Le monde sous le choc : « Trump tente de monnayer le droit de Jérusalem à se défendre »

Il n’aura fallu que quelques heures après la publication, ce mardi soir, d’une analyse fouillée dans la revue américaine The Atlantic pour que la phrase centrale se retrouve citée dans toutes les rédactions israéliennes : Trump « tente de monnayer le droit de Jérusalem à se défendre ». La formule est cinglante. Elle résume, selon les auteurs de cette analyse, la dynamique réelle à l’œuvre dans les négociations américano-iraniennes, dont Israël est exclu mais dont il est, de fait, le premier concerné.

Selon ce rapport et cette analyse en profondeur, l’État hébreu apparaît comme le grand perdant des nouvelles orientations que le président Donald Trump est en train de dessiner au Moyen-Orient. Plus précisément, Trump agirait pour écarter Israël sur le côté dans le cadre du mémorandum qu’il négocie avec Téhéran — et ce mémorandum inclurait une exigence explicite de cessation des combats israéliens contre le Hezbollah au Liban.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Un accord qui ne concerne pas Israël, mais le contraint

Le paradoxe au cœur de la situation est saisissant : Israël n’est pas partie à l’accord en cours de finalisation entre Washington et Téhéran, et pourtant ses conséquences directes pèsent sur les opérations militaires que Tsahal mène au Liban depuis des mois. L’accord américano-iranien, dont la cérémonie de signature officielle est prévue vendredi en Suisse, comprend selon plusieurs sources un volet libanais qui imposerait un cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah — sans que Jérusalem ait eu son mot à dire dans la formulation de cette clause.

Cette situation a conduit Netanyahu à faire savoir à Trump directement qu’Israël ne se considère pas lié par la clause libanaise de l’accord. Selon des responsables israéliens cités dans plusieurs médias, le Premier ministre a réaffirmé que Tsahal maintiendrait ses positions actuelles dans le sud du Liban et continuerait d’opérer contre les infrastructures du Hezbollah. « La lutte n’est pas terminée », a déclaré Netanyahu. « Je veux être clair : nous resterons dans les zones de sécurité aussi longtemps que nécessaire pour défendre notre pays. »

La colère de Trump contre Netanyahu

La tension entre les deux dirigeants a rarement été aussi visible. Trump a vivement critiqué la frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, conduite le 15 juin alors que l’accord avec l’Iran était sur le point d’être finalisé. Il avait déclaré publiquement que cette attaque « n’aurait pas dû avoir lieu » et avait qualifié la menace que le Hezbollah représentait à ce moment-là de « petite et insignifiante ». Selon des médias américains, Trump aurait confié en privé que Netanyahu avait « un jugement nul » et l’aurait qualifié en des termes particulièrement durs dans des échanges avec des journalistes du New York Times et d’Axios. Allant plus loin encore, il aurait lâché : « Sans les États-Unis, il n’y aurait pas d’Israël » — une formule dont la brutalité n’a pas échappé aux observateurs israéliens.

C’est dans ce contexte explosif que l’analyse de The Atlantic s’inscrit et prend tout son relief. La revue décrit un Trump qui, au lieu d’utiliser son influence sur Téhéran pour obtenir des garanties supplémentaires pour Israël, ferait le chemin inverse — en utilisant le dossier israélien comme levier de négociation face aux Iraniens. En d’autres termes, le droit d’Israël à se défendre contre le Hezbollah serait devenu une variable d’ajustement dans l’équation diplomatique américano-iranienne, et non plus un acquis intangible.

Jérusalem campe sur ses positions

Face à cette pression, le gouvernement israélien présente un front uni, au moins en apparence. Le ministre de la Défense Israël Katz a rappelé qu’il avait transmis à Trump et aux hauts responsables américains — dont le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth — la position d’Israël : pas de retrait du Liban, pas de cessez-le-feu unilatéral, pas de compromis sur la sécurité des habitants du Nord. Des responsables israéliens ont par ailleurs indiqué que lors d’une réunion du cabinet sécuritaire, Netanyahu avait reçu le soutien unanime de ses ministres sur sa position libanaise.

Le ministre des Finances Bezalel Smotrich aurait même proposé une stratégie de dissuasion offensive : avertir les habitants de la plaine de la Bekaa que si l’Iran tirait sur Israël, ils disposeraient d’une heure pour évacuer avant que Tsahal ne frappe des dizaines de cibles dans la région. L’objectif de cette proposition : faire peser sur la communauté chiite libanaise une pression suffisante pour dissuader le Hezbollah d’agir, tout en rendant plus difficile pour Trump d’assimiler les représailles israéliennes à une provocation.

Du côté américain, un haut responsable a tenté de calmer le jeu en précisant que le retrait d’Israël du Liban-Sud « n’est pas une condition de l’accord » — et qu’en cas d’attaque du Hezbollah, Israël conserverait le droit de se défendre. Mais cette assurance verbale, non inscrite dans le texte du mémorandum, ne suffit pas à rassurer Jérusalem, qui a appris à ses dépens que les garanties américaines peuvent évoluer au gré des humeurs présidentielles.

Pour aller plus loin sur notre site :
Sur les positions israéliennes face à l’accord américano-iranien et le front libanais : Le ministre Shikli dévoile le nouvel axe qui inquiète Israël : « Dangereux comme pas un »
Sur l’analyse du retournement de Trump vis-à-vis d’Israël vue par un éditorialiste israélien : Trump nous a trahis — et laissera Israël seul

Banniere Israel Hai