L’ancien Ă©mir du Qatar, le cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, mort Ă  74 ans

Le cabinet de l’Ă©mir du Qatar a annoncĂ© ce dimanche matin la mort de l’ancien Ă©mir, le cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, Ă  l’âge de 74 ans. Le cabinet a publiĂ© un communiquĂ© de deuil concernant le cheikh Hamad, père de l’Ă©mir actuel. Selon la tĂ©lĂ©vision d’État qatarienne, la cause du dĂ©cès n’a pas Ă©tĂ© communiquĂ©e.

NĂ© en 1952, Hamad a perdu sa mère peu après sa naissance et a Ă©tĂ© Ă©levĂ© par son oncle. Il a achevĂ© sa formation Ă  la prestigieuse acadĂ©mie militaire royale britannique de Sandhurst en 1971, avant d’ĂŞtre nommĂ© officier dans l’armĂ©e qatarienne. Peu de temps après, il a Ă©tĂ© promu commandant des forces armĂ©es de l’Ă©mirat. En 1977, Hamad ben Khalifa a Ă©tĂ© nommĂ© prince hĂ©ritier et ministre de la DĂ©fense, poste qu’il a occupĂ© jusqu’en 1995. Au dĂ©but des annĂ©es 1980, il a pilotĂ© le plan Ă©conomique du Qatar, consacrĂ© au dĂ©veloppement de ses immenses rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz.

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En 1995, alors que son père, le cheikh Khalifa ben Hamad, se trouvait en vacances Ă  Genève, Hamad a pris le pouvoir lors d’un coup d’État de palais sans effusion de sang. Son père a ensuite vĂ©cu en exil pendant près d’une dĂ©cennie. Une fois au pouvoir, Hamad s’est employĂ© Ă  ouvrir rapidement ce petit État jusque-lĂ  plutĂ´t refermĂ© sur lui-mĂŞme aux influences extĂ©rieures — une ouverture incarnĂ©e le plus nettement par la crĂ©ation, un an après son arrivĂ©e au pouvoir, de la chaĂ®ne satellitaire Al-Jazeera, devenue depuis une force majeure du paysage mĂ©diatique mondial et l’organe d’information le plus influent du monde arabe.

Une politique étrangère qui a redessiné la région

Jusqu’Ă  son retrait du pouvoir en 2013, Hamad a menĂ© une politique de rapprochement avec les États-Unis tout en soutenant simultanĂ©ment des courants islamistes dans la rĂ©gion. Il a accueilli le guide spirituel des Frères musulmans Ă  l’Ă©chelle mondiale, Youssef al-Qaradawi — celui-lĂ  mĂŞme qui avait publiĂ© une fatwa autorisant les attentats-suicides — et a par la suite offert refuge Ă  la direction du Hamas après son dĂ©part de Syrie en raison de la guerre civile. C’est Ă©galement sous son règne que le Qatar a commencĂ© Ă  faire transiter des centaines de millions de dollars vers le Hamas dans la bande de Gaza.

L’essor du Qatar sous Hamad a Ă©galement suscitĂ© l’irritation de ses alliĂ©s rĂ©gionaux et occidentaux, en raison de sa tendance Ă  mener une politique Ă©trangère indĂ©pendante et souvent frontale — une politique marquĂ©e par des liens Ă©troits avec l’Iran chiite, avec le Hamas et avec les Frères musulmans, mouvement pourtant interdit en Égypte. Le soutien affichĂ© par Al-Jazeera aux soulèvements du Printemps arabe a nourri des conflits amers entre le Qatar et plusieurs États du monde arabe, jusqu’Ă  la crise de 2017, lorsque l’Arabie saoudite, l’Égypte et plusieurs pays du Golfe ont rompu leurs relations avec Doha dans une tentative de l’isoler, avant de devoir finalement les renouer.

Fait moins connu : Hamad avait tentĂ©, en 2007, d’amorcer un dĂ©but de relations diplomatiques avec IsraĂ«l, rencontrant alors la ministre des Affaires Ă©trangères de l’Ă©poque, Tzipi Livni. Cette ouverture a toutefois Ă©tĂ© de courte durĂ©e — deux ans plus tard, Doha rompait ses liens avec JĂ©rusalem Ă  la suite de l’opĂ©ration « Plomb durci » Ă  Gaza.

Une transmission du pouvoir entourĂ©e de zones d’ombre

En juin 2013, Hamad a annoncĂ© dans une brève allocution tĂ©lĂ©visĂ©e la transmission du pouvoir Ă  son quatrième fils, Tamim ben Hamad Al-Thani, nĂ© de sa seconde Ă©pouse, Moza bint Nasser. En apparence, il s’agissait d’une passation de pouvoir ordonnĂ©e et volontaire — le cheikh Hamad fut d’ailleurs l’un des tout premiers dirigeants du Golfe Ă  cĂ©der son trĂ´ne de son vivant. Mais l’estimation qui prĂ©vaut est qu’il y a en rĂ©alitĂ© Ă©tĂ© contraint, en raison d’un Ă©tat de santĂ© dĂ©gradĂ© — une hypothèse renforcĂ©e Ă  l’Ă©poque par les rumeurs qui avaient entourĂ© cette retraite jugĂ©e inhabituelle.

Sous la direction de son fils, le Qatar a continuĂ© de s’affirmer comme un acteur mondial de premier plan, jusqu’Ă  dĂ©crocher l’organisation de la Coupe du monde de football 2022 — l’un des Ă©vĂ©nements sportifs les plus suivis de la planète — que le cheikh Hamad, retirĂ© du pouvoir depuis près d’une dĂ©cennie, a pu voir se dĂ©rouler dans son pays, saluĂ© par une ovation appuyĂ©e de ses compatriotes lors du match d’ouverture.

Sur le rĂ´le controversĂ© jouĂ© par le Qatar dans la rĂ©gion, notamment vis-Ă -vis du Hamas, notre rĂ©daction vous invite Ă  consulter notre article sur la frappe israĂ©lienne Ă  Doha visant la direction du Hamas, ainsi que l’ensemble de notre couverture sur Infos-Israel.News.