Trump nous a trahis — et laissera Israël seul

C’est une tribune au vitriol, publiĂ©e dans la nuit du 16 au 17 juin par l’Ă©ditorialiste Boaz Ha’etzni sur Ynet, qui reflète une partie du dĂ©sarroi profond qu’Ă©prouve la droite nationale israĂ©lienne face au mĂ©morandum d’accord entre Washington et TĂ©hĂ©ran. Sous le titre « Trump nous a trahis — et laissera IsraĂ«l seul », Ha’etzni dresse un rĂ©quisitoire sĂ©vère contre la politique du prĂ©sident amĂ©ricain, qu’il accuse d’avoir capitulĂ© devant un rĂ©gime iranien qui, selon lui, Ă©tait Ă  deux doigts de l’effondrement.

La comparaison avec Roosevelt et Hitler

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Ha’etzni ouvre le feu sans mĂ©nagement. Il rappelle que Trump a dĂ©jĂ  trahi les Kurdes en Syrie, qu’il s’est « enthousiasmĂ© » pour Jolani — le dirigeant syrien que l’auteur qualifie d’assassin des Alaouites, des Kurdes, des chrĂ©tiens et des Druzes — et qu’il a toujours manifestĂ© une attirance pour les dictateurs, qu’il s’agisse d’Erdogan, de Poutine, ou des dirigeants pakistanais. La capitulation devant l’Iran, Ă©crit-il, est la dernière manifestation de cette tendance. Il n’hĂ©site pas Ă  comparer la situation Ă  ce qui se serait passĂ© si Roosevelt avait signĂ© un accord avec Hitler « une seconde avant la chute de l’Allemagne nazie », en le laissant au pouvoir, en lui restituant des fonds gelĂ©s et en lui ouvrant la voie Ă  la reconstruction — au dĂ©triment des alliĂ©s et de Churchill.

L’accord, selon Ha’etzni, sauve le rĂ©gime de TĂ©hĂ©ran au moment prĂ©cis oĂą il Ă©tait le plus vulnĂ©rable, le remplit de liquiditĂ©s et ouvre la voie Ă  la reconstruction de l’ensemble de son « système de mort » en Iran et dans tout le Moyen-Orient. L’auteur considère qu’il s’agit d’une trahison non seulement d’IsraĂ«l, mais aussi du peuple iranien — qui avait rĂ©pondu aux appels Ă  manifester dans les rues en entendant le prĂ©sident amĂ©ricain promettre que « l’aide arrive » — et des pays arabes qui ont pris le risque de rejoindre le camp amĂ©ricano-israĂ©lien, Ă  commencer par les Émirats arabes unis. Pour Ha’etzni, les Accords d’Abraham ne connaĂ®tront pas de suite, car l’Arabie saoudite et d’autres États n’accepteront plus de « miser sur un roseau brisĂ© Ă  Washington ».

Un Trump zigzaguant, sans cap

L’Ă©ditorialiste tourne ensuite sa plume contre le style mĂŞme de la prĂ©sidence Trump. Les zigzags constants, les contradictions, les accĂ©lĂ©rations et freinages brutaux auraient pu ĂŞtre acceptables, Ă©crit-il, si l’on avait eu la certitude que derrière tout cela se cachait une stratĂ©gie cohĂ©rente menant Ă  un objectif prĂ©cis. Mais dès lors que la ligne d’arrivĂ©e est une capitulation, « il ne reste de toute cette agitation que la folie ». Ha’etzni dĂ©crit un homme de 80 ans qui « a perdu l’intĂ©rĂŞt pour son jouet » et prĂ©fère passer Ă  une mission plus facile, incapable de la persistance qu’exigent la lutte contre le Mal et l’affirmation du leadership mondial amĂ©ricain.

Il soulève Ă©galement un point troublant : selon lui, des informations circuleraient selon lesquelles, pendant mĂŞme les combats, des reprĂ©sentants de l’administration Trump nĂ©gociaient dĂ©jĂ  les termes d’un accord avec l’Iran via le Pakistan et le Qatar. Si tel est le cas, argumente-t-il, les Iraniens avaient compris que les coups qu’ils recevaient Ă©taient d’intensitĂ© limitĂ©e et que l’intention finale Ă©tait de transiger. Ce signal les aurait encouragĂ©s Ă  tenir — exactement comme Obama, qui avait simultanĂ©ment imposĂ© des sanctions et menĂ© des nĂ©gociations sur un accord nuclĂ©aire favorable Ă  TĂ©hĂ©ran, avait encouragĂ© le rĂ©gime Ă  ne pas cĂ©der.

Le test de Netanyahu

La deuxième partie de la tribune se concentre sur IsraĂ«l lui-mĂŞme. Ha’etzni formule ce qu’il appelle « le test de leadership de Netanyahu ». D’un cĂ´tĂ©, la relation avec les États-Unis constitue un multiplicateur de puissance et un facteur de dissuasion que personne ne peut ignorer — une rupture ouverte avec Washington risquerait d’enhardir les ennemis d’IsraĂ«l qui y verraient une fissure. De l’autre, il serait impensable, selon l’auteur, de ne pas rĂ©pondre Ă  la violation des engagements que Trump lui-mĂŞme avait pris il y a Ă  peine une semaine — Ă  savoir que Beyrouth serait considĂ©rĂ©e comme Ă©quivalente Ă  une attaque sur le territoire israĂ©lien — et surtout de se retirer des zones clĂ©s au Liban, ce qui reviendrait Ă  ramener les forces Radwan jusqu’Ă  la ligne des femmes et des enfants israĂ©liens.

Ha’etzni conclut sur une formule biblique : « Et Jacob resta seul », verset de la Genèse qui prĂ©cède le combat de Jacob contre l’ange mystĂ©rieux. IsraĂ«l, dit-il, est seul, comme toujours. Mais maintenir les positions acquises Ă  Gaza, au Liban et en Syrie permettra de clarifier que l’effondrement est celui de Trump seul, et ne concerne pas IsraĂ«l. Retraite ou maintien dans les nouveaux territoires — c’est lĂ , conclut-il, que se situe « la diffĂ©rence entre la victoire et la dĂ©faite ».

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