Le commandant de l’unité « Nahalat Binyamin » de l’armée de l’air israélienne — l’unité responsable de la banque de cibles de Tsahal — a accepté de révéler, pour la première fois, les détails opérationnels de l’élimination de Mohammed Sinwar et de Mohammed Chabana, les deux plus hauts dirigeants du Hamas à l’époque, tués dans un tunnel situé sous l’hôpital européen de Gaza. Le récit qu’il livre éclaire une séquence d’une précision rare, exécutée en moins de vingt secondes.
Un tunnel à dix mètres du service des urgences
La première donnée qui frappe est géographique. Le tunnel traverse l’hôpital d’ouest en est, et le centre de commandement souterrain où s’étaient réfugiés les deux dirigeants du Hamas se trouvait à seulement dix à vingt mètres du service des urgences. L’un des puits d’accès au tunnel était même localisé à l’extrémité de l’esplanade réservée aux ambulances.
Cette proximité immédiate posait une contrainte opérationnelle absolue : neutraliser les cibles avec une précision chirurgicale, sans causer de dommages collatéraux au bâtiment hospitalier ni à ses équipements. « Nahalat Binyamin » avait préparé le plan d’attaque aérienne à l’avance. Lorsque le renseignement est tombé, ouvrant une fenêtre d’opportunité de quelques minutes, l’échelon politique a accordé l’autorisation d’élimination. Dans l’unité, la conscience était claire : le temps imparti était extrêmement limité.
Des avions en route pour le Yémen déviés en quelques secondes
La contrainte de temps a imposé une décision audacieuse. « Nahalat Binyamin » a mis en alerte des chasseurs qui, à ce moment précis, étaient armés et prêts à décoller pour une frappe dans un théâtre d’opérations entièrement différent — le Yémen. Ces avions ont été redirigés en urgence vers Gaza.
Les pilotes ont reçu un briefing rapide sur l’axe d’approche et l’angle d’attaque propre à chacun, de manière à ce que les munitions frappent avec une précision maximale la cible désignée tout en évitant tout dommage à l’hôpital. Le plan prévoyait que des dizaines de tonnes de bombes soient larguées simultanément sur plusieurs points du tunnel depuis trois directions différentes, afin d’effondrer la structure et d’y piéger les dirigeants du Hamas jusqu’à ce qu’ils meurent par asphyxie et perte de sang.
En moins de vingt secondes à partir du moment où les avions ont entamé leur approche, la cible a été détruite avec une précision totale.
Le bulldozer du Hamas détruit, Golani sécurise le périmètre
Le Hamas a tenté de réagir. Une excavatrice a été envoyée sur les lieux pour tenter d’extraire les dirigeants prisonniers sous les décombres du tunnel. Un avion supplémentaire est intervenu et a détruit le bulldozer. Simultanément, des combattants de la brigade Golani ont avancé rapidement vers le périmètre de l’hôpital, ont pris le contrôle du secteur et ont empêché le Hamas d’évacuer les corps des hauts dirigeants.
« Nous avons détruit toute l’armée syrienne »
Le commandant de « Nahalat Binyamin » a également évoqué une autre opération d’envergure conduite par son unité : la destruction de l’armée syrienne lors de la chute du régime de Bachar el-Assad. Il a décrit comment les plans de frappe sur l’armée syrienne avaient d’abord été passés en revue — certains datant de la guerre de Kippour — avant d’être rapidement actualisés. « Dès que l’opération de destruction de l’armée syrienne a commencé à se dérouler, nous avons sorti les plans et commencé à travailler en ajoutant sans cesse de nouvelles cibles. En peu de temps, nous avons détruit toute l’armée syrienne et n’avons pas permis que des armes tombent entre des mains irresponsables », a-t-il expliqué.
Ce double récit — Gaza et Syrie — illustre la nature de l’unité « Nahalat Binyamin » : une cellule de planification qui opère en temps réel sur plusieurs fronts simultanément, capable de pivoter en quelques secondes d’un théâtre d’opérations à un autre, et dont les décisions se répercutent sur le champ de bataille dans les minutes qui suivent.
Pour en savoir plus sur l’élimination de Mohammed Sinwar et le rôle de la brigade Golani dans ces opérations, lire : L’unité « Bislamach » : que savons-nous de la 828e brigade qui a tué Sinwar ?
Sur le réseau de tunnels sous les hôpitaux de Gaza, lire également : Dix kilomètres de long : Tsahal découvre un tunnel reliant le sud et le nord de la bande de Gaz






