Le gĂ©nĂ©ral de division (res.) Cheney Merom, ancien commandant de la marine israĂ©lienne, n’est pas homme Ă mâcher ses mots. Ce mardi 17 juin, alors que le mĂ©morandum d’accord entre les États-Unis et l’Iran concentre toutes les attentions, il a choisi de prendre la parole pour formuler un avertissement qui tranche avec le discours ambiant : ce qui attend IsraĂ«l n’est pas la fin d’une guerre, mais le dĂ©but d’une longue sĂ©quence Ă laquelle le pays doit se prĂ©parer autrement.
« Nous nous dirigeons vers une longue guerre »
La formule est posĂ©e d’emblĂ©e, sans dĂ©tour. Pour le gĂ©nĂ©ral Merom, l’accord amĂ©ricano-iranien ne clĂ´t pas le chapitre sĂ©curitaire — il en ouvre un nouveau, potentiellement plus complexe. Si le mĂ©morandum signĂ© entre Washington et TĂ©hĂ©ran met un terme Ă la phase de frappes directes et rĂ©ciproques, il ne rĂ©sout pas les tensions structurelles qui ont conduit Ă la guerre de 2026, ni ne neutralise les capacitĂ©s de nuisance rĂ©gionale de l’Iran et de ses relais. Dans cette perspective, IsraĂ«l doit intĂ©grer une rĂ©alitĂ© diffĂ©rente : non plus un conflit de haute intensitĂ© aux Ă©changes brefs et tranchĂ©s, mais une confrontation longue durĂ©e, diffuse, qui exige une tout autre doctrine de prĂ©paration.
Le front intérieur au cœur du défi
C’est prĂ©cisĂ©ment sur ce point que l’ancien commandant de la marine concentre son message : le front intĂ©rieur israĂ©lien doit ĂŞtre prĂ©parĂ© diffĂ©remment. La guerre de 2026, avec ses vagues de missiles balistiques iraniens qui ont touchĂ© des zones habitĂ©es, ses drones guidĂ©s par fibre optique opĂ©rant depuis le Liban, et ses semaines de mobilisation intensive de la population civile, a mis en Ă©vidence des lacunes dans la rĂ©silience de l’arrière. Pour Merom, ces lacunes ne peuvent pas ĂŞtre comblĂ©es par des rĂ©ponses militaires seules — elles appellent une refonte de la prĂ©paration civile, logistique et psychologique Ă l’Ă©chelle nationale.
La notion de « prĂ©paration diffĂ©rente » qu’il invoque renvoie Ă plusieurs dimensions : la capacitĂ© des abris Ă absorber des assauts prolongĂ©s, la continuitĂ© des services essentiels en situation de crise durable, la coordination entre les forces armĂ©es et le commandement du front intĂ©rieur, et la rĂ©silience Ă©conomique et sociale d’une population appelĂ©e Ă vivre dans une posture de veille permanente — non plus pour quelques semaines, mais potentiellement sur plusieurs annĂ©es.
L’accord amĂ©ricano-iranien vu de Tel Aviv
Le gĂ©nĂ©ral Merom situe explicitement son analyse dans le contexte du mĂ©morandum d’accord. Pour lui, cet accord change les paramètres du jeu israĂ©lien sans les effacer. L’Iran, mĂŞme affaibli militairement par les frappes amĂ©ricano-israĂ©liennes du dĂ©but 2026, conserve ses ambitions rĂ©gionales, ses rĂ©seaux de proxies et — selon les premières lectures de l’accord — une capacitĂ© rĂ©siduelle Ă reconstituer ses forces si les garanties de vĂ©rification s’avèrent insuffisantes. L’accord ouvre la voie Ă un allègement des sanctions et Ă une rĂ©intĂ©gration partielle de TĂ©hĂ©ran dans l’Ă©conomie mondiale, ce qui, Ă terme, lui fournira les ressources nĂ©cessaires Ă cette reconstitution.
C’est prĂ©cisĂ©ment ce scĂ©nario que Merom veut anticiper : une Iran provisoirement neutralisĂ©e mais non vaincue, qui patiente, reconstruit et reprend ses activitĂ©s dĂ©stabilisatrices dans un horizon de cinq Ă dix ans — pendant que l’IsraĂ«l, lui, serait tentĂ© de relâcher sa vigilance sous couvert de cessez-le-feu.
Un appel à la lucidité stratégique
La prise de parole de l’ancien commandant de la marine s’inscrit dans un contexte oĂą de nombreuses voix militaires et sĂ©curitaires israĂ©liennes expriment des rĂ©serves sur la robustesse de l’accord amĂ©ricano-iranien. Ce que Merom ajoute Ă ce concert de prĂ©occupations, c’est une perspective opĂ©rationnelle concrète : quelle que soit l’issue diplomatique, IsraĂ«l n’a pas d’autre choix que de se prĂ©parer Ă durer. La guerre longue n’est pas un scĂ©nario catastrophe — c’est, selon lui, la rĂ©alitĂ© stratĂ©gique dans laquelle l’État hĂ©breu Ă©volue depuis des dĂ©cennies, et que l’accord en cours ne fait que prolonger sous une forme nouvelle.
Pour un pays qui a bâti sa doctrine militaire sur la dĂ©cision rapide, la frappe prĂ©ventive et la guerre courte, cet appel Ă rĂ©inventer la prĂ©paration pour le long terme constitue un dĂ©fi conceptuel aussi bien que matĂ©riel — et c’est peut-ĂŞtre lĂ le message le plus important que le gĂ©nĂ©ral Merom ait voulu faire passer.
Pour aller plus loin sur notre site : La question de la prĂ©paration du front intĂ©rieur face Ă une confrontation avec l’Iran avait dĂ©jĂ Ă©tĂ© posĂ©e dans une analyse approfondie : Les batteries anti-missiles ne suffiront pas : voici Ă quoi ressemblera la guerre avec l’Iran Et sur la stratĂ©gie iranienne de contournement par les proxies, lire aussi : Alerte sĂ©curitaire : l’Iran arme discrètement la JudĂ©e-Samarie pour prĂ©parer une nouvelle vague d’attentats






