La nuit de vendredi Ă samedi a emportĂ© deux soldats israĂ©liens de 21 ans, tombĂ©s sur deux théâtres diffĂ©rents du sud du Liban, Ă quelques heures d’intervalle. Le porte-parole de Tsahal a levĂ© ce samedi soir l’interdiction de publication sur leurs noms : le sergent-chef Nir Ben Ari, combattant de l’unitĂ© d’Ă©lite MĂ©glan, et le caporal Yoav Klein, soldat blindĂ© du 52e bataillon. Deux vies arrachĂ©es Ă leur printemps, deux familles fracassĂ©es, deux communautĂ©s en deuil.
Nir Ben Ari : neuf jours avant ses 22 ans
Nir Ben Ari, originaire du moshav Karem Maharal, servait comme chef de section au sein de la cĂ©lèbre unitĂ© commando MĂ©glan. Dans la nuit de vendredi Ă samedi, aux alentours d’une heure trente du matin, des roquettes et des drones explosifs du Hezbollah ont frappĂ© les forces israĂ©liennes dĂ©ployĂ©es dans les environs du village de Tabnit, au sud du Liban. Nir a Ă©tĂ© tuĂ© sur place. Treize autres combattants ont Ă©tĂ© blessĂ©s, dont un dans un Ă©tat grave.
Ce qui rend ce deuil encore plus poignant : dans neuf jours, il aurait soufflĂ© ses 22 bougies. Dans moins d’un mois, il devait partir en permission de libĂ©ration, le terme de son service militaire. La semaine d’avant sa mort, un test de conduite pour l’obtention du permis moto Ă©tait inscrit Ă son agenda. Pour aoĂ»t, un billet d’avion pour la ThaĂŻlande l’attendait.
NĂ© et grandi Ă Karem Maharal, Nir avait fait ses classes Ă l’Ă©cole de l’Omer puis au lycĂ©e de Kfar Galim, oĂą il avait Ă©tudiĂ© cinq unitĂ©s d’anglais, des mathĂ©matiques et de la physique. PassionnĂ© de basket-ball dans l’enfance, il avait consacrĂ© une annĂ©e Ă la « Yeshiva JĂ©rusalĂ©mite » avant son engagement dans l’armĂ©e. Sa famille le dĂ©crit avec une tendresse qui dĂ©borde de chaque mot : « Il aimait la vie, sa famille, ses amis. Il avait un lien particulier avec ses deux frères et sa sĹ“ur Shir. Un enfant avec une prĂ©sence folle. Toujours joyeux. Toujours entourĂ© d’amis. Un gamin fort, dans la tĂŞte comme dans le corps. Le premier Ă tout. »
Un proche de la famille, Nir Baruch, a racontĂ© que la veille encore, Nir Ă©tait Ă la maison, mais avait choisi de retourner auprès de ses camarades et de rentrer au Liban. Le lendemain matin, Ă sept heures, on a frappĂ© Ă la porte. Son père Yaron a cru que c’Ă©tait son fils qui rentrait. C’Ă©tait la pire nouvelle de sa vie.
Asif Isaak, prĂ©sident du conseil rĂ©gional de la cĂ´te du Carmel, lui a rendu hommage : « Nir Ă©tait le sel de la terre au sens plein du terme — un jeune aux valeurs fortes, brillant dans ses Ă©tudes, sportif, combattant et commandant, mais avant tout quelqu’un qui aimait la vie, sa famille et ses amis, et qui rayonnait d’une joie qui attirait les gens vers lui. Nir Ă©tait au seuil d’un nouveau chapitre, avec des projets, des rĂŞves et un avenir prometteur qui ont Ă©tĂ© brutalement fauchĂ©s. »
La directrice du lycĂ©e de Kfar Galim, Alfa Weinberger, a rappelĂ© que Nir avait achevĂ© ses Ă©tudes lĂ -bas, spĂ©cialisĂ© en biologie et en physique. Elle a prĂ©cisĂ© qu’un autre Ă©lève du mĂŞme Ă©tablissement, le caporal Noam Hamburger, Ă©tait tombĂ© le mois prĂ©cĂ©dent d’un drone explosif dans le sud du Liban. « C’est une deuxième perte, lourde et insoutenable pour notre communautĂ©. Le cĹ“ur se brise face Ă ces vies jeunes fauchĂ©es et Ă la douleur immense de ces familles. »
Yoav Klein : la tragédie du char du commandant
Le deuxième nom levĂ© ce samedi soir est celui du caporal Yoav Klein, 21 ans, de Herzliya, combattant blindĂ© au 52e bataillon. Il a pĂ©ri dans la nuit du jeudi au vendredi dans ce que Tsahal appelle dĂ©jà « l’accident du char du commandant de bataillon » — un Ă©pisode qui a coĂ»tĂ© la vie au lieutenant-colonel Dor Ben Shimhon, commandant du 52e bataillon, ainsi qu’Ă trois autres soldats dont les noms n’ont pas encore Ă©tĂ© rendus publics.
Ce samedi, on a appris que l’Ă©quipage participait Ă une opĂ©ration visant Ă prendre le contrĂ´le d’un complexe fortifiĂ© du Hezbollah sur la crĂŞte d’Ali Taher. Les forces israĂ©liennes contrĂ´lent dĂ©sormais militairement ce complexe, dĂ©crit comme l’un des centres nĂ©vralgiques du Hezbollah dans le sud du Liban, un quartier gĂ©nĂ©ral depuis lequel l’organisation terroriste dirige les combats dans la rĂ©gion. Selon une source militaire de haut rang, des dizaines de combattants du Hezbollah seraient encore retranchĂ©s Ă l’intĂ©rieur.
L’incident s’est produit vers minuit vingt, près du village de Tabnit, dans la rĂ©gion de NabatiyĂ©. Une « cible suspecte » a percutĂ© le char des forces du 52e bataillon, opĂ©rant sous le commandement du groupement tactique de la brigade Guivati. Ă€ ce stade, Tsahal n’a pas encore dĂ©terminĂ© avec prĂ©cision ce qui a frappĂ© le blindĂ©. Les Ă©quipes d’enquĂŞte ont examinĂ© plusieurs hypothèses : un engin explosif, un missile antichar de prĂ©cision, ou encore un drone porteur d’une tĂŞte de missile antichar capable de percer le blindage. La piste d’un accident ou d’une dĂ©faillance mĂ©canique a en revanche Ă©tĂ© formellement Ă©cartĂ©e — il s’agit bien d’une frappe extĂ©rieure.
Les conditions de combat dans le secteur et les risques pour les soldats ont sĂ©vèrement limitĂ© l’accès au char touchĂ©, empĂŞchant les Ă©quipes compĂ©tentes de l’atteindre pour comprendre exactement ce qui s’Ă©tait passĂ©. Dans un premier temps, l’armĂ©e avait envisagĂ© la piste d’un engin explosif improvisĂ©, avant de juger ce scĂ©nario peu probable. La piste d’un missile antichar avancĂ© a Ă©tĂ© partiellement exclue par les premiers Ă©lĂ©ments relevĂ©s sur place. Celle d’un drone armĂ© d’une charge antichar perforante reste ouverte.
Ces deux hommes rejoignent une liste funèbre qui s’allonge sans relâche sur le front nord. Leur sacrifice rappelle que la guerre au Liban, souvent relĂ©guĂ©e en arrière-plan des manchettes, continue d’exiger un tribut humain d’une brutalitĂ© silencieuse.
Pour en savoir plus sur le bilan humain de cette guerre, lire : 900 morts, 6 213 blessés : le tribut insoutenable de Tsahal après 23 mois de guerre
Sur les opérations de commando israéliennes au Liban, lire aussi : Nabi Chit : un commando israélien a fouillé un cimetière de la Bekaa pour retrouver Ron Arad — en vain






