout : les soldats qui tombent au sud du Liban sont israĂ©liens. Pas amĂ©ricains. Pas libanais. IsraĂ©liens. NĂ©s ici, enrĂ´lĂ©s ici, dĂ©ployĂ©s ici sur ordre du gouvernement israĂ©lien, pour dĂ©fendre IsraĂ«l. Ce rappel, aussi Ă©vident qu’il paraisse, est pourtant nĂ©cessaire — parce que les choix stratĂ©giques actuels semblent parfois l’avoir oubliĂ©.
Depuis le cessez-le-feu du 17 avril 2026, le Hezbollah a continuĂ© d’attaquer les forces de Tsahal stationnĂ©es au sud du Liban avec une rĂ©gularitĂ© mortelle. Les drones Ă fibre optique — ces appareils Ă 300 dollars l’unitĂ©, assemblĂ©s dans des ateliers clandestins de la Bekaa Ă partir de composants achetĂ©s lĂ©galement sur des plateformes chinoises — ont tuĂ© des soldats, blessĂ© des dizaines d’autres, et frappĂ© du matĂ©riel militaire, notamment une batterie du DĂ´me de Fer dont le Hezbollah a diffusĂ© les images avec une satisfaction affichĂ©e. Ce n’est pas une guerre froide. Ce sont des soldats israĂ©liens qui meurent ou sont blessĂ©s, dans un conflit que la terminologie diplomatique appelle « pĂ©riode de cessez-le-feu ».
Et pendant ce temps, l’armĂ©e libanaise — censĂ©e, selon les termes de l’accord de cessez-le-feu, assurer le dĂ©ploiement et le dĂ©sarmement effectif du Hezbollah au sud du Litani — reste dans une inaction totale. Pas un geste, pas une interposition, pas une saisie d’arme. Le Hezbollah fait ce qu’il veut, quand il veut, oĂą il veut. Il a d’ailleurs dĂ©clarĂ© publiquement ne pas se considĂ©rer liĂ© par les nĂ©gociations en cours entre IsraĂ«l et Beyrouth, et ne pas se sentir concernĂ© par leurs rĂ©sultats. La clartĂ© de cette dĂ©claration a au moins le mĂ©rite de la franchise.
Face Ă cette situation, Netanyahu et Gallant ont fait le choix de contenir. L’Ă©tat-major a dĂ©cidĂ© de redĂ©ployer les brigades d’infanterie opĂ©rationnelle vers d’autres secteurs et de laisser majoritairement des brigades de rĂ©servistes tenir les positions au sud du Liban. Une dĂ©cision qui soulève une question directe : ce redĂ©ploiement reflète-t-il une dĂ©cision tactique mĂ»rement pesĂ©e, ou une concession Ă la pression du mouvement terroriste qui avait annoncĂ© son opposition aux nĂ©gociations israĂ©lo-libanaises ?
La pression amĂ©ricaine est rĂ©elle et documentĂ©e. Washington veut un accord, veut des nĂ©gociations, veut que le cessez-le-feu tienne — ne serait-ce que pour prĂ©server l’architecture diplomatique rĂ©gionale que l’administration Trump tente de construire simultanĂ©ment sur le front iranien. Cet intĂ©rĂŞt est lĂ©gitime. La puissance amĂ©ricaine a Ă©tĂ© indispensable Ă la campagne contre l’Iran, et aucun dĂ©cideur israĂ©lien sĂ©rieux ne peut l’ignorer. Mais la prise en compte de la stratĂ©gie amĂ©ricaine ne peut pas aller jusqu’Ă accepter que des soldats israĂ©liens en opĂ©ration en terrain ennemi payent de leur vie le prix de la retenue diplomatique.
Donald Trump a prouvĂ© Ă plusieurs reprises au cours de sa carrière politique qu’il respecte la fermetĂ©. Pas l’agression aveugle — la fermetĂ©. La capacitĂ© Ă fixer une ligne rouge et Ă ne pas en bouger quand elle est franchie. Le langage qu’il comprend n’est pas celui de la dĂ©fĂ©rence, mais celui de la clartĂ©. Si Netanyahu et Gallant choisissaient de lui dire clairement que la vie de leurs soldats n’est pas nĂ©gociable, que le Hezbollah ne peut pas continuer Ă tuer des IsraĂ©liens sous couvert d’un cessez-le-feu dont lui seul s’exonère, il est raisonnable de penser que ce message trouverait une rĂ©sonance Ă Washington.
Le contexte gĂ©opolitique est connu et partagĂ©. Tsahal est en position de force au sud du Liban. Les troupes israĂ©liennes contrĂ´lent un terrain qui donne Ă IsraĂ«l un avantage opĂ©rationnel considĂ©rable. NĂ©gocier depuis cette position n’est pas une faiblesse — c’est de la stratĂ©gie. Mais nĂ©gocier en laissant les soldats se faire tuer sur le terrain pendant que la table des pourparlers est dressĂ©e, c’est envoyer au Hezbollah le message inverse : que ses attaques n’ont pas de prix. Que la patience d’IsraĂ«l est illimitĂ©e. Que la diplomatie protège les combattants du Hezbollah mieux que leurs propres bunkers.
Il existe une diffĂ©rence fondamentale entre la retenue stratĂ©gique — refuser d’escalader sans raison suffisante — et la passivitĂ© imposĂ©e par la pression extĂ©rieure. La première est une vertu militaire. La seconde est une abdication du mandat que le peuple israĂ©lien a confiĂ© Ă ses Ă©lus : le protĂ©ger.
Les soldats tombĂ©s au sud du Liban ne sont pas une donnĂ©e diplomatique. Ce sont des pères, des fils, des frères. Leur mort n’est pas acceptable comme condition d’un processus de nĂ©gociation. Et il est temps que le gouvernement israĂ©lien le fasse savoir — non seulement Ă l’opinion publique israĂ©lienne, mais aussi, avec toute la clartĂ© nĂ©cessaire, Ă ses alliĂ©s Ă Washington.
Inspire de la Tribune de Matthias Inbar, journaliste Ă i24NEWS
Pour aller plus loin sur la situation des soldats israéliens au Liban :
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