Le président pro-israélien de Serbie annonce : je démissionnerai dans quelques semaines

Le président serbe Aleksandar Vučić a annoncé ce samedi qu’il démissionnerait de ses fonctions dans quelques semaines et qu’il œuvrerait à la tenue d’élections anticipées, aussi bien pour la présidence que pour le Parlement. C’est devant des milliers de ses partisans rassemblés près du bâtiment du Parlement à Belgrade qu’il a prononcé ces mots : « Ces jours et ces semaines sont mes derniers en tant que président de la République. » Il a toutefois pris soin de ne pas annoncer son retrait de la vie politique.

Une démission sous pression populaire

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L’annonce intervient après environ un an et demi de manifestations massives contre son pouvoir, nées d’un drame qui a secoué la Serbie en profondeur. Le 1er novembre 2024, l’effondrement du toit de l’entrée de la gare ferroviaire de Novi Sad avait tué seize personnes. La catastrophe avait déclenché un mouvement de contestation persistant, porté notamment par les étudiants, qui accusaient Vučić et son entourage de corruption systémique, de violence contre les opposants politiques, de liens avec le crime organisé et d’atteintes à la liberté de la presse.

Au plus fort de la contestation, plusieurs centaines de milliers de manifestants avaient envahi les rues du pays, des affrontements avec la police avaient éclaté à plusieurs reprises. La dernière grande manifestation, fin mai, avait encore réuni environ 190 000 personnes. Une nouvelle manifestation d’étudiants est d’ailleurs prévue dès dimanche dans la ville de Kraljevo, au centre du pays.

Vučić n’a pas communiqué de date précise pour sa démission ni indiqué quand il dissoudrait le Parlement — étape préalable nécessaire à la tenue d’élections anticipées. Son second et dernier mandat présidentiel devait normalement s’achever à la mi-2027. Il a indiqué qu’il entendait aider son parti, le Parti progressiste serbe (SNS), à remporter à la fois l’élection présidentielle et les législatives anticipées.

L’opposition n’a pas tardé à réagir. Sabo Manoilović, à la tête du mouvement d’opposition Krov nad Glavom, a estimé que par cette annonce, Vučić cherchait à « devancer sa chute inévitable, provoquée par les manifestations et par le mouvement étudiant qui bénéficie désormais de plus de soutien que lui ».

Un ami d’Israël qui quitte la scène

Ce départ revêt une dimension particulière pour Israël. Sous la présidence de Vučić, la Serbie s’était imposée comme l’une des rares voix pro-israéliennes d’Europe. Les exportations d’armes serbes vers Israël ont été multipliées par 42 depuis 2023 pour atteindre 114 millions d’euros en 2025, dans le contexte de la guerre à Gaza et au Liban. Belgrade a également signé deux contrats majeurs avec le groupe Elbit. En avril de cette année, Vučić avait lui-même confirmé que la Serbie produirait des drones d’attaque dans le cadre d’un partenariat à parts égales avec Israël, déclarant à cette occasion que les deux pays disposeraient « des meilleurs drones de cette partie du monde ».

Un parcours entre l’Est et l’Ouest

La Serbie est officiellement candidate à l’adhésion à l’Union européenne depuis de nombreuses années, mais le processus est enlisé. Bruxelles conditionne l’avancée des négociations à des progrès sur l’état de droit, à l’amélioration des conditions d’organisation d’élections libres et honnêtes, à la lutte contre la corruption et contre le crime organisé. L’Union exige également que Belgrade aligne sa politique étrangère sur celle des Vingt-Sept, ce qui implique notamment d’adopter les sanctions contre la Russie en réponse à l’invasion de l’Ukraine — une exigence à laquelle la Serbie s’est jusqu’à présent refusée en raison de ses liens historiques et culturels avec Moscou.

Quel que soit son successeur à la tête de l’État, cette configuration complexe — entre l’aspiration européenne et la proximité russe, entre le partenariat militaire avec Israël et les pressions diplomatiques internationales — continuera de définir les contraintes dans lesquelles la politique étrangère de Belgrade devra évoluer.


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