De vastes régions d’Europe occidentale et méridionale subissent depuis plusieurs jours une vague de chaleur exceptionnellement précoce et intense, avec des températures dépassant de 12 à 13 degrés la normale saisonnière pour le mois de mai. Le phénomène, lié à un « dôme de chaleur » — une masse d’air chaud originaire du Maroc piégée sous une couche d’air à haute pression dans l’atmosphère — menace de se prolonger jusqu’en fin de semaine et constitue, selon les météorologues, un signal supplémentaire et inquiétant du changement climatique en action.
En France, la chaleur a déjà coûté la vie à deux personnes lors de compétitions sportives. Un homme de 53 ans est mort pendant une course organisée à Paris, après avoir été victime d’un arrêt cardiaque — la ministre des Sports Marina Ferrari faisant le lien avec les conditions climatiques, appelant à « une prudence maximale lors d’événements sportifs par chaleur extrême ». Un autre décès a été signalé à Lyon dans des circonstances similaires. Le service météorologique français a recensé des records de température locaux brisés dans au moins 350 communes, avec des pointes à 37 degrés dans l’ouest du pays. Trente et un départements ont été placés en alerte pour chaleur intense, dont huit au niveau « orange », deuxième niveau de gravité. C’est la première fois depuis l’instauration du système d’alerte en 2004 qu’il est activé en France au mois de mai.
Le climatologue Christophe Cassou, interrogé par Le Monde, a qualifié le phénomène d’« événement sans précédent, avec une probabilité d’une chance sur mille de se produire à cette période de l’année sur la base du climat entre 1979 et 2025, et totalement impossible à l’ère préindustrielle ».
En Grande-Bretagne, le record national de température pour le mois de mai a été pulvérisé avec 33,5 degrés enregistrés dans la zone de l’aéroport d’Heathrow à Londres. L’ancien record datait de 1922, avec 32,8 degrés — une marque égalée en 1944. « Cette chaleur est exceptionnelle pour la Grande-Bretagne, même en plein été — encore plus pour mai », a souligné le service météorologique britannique. La vague de chaleur a coïncidé avec un long week-end férié : plusieurs événements ont été annulés ou réduits. Dans le Surrey, la traditionnelle course d’ânes a exclu les animaux et les chiens « par souci de leur bien-être ». À Gloucestershire, des milliers de spectateurs bravaient malgré tout la canicule pour assister à la course annuelle du fromage roulant dans une pente.
Une fillette de 10 ans, Liza Nizari, a trouvé les mots pour résumer la situation à l’AFP depuis les rues de Londres : « C’est comme une mini-version de l’enfer. On est en train de cuire. C’est vraiment chaud. »
En Espagne, les autorités météorologiques ont prévenu que certaines régions pourraient enregistrer jusqu’à 40 degrés entre mercredi et vendredi, avec des avertissements contre des « nuits tropicales ». L’Italie a imposé dans le Latium des restrictions sur les travaux en plein air — agriculture et construction — entre 12h et 16h jusqu’au 15 septembre.
Les experts s’accordent : ce type d’événement va se multiplier. Le météorologue britannique Greg Dewhirst a déclaré à l’AFP que la vague de chaleur était « une bonne indication du changement climatique en action », et que le phénomène avait toutes les chances de devenir « la nouvelle normalité ».
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