Cela fait près de deux mois que B., une adolescente de 14 ans résidant à Or Yehuda, attend chez elle. Depuis que son école a prononcé son exclusion définitive, elle est dans l’attente d’une décision du ministère de l’Éducation sur un éventuel retour en cours. La vidéo qui a provoqué son renvoi — dans laquelle on la voit tirer par les cheveux une jeune fille de 15 ans et la projeter au sol — a été largement diffusée sur les réseaux sociaux et a suscité une vague de réactions. Mais à quelques jours de la décision attendue, la famille de B. prend la parole et présente une autre séquence vidéo, qui, selon elle, change radicalement la lecture des événements.
Une autre vidéo, un autre regard
Dans cette nouvelle séquence, que la défense a transmise aux autorités compétentes, B. apparaît elle-même en train d’être attaquée par la plaignante, qui lui tire les cheveux et la fait tomber à terre. Selon l’avocat de la jeune fille, Me Sharon Nahari, ce document constitue une preuve que « B. n’a pas initié l’incident, mais s’est retrouvée dans une situation de force impliquant de nombreux participants ». Il souligne que la vidéo diffusée sur les réseaux ne montrait qu’une partie de la séquence des événements.
L’incident lui-même s’est produit le 17 avril au soir, dans un jardin public d’un quartier résidentiel de la ville. Les deux adolescentes s’étaient disputées via les réseaux sociaux. Selon l’acte d’accusation, B. a tiré les cheveux de la plaignante devant un groupe de jeunes, l’a jetée au sol et l’a frappée. À la suite de la diffusion de la vidéo par le compte Telegram du journaliste Daniel Amram, un acte d’accusation a été déposé contre B.
Des années de harcèlement, selon la mère
A., la mère de B., brosse un tableau bien plus complexe que celui qui transparaît dans la vidéo virale. Elle décrit une adolescente qui s’est débattue pendant des années face à des mises à l’écart silencieuses, des moqueries et des difficultés sociales jamais véritablement prises en charge. « Il y avait des périodes de mise à l’écart, parfois non, mais tout autour il y avait énormément de moqueries et de comportements qui n’ont pas vraiment été traités », a-t-elle raconté. Elle affirme que le jour de l’accrochage, sa fille n’avait pas cherché l’affrontement : « Elle ne voulait pas être dans cette situation. Il y avait beaucoup d’enfants qui la poussaient à ce que ça arrive. »
La mère précise toutefois qu’elle ne minimise pas la souffrance de l’autre adolescente. « Je comprends aussi la position de la mère (de la plaignante), elle ne connaissait pas toute l’histoire. » Elle décrit néanmoins les conséquences qui ont suivi pour sa propre fille : des menaces sur WhatsApp, des insultes, et même quelqu’un qui aurait frappé à leur porte à trois heures du matin après la publication de la vidéo.
« Je ne suis pas une bagarreuse »
B. elle-même a accepté de témoigner. Ce qu’elle décrit est une accumulation de pression sociale et de peur. « Socialement, ça n’a jamais été simple pour moi. Tout le temps on me disait des choses affreuses, on me traitait de grosse, de laide. J’avais des difficultés sociales et j’en ai encore aujourd’hui », confie-t-elle. Le jour de l’incident, elle n’a pas agi par goût de la violence, dit-elle, mais sous l’effet d’une pression collective à laquelle elle ne savait pas résister. « Je ne suis pas quelqu’un qui aime se battre, mais à ce moment-là il y avait tellement de pression sociale autour de moi que je ne savais pas quoi faire. J’avais peur. »
Elle reconnaît que son comportement n’était pas acceptable, et dit en assumer la responsabilité. Mais elle demande à être jugée dans son contexte, et non à partir d’une image tronquée.
L’appel et ses arguments
Dans le recours déposé auprès du ministère de l’Éducation, la défense avance plusieurs arguments. L’incident ne s’est pas produit dans l’enceinte de l’école ni pendant les heures scolaires, et la plaignante n’est pas une élève du même établissement. Le recours souligne également que la commission d’exclusion aurait accordé trop de poids aux retombées médiatiques de l’affaire et à l’atteinte à l’image de l’école, « plutôt qu’à l’intérêt de la mineure et à des alternatives éducatives plus proportionnées ». Enfin, la défense estime que l’exclusion définitive — la sanction la plus sévère prévue par le système — ne peut pas constituer un outil de réhabilitation.
La mère accuse par ailleurs l’institution scolaire d’avoir répondu aux problèmes de discipline de sa fille sans jamais s’attaquer à leur cause profonde : l’isolement social et les humiliations répétées. « Tout le temps on me parlait du fait qu’elle ne travaillait pas, qu’elle quittait les cours, qu’elle dérangeait. Mais quand j’ai creusé, j’ai découvert qu’on se moquait d’elle, qu’on la harcelait. Où était le traitement de tout ça ? », interroge-t-elle.
Le ministère de l’Éducation a confirmé avoir reçu le recours, précisant qu’il était « en cours d’examen » et que la commission examinerait l’ensemble des arguments et des pièces présentées, « conformément aux dispositions légales et aux procédures en vigueur ».
Pour aller plus loin sur notre site :
Les violences et drames qui secouent la société israélienne sont régulièrement couverts sur notre site : Acte d’accusation dans l’affaire Sigal Itskovich : 15 coups de couteau au fils et 44 au chien
Sur des affaires mettant en cause la protection des témoins et les coulisses judiciaires : Autrefois tueur à gage, aujourd’hui professeur d’université






