La raison inquiĂ©tante pour laquelle des tout-petits dĂ©veloppent des symptĂ´mes proches de l’autisme

En dix ans, la technologie est devenue une composante insĂ©parable de la vie quotidienne. En IsraĂ«l, deux Ă©vĂ©nements ont accĂ©lĂ©rĂ© cette tendance de façon particulière : la pandĂ©mie de Covid-19, avec ses confinements prolongĂ©s, et la guerre en cours. RĂ©sultat — le temps d’Ă©cran a explosĂ© dans toutes les tranches d’âge. Mais c’est la situation des tout-petits, presque absente du dĂ©bat public israĂ©lien, qui prĂ©occupe le plus la psychiatre des enfants et adolescents Dre Gabriela Binder dans une tribune publiĂ©e ce dimanche.

Pendant longtemps, les prĂ©occupations portaient sur les adolescents et les rĂ©seaux sociaux — Instagram, Snapchat, TikTok — dont les algorithmes, conçus pour maximiser l’engagement, ont Ă©tĂ© associĂ©s dans les pays occidentaux Ă  des troubles du sommeil, des problèmes d’attention, de la violence, du cyberharcèlement et une crise de la santĂ© mentale des jeunes, notamment chez les adolescentes souffrant de dĂ©pression, d’anxiĂ©tĂ© et de troubles alimentaires. En Grande-Bretagne, un Ă©tat d’urgence de santĂ© publique pĂ©diatrique a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© en lien avec ces phĂ©nomènes.

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Les écrans ont atteint les nourrissons

Mais aujourd’hui les Ă©crans ne sont plus l’apanage des ados. L’âge moyen d’obtention d’un premier smartphone est tombĂ© Ă  six ans. Les tablettes sont devenues pour de nombreuses familles un jouet presque banal dès l’âge de deux ans. Dans les restaurants, les transports, les poussettes — partout, des tout-petits sont absorbĂ©s par un Ă©cran. Pour beaucoup de parents, l’Ă©cran est un outil de pacification, de distraction ou de passe-temps, parfois mĂŞme perçu comme Ă©ducatif, sans que les effets cumulatifs de cette exposition soient rĂ©ellement mesurĂ©s.

Dès 2017, la Dr Ann-Lise Ducanda, pĂ©diatre spĂ©cialisĂ©e en dĂ©veloppement de l’enfant, avait publiĂ© des observations alarmantes : elle avait reçu en consultation des enfants de 1 Ă  5 ans prĂ©sentant un manque de contact visuel, un retard de langage, des difficultĂ©s de communication et des troubles comportementaux sĂ©vères — des symptĂ´mes ressemblant parfois Ă  des troubles du spectre autistique. Le point commun de tous ces enfants : une exposition aux Ă©crans de plus de deux heures par jour, incluant la tĂ©lĂ©vision et la tablette. Sa recommandation Ă©tait sans Ă©quivoque : supprimer totalement les Ă©crans. Selon elle, après environ un mois de sevrage, de nombreux enfants retrouvaient un fonctionnement adaptĂ© Ă  leur âge.

Ce que la science vient de confirmer

En 2025, des Ă©tudes publiĂ©es aux États-Unis et en Australie ont apportĂ© les premières preuves neurobiologiques de ces observations. Le Dr John Hutton, pĂ©diatre et chercheur en neurosciences Ă  l’UniversitĂ© du Texas, a conduit une Ă©tude sur environ 60 nourrissons âgĂ©s de 3 Ă  5 ans, exposĂ©s aux Ă©crans plus de deux heures par jour. Ces enfants ont subi des IRM cĂ©rĂ©brales. Les rĂ©sultats ont rĂ©vĂ©lĂ© des atteintes Ă  la matière blanche — la myĂ©line — qui est la substance responsable de la crĂ©ation des rĂ©seaux de communication entre les diffĂ©rentes rĂ©gions du cerveau.

L’explication des chercheurs est la suivante : quand un tout-petit regarde un Ă©cran, il sollicite essentiellement la vue. Mais l’apprentissage vĂ©ritable en bas âge passe par tous les sens — le jeu, l’exploration physique, le toucher, la conversation, l’Ă©coute, l’observation du monde rĂ©el. Quand un parent parle Ă  son enfant, lui explique, lui prĂ©sente des objets ou lui permet de faire des expĂ©riences, l’enfant voit, entend, touche, sent — parfois goĂ»te. C’est ainsi que se construisent les rĂ©seaux cĂ©rĂ©braux et que se dĂ©veloppe la matière blanche. Le Dr Hutton qualifie l’usage des Ă©crans en bas âge de « grande expĂ©rience non contrĂ´lĂ©e », estimant qu’il modifie la façon dont le cerveau des tout-petits se dĂ©veloppe.

La solution est plus simple qu’il n’y paraĂ®t

La bonne nouvelle, souligne la Dre Binder, est que le cerveau d’un enfant jusqu’Ă  l’âge de cinq ans est particulièrement plastique. Face au risque, il existe aussi une vraie fenĂŞtre d’intervention. La recommandation : zĂ©ro Ă©cran avant trois ans, et une limitation maximale ensuite. Ă€ la place — ce dont les enfants ont toujours eu besoin : regard, contact, conversation, visages rĂ©els de membres de la famille, jeu avec des jouets simples, lecture de livres, exploration quotidienne du monde. Les parents eux-mĂŞmes sont invitĂ©s Ă  rĂ©duire leur propre usage du smartphone en prĂ©sence de leurs enfants, et Ă  l’utiliser de prĂ©fĂ©rence quand les enfants dorment.

Dre Gabriela Binder est pédiatre depuis environ 40 ans et psychiatre senior pour enfants et adolescents.

Pour en savoir plus sur les technologies israéliennes et les nouveaux défis de santé : https://infos-israel.news/