Tribune de Tzachi Dvash
L’Europe ne se contente pas de fixer une réglementation : elle bâtit un mur de souveraineté industrielle. La nouvelle législation impose des exigences strictes en matière de marchés publics, et dans des secteurs stratégiques comme les technologies vertes, les gouvernements devront garantir une part locale de 60 %, voire 80 %. Les Européens ont compris ce qu’Israël a tendance à oublier : à l’ère de l’instabilité mondiale, celui qui ne produit pas n’est pas souverain.
Dans ce contexte, il faut comprendre que la capacité industrielle n’est plus seulement un enjeu économique. La capacité de production est devenue ces dernières années une carte diplomatique à part entière. Les pays disposant d’une industrie locale forte dans des domaines stratégiques bénéficient également d’une liberté d’action diplomatique plus large. À l’inverse, les pays dépendants des importations extérieures se retrouvent vulnérables aux pressions, aux considérations étrangères et à des restrictions qui ne sont pas de nature purement économique.
Presque toutes les grandes économies mondiales bâtissent aujourd’hui des murs de protection autour de leur industrie : elles limitent les importations, imposent un contenu local et utilisent l’ouverture ou la fermeture de leurs marchés comme levier de négociation pour obtenir des avantages et des résultats diplomatiques face aux pays exportateurs. Mais tandis que d’autres pays réduisent leur exposition et protègent leurs capacités, Israël supprime ses barrières à l’importation de façon proactive, rapide et sans contrepartie diplomatique ou industrielle, affaiblissant ainsi volontairement sa base de production locale. Une séparation artificielle et dangereuse s’est ancrée en Israël entre innovation et industrie. Il existe une tendance à célébrer les développements dans des centres de R&D climatisés, tout en ignorant que l’innovation véritable se mesure sur la chaîne de production.
En 2024, le secteur manufacturier a contribué à hauteur d’environ 11,13 % du PIB, un chiffre stable proche de la moyenne mondiale, et en octobre 2025, une hausse impressionnante de 6,9 % de la production industrielle a été enregistrée par rapport à l’année précédente. Mais tandis que la high-tech représente environ 20 % du produit intérieur brut et plus de la moitié des exportations, l’industrie manufacturière souffre d’une stagnation de sa part dans le PIB. La raison n’en est pas un manque de capacité, mais un manque de vision : l’État permet à son innovation de s’échapper vers des lignes de production à l’étranger, au lieu d’utiliser son pouvoir d’achat pour l’ancrer en Israël.
Pour garantir la souveraineté économique, il faut revoir les priorités nationales et transformer les marchés publics dans les domaines des infrastructures, de l’énergie et des transports en un outil de renforcement de la production locale, à l’image de ce qui se fait en Europe. Il faut par ailleurs œuvrer à la relocalisation des chaînes d’approvisionnement et réduire la dépendance aux importations extérieures de produits stratégiques. Les industriels investissent des centaines de millions de shekels par an dans la technologie, et les usines en Israël intègrent déjà robotique, intelligence artificielle et production avancée. C’est désormais aux décideurs de comprendre que la souveraineté n’est pas seulement un drapeau planté à la frontière : c’est la capacité à construire l’avenir national de manière autonome.
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