Dans un climat de menaces croisĂ©es qui s’est brusquement intensifiĂ© ce week-end, le diplomate russe senior MikhaĂŻl Oulianov a publiĂ© ce dimanche un avertissement en forme de bombe sur le rĂ©seau X : selon lui, des experts occidentaux estiment qu’une reprise des frappes militaires amĂ©ricano-israĂ©liennes contre l’Iran est probable dans les prochains jours — « si ce n’est dans les prochaines heures ». Oulianov, ancien reprĂ©sentant de la Russie auprès des organisations internationales Ă Vienne et figure connue du dossier nuclĂ©aire iranien, a conclu : « Si c’est exact, cela signifie que les États-Unis et IsraĂ«l n’apprennent pas les leçons de leurs erreurs stratĂ©giques passĂ©es. »
L’avertissement intervient au lendemain d’une publication de Donald Trump sur Truth Social qui a fait l’effet d’une douche froide sur les marchĂ©s et les chancelleries. Le prĂ©sident amĂ©ricain, rentrĂ© vendredi de sa visite officielle Ă PĂ©kin sans dĂ©claration claire sur l’Iran, a postĂ© samedi soir une image gĂ©nĂ©rĂ©e par intelligence artificielle : on l’y voit coiffĂ© de sa cĂ©lèbre casquette rouge « Make America Great Again » — la mĂŞme qu’il arborait lors des premières frappes contre les Houthis — avec en arrière-plan des porte-avions et des destroyers amĂ©ricains. La lĂ©gende : « Le calme avant la tempĂŞte. »
Velayati : « Un piège stratégique »
La rĂ©ponse iranienne ne s’est pas fait attendre. Ali Akbar Velayati, conseiller du nouveau Guide suprĂŞme Mojtaba Khamenei, a publiĂ© Ă son tour un post sur X : « Les menaces du prĂ©sident amĂ©ricain Trump, instrumentalisĂ©es par les provocations israĂ©liennes, constituent un piège stratĂ©gique. » Il a ajoutĂ© : « Washington devra bientĂ´t chercher Ă la loupe les restes de sa crĂ©dibilitĂ© en Asie occidentale. »
Velayati, ancien ministre iranien des Affaires Ă©trangères et l’un des conseillers les plus influents du pouvoir, n’est pas un communicant de second rang. Sa prise de parole publique en rĂ©ponse directe Ă Trump signale que TĂ©hĂ©ran choisit de monter au crĂ©neau plutĂ´t que de laisser les menaces amĂ©ricaines sans rĂ©plique — une posture qui contraste avec le silence public du nouveau Guide suprĂŞme depuis sa prise de fonction.
Trump : ni accord, ni clarté
La dĂ©claration d’Oulianov s’inscrit dans un contexte prĂ©cis. Vendredi, le New York Times avait rĂ©vĂ©lĂ© que des sources officielles au Moyen-Orient confirmaient que les États-Unis et IsraĂ«l se trouvaient en pleine prĂ©paration intensive — la plus poussĂ©e depuis l’entrĂ©e en vigueur du cessez-le-feu du 8 avril — en vue d’une possible reprise des frappes cette semaine mĂŞme. Des Ă©valuations de hauts responsables israĂ©liens des derniers jours vont dans le mĂŞme sens.
Le secrĂ©taire Ă la DĂ©fense amĂ©ricain Pete Hegseth a confirmĂ© cette semaine devant le Congrès que l’armĂ©e disposait d’un « plan d’escalade si nĂ©cessaire » et que l’opĂ©ration « Zaam Aafi », gelĂ©e le mois dernier, pourrait reprendre dans les prochains jours. Si Trump dĂ©cide de relancer les hostilitĂ©s, les options sur la table comprennent des raids aĂ©riens plus agressifs contre des cibles militaires et des infrastructures des Gardiens de la RĂ©volution, ainsi qu’une option plus audacieuse : le dĂ©ploiement de forces spĂ©ciales sur le sol iranien pour s’emparer de matières nuclĂ©aires enfouies en profondeur, notamment sur le site d’Ispahan — une mission Ă haut risque qui nĂ©cessiterait Ă©galement des milliers de soldats en soutien.
Trump lui-mĂŞme, lors d’une intervention sur CNBC, avait rĂ©sumĂ© son Ă©tat d’esprit en quelques mots : « Je m’attends Ă bombarder, parce que je pense que c’est la bonne attitude Ă adopter. Mais nous sommes prĂŞts. Les militaires sont impatients d’agir. » RentrĂ© de PĂ©kin sans dĂ©claration ferme sur l’Iran — alors qu’il avait espĂ©rĂ© que Xi Jinping exerce une pression directe sur TĂ©hĂ©ran, ce qu’il n’a pas obtenu — Trump a laissĂ© planer une ambiguĂŻtĂ© totale sur la suite.
Des médiateurs pakistanais à Téhéran en urgence
En parallèle, des hauts responsables pakistanais ont effectuĂ© samedi une visite surprise Ă TĂ©hĂ©ran pour des entretiens supplĂ©mentaires avec des dirigeants iraniens, dans une tentative de dĂ©bloquer des nĂ©gociations au point mort entre l’Iran et les États-Unis, malgrĂ© un cessez-le-feu fragile — selon des mĂ©dias iraniens. L’agence de presse Tasnim a rapportĂ© que le ministre pakistanais de l’IntĂ©rieur, Mohsin Naqvi, est arrivĂ© dans la capitale iranienne dans le cadre d’une visite officielle de deux jours, s’inscrivant dans les efforts continus d’Islamabad pour faciliter les discussions et renforcer la stabilitĂ© rĂ©gionale.
Le Pakistan joue depuis le dĂ©but du conflit un rĂ´le de mĂ©diateur inĂ©dit — c’est lui qui avait supervisĂ© le cessez-le-feu du 8 avril, ce qui lui avait valu une reconnaissance internationale inattendue et les critiques acĂ©rĂ©es de son rival indien New Delhi.
Poutine à Pékin mardi : dans les pas de Trump
Le tableau gĂ©opolitique se complète avec une autre information de taille : la Russie a annoncĂ© ce dimanche que Vladimir Poutine s’envolera mardi pour une visite officielle de deux jours Ă PĂ©kin, oĂą il rencontrera le prĂ©sident Xi Jinping — quelques jours seulement après la fin de la visite de Trump dans la capitale chinoise. Au Kremlin, on n’a pas cachĂ© que Poutine a suivi de très près le dĂ©placement de Trump, et qu’il attend dĂ©sormais de son homologue chinois un compte rendu de première main sur les rĂ©sultats et les enseignements de ce sommet amĂ©ricano-chinois. La sĂ©quence — Trump Ă PĂ©kin, puis Poutine Ă PĂ©kin — dit tout de l’enjeu : la Chine est devenue le pivot autour duquel s’organisent les positions de toutes les puissances sur le dossier iranien.
Pour approfondir le contexte du conflit Iran-États-Unis/Israël :
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