Les cours au lycée Sharet de Netanya ont débuté ce dimanche matin avec une heure de retard — à 9h00 au lieu de l’heure habituelle — suite à une réunion de crise du personnel éducatif convoquée en urgence après un incident grave survenu jeudi dernier. Un incident qui, à lui seul, concentre tout ce qui ne va pas dans les établissements scolaires israéliens.
Tout a commencé pendant la grande récréation. Deux élèves se sont bagarrés. Des membres du personnel, présents sur place, ont tenté d’intervenir pour les séparer et calmer la situation. La tentative d’apaisement a dégénéré : l’un des élèves impliqués a attaqué physiquement les intervenants. Autour d’eux, d’autres élèves ont regardé la scène — en la filmant et en lançant des insultes — et certains ont même jeté des objets en direction du personnel.
L’épisode ne s’est pas arrêté là. La mère de l’un des élèves concernés est arrivée sur les lieux accompagnée d’un homme. Face au portail fermé de l’établissement, elle a choisi de sauter par-dessus pour rejoindre l’enseignant qui avait tenté de s’interposer — et l’a menacé, ainsi que d’autres membres du personnel. Une patrouille de police a été appelée.
Un établissement qui avait déjà alerté
Dans la lettre envoyée aux parents après l’incident, le corps enseignant a précisé que les protagonistes de cette affaire n’en étaient pas à leur coup d’essai. « Les personnes impliquées ont, par le passé, exercé du harcèlement et de l’intimidation à l’encontre d’élèves et de membres du personnel. » Le syndicat des enseignants a confirmé qu’une plainte pénale avait été déposée contre les personnes impliquées, et réclamé « l’intervention [des autorités] pour restaurer le sentiment de sécurité du personnel éducatif au sein de l’établissement ».
Un phénomène national documenté
Ce qui s’est passé à Netanya jeudi n’est pas un cas isolé. Selon une enquête de l’Autorité nationale de mesure et d’évaluation du ministère de l’Éducation, datant de 2024, un enseignant sur dix en Israël a subi des actes de violence de la part d’élèves, et un sur vingt a été victime de violence émanant de parents. Six pour cent des enseignants ont rapporté avoir été menacés de violences physiques, d’atteintes sur les réseaux sociaux, de dégradations matérielles ou de fausses plaintes. Plus révélateur encore : 38% des enseignants ont déclaré ne pas disposer des compétences ni des outils nécessaires pour faire face aux problèmes de discipline.
Ces données s’inscrivent dans un tableau international préoccupant. Selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé conduite en 2023, 20% des élèves dans le monde ont participé à des actes de harcèlement contre un autre enfant dans l’enceinte scolaire, et environ 30% ont pris part à des bagarres physiques. Un quart des élèves ont été victimes de harcèlement, de provocations ou de moqueries, et 9% des élèves ont déclaré avoir porté une arme — couteau, bâton ou aérosol — à l’intérieur de leur école.
La scène de Netanya — une mère qui franchit un portail pour menacer un enseignant pendant que des élèves filment au lieu d’intervenir — n’est pas une anomalie. C’est le reflet d’une érosion progressive de l’autorité scolaire, qui se joue aussi bien dans les cours de récréation que dans les couloirs administratifs. Et face à laquelle les outils manquent, selon plus d’un tiers des enseignants eux-mêmes.
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