Un seul post sur X a suffi pour que le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir se retrouve au cœur d’une controverse internationale. Publié vendredi matin, au lendemain de l’annonce par Tsahal de la mort de quatre soldats dans la tragédie du char au sud du Liban — dont le lieutenant-colonel Dor Ben Shimhon, commandant du 52e bataillon blindé —, le message a déjà recueilli plus de 17 millions de vues au moment de la rédaction de ces lignes.
Ce que Ben Gvir a écrit
Le ministre n’a pas pesé ses mots. En hébreu, sur le réseau X, il a réclamé ouvertement la vengeance : « Pour chaque larme d’une mère israélienne, mille mères libanaises doivent pleurer. Tout le Liban doit brûler ! Avec tout le respect dû aux Américains, Israël doit faire comprendre au monde entier que le sang de nos fils et la sécurité de nos citoyens ne sont pas à la merci de quiconque. »
Ben Gvir a ensuite révélé avoir tenu ce langage directement au Premier ministre : « J’ai dit au Premier ministre, même lors de nos réunions en tête-à-tête : pour chaque larme d’une mère israélienne, mille mères libanaises doivent pleurer. Assez avec le ping-pong. Au Moyen-Orient, on ne gagne pas avec des ripostes mesurées et une politique de retenue — il faut devenir fou. Raser. Vaincre le terrorisme. »
Ce post, publié alors même que les circonstances exactes de la frappe qui a détruit le char n’avaient pas encore été élucidées par l’armée, a immédiatement allumé une mèche.
X signale le message — mais ne le supprime pas
Le réseau social X, propriété d’Elon Musk, a pris la décision inhabituelle de signaler le post comme enfreignant ses règles d’utilisation, tout en maintenant sa visibilité. Un bandeau a été apposé au-dessus du message : « Ce post a enfreint les règles de X. Cependant, X a déterminé qu’il pourrait être d’intérêt public de laisser ce post accessible. » Pour le lire, les utilisateurs doivent désormais cliquer sur un bouton spécifique.
Cette décision illustre la ligne de crête sur laquelle marchent les grandes plateformes lorsqu’elles sont confrontées à des déclarations de responsables politiques qui franchissent les limites de leurs politiques de modération sans être pour autant censurées en bloc, au nom de l’intérêt public.
Téhéran s’empare du post
Celui qui a le plus rapidement saisi l’occasion n’est autre que le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi. Il a republié une capture d’écran du message de Ben Gvir, l’utilisant comme munition dans la propagande anti-israélienne de la République islamique. « Ce n’est pas l’emportement d’un fou génocidaire ordinaire, a-t-il écrit. C’est un post public du ministre de la Sécurité nationale du régime israélien. La secte meurtrière basée à Tel Aviv représente une menace pour l’humanité tout entière. Elle menace tous les êtres humains. Son seul intérêt est la guerre permanente. »
La mécanique est connue : des déclarations incendiaires de membres de la coalition israélienne sont régulièrement récupérées par les chancelleries hostiles pour alimenter leur narrative sur la scène internationale. Le post de Ben Gvir est venu s’inscrire dans ce schéma avec une efficacité redoutable, compte tenu de l’ampleur de sa diffusion.
Une polémique qui dépasse les frontières
Le message a été repris et commenté abondamment dans les médias du monde entier. La combinaison d’une formule choc, d’un contexte de deuil national, d’une réaction de la part d’une grande plateforme technologique et d’une récupération immédiate par la diplomatie iranienne a propulsé ce post dans une autre dimension que les sorties habituelles du ministre.
Ben Gvir n’en est pas à sa première déclaration à contre-courant de la ligne officielle du gouvernement, mais la portée mondiale de celle-ci — 17 millions de vues en quelques heures — en fait un épisode à part dans la chronique de ses prises de position depuis le début du conflit.
Pour en savoir plus sur les déclarations polémiques de Ben Gvir, lire : Ben Gvir relance le débat sur la peine de mort après l’apparition d’un insigne polémique à la Knesset
Sur le contexte du front libanais, lire également : 900 morts, 6 213 blessés : le tribut insoutenable de Tsahal après 23 mois de guerre






