Austin Franco a 19 ans, étudie à l’université Cornell, et affirme depuis quelques jours vivre un cauchemar bien particulier : selon lui, une antenne 5G installée juste devant la fenêtre de son nouvel appartement à Ithaca, dans l’État de New York, lui enverrait directement des radiations dans la tête. C’est le New York Post qui a rapporté l’affaire ce samedi, mais c’est Franco lui-même qui a mis le feu aux poudres en publiant, le 2 août, un message sur X décrivant sa détresse.
« Ma tête sonne depuis une heure, et j’ai un mal de crâne terrible », a-t-il écrit. Il affirme que le niveau de radiation mesuré près de chez lui dépasserait « dix fois la limite normale », avec un pic ayant atteint, selon ses propres termes, « près de 500 fois » ce seuil. Dans la foulée, l’étudiant en troisième année a lancé un appel un peu particulier sur le réseau social : il cherchait quelqu’un, dans la région d’Ithaca, prêt à l’héberger. Il précisait être disposé à payer, ajoutant qu’il n’avait pas l’intention de « rester comme ça encore longtemps ».
Le jeune homme a conclu son message sur une note résignée, expliquant qu’il allait devoir « simplement encaisser le coût » de la situation et chercher une autre solution de logement en attendant. Il a ironisé sur lui-même, estimant que c’était sans doute ce qui arrivait « quand on ne vérifie pas ce genre de choses à l’avance ».
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Une expulsion familiale sur fond de dérive idéologique
Ce message n’est pas tombé du ciel. Il a été publié quelques jours seulement après que les parents de Franco l’ont mis à la porte de la propriété familiale, une demeure évaluée à 1,75 million de dollars en Virginie. La raison de cette rupture : les positions que le jeune homme a commencé à afficher publiquement, jugées inacceptables par ses proches.
Tout est parti d’un épisode survenu en juin dernier, lorsque Franco a utilisé un site de recherche d’emploi pour adresser un message à caractère antisémite à Gabe et Aidan Einhorn, les fondateurs juifs de l’entreprise VryfID, leur signifiant en substance son refus de travailler pour des employeurs juifs. C’est ce geste qui a déclenché la rupture avec sa famille et qui a fait basculer sa notoriété, du jour au lendemain, dans une tout autre direction.
Le 29 juillet, soit quelques jours avant de dénoncer les ondes 5G, Franco a ouvert une cagnotte en ligne pour financer son logement. Le résultat a dépassé toute attente pour ce genre d’initiative : plus de 10 000 dollars récoltés à ce stade, auxquels s’ajoutent environ 26 000 dollars supplémentaires collectés via une cagnotte distincte, celle-ci lancée par Miles Routledge, un youtubeur britannique classé à l’extrême droite.
Des soutiens venus d’horizons inattendus
Parmi les donateurs, un homme ayant versé 100 dollars a justifié son geste en des termes sans équivoque : il évoque « la fin de notre oppression, en tant qu’hommes et femmes blancs et libres qui osent appeler les choses par leur nom », ajoutant que les parents de Franco seraient « trop bêtes pour comprendre qu’il a raison » et que la famille serait elle-même « attaquée ».
Plus surprenant encore : Lee Whitnum, ancienne candidate démocrate au poste de gouverneur du Connecticut en 2018, a elle aussi versé 100 dollars à Franco. Whitnum, connue pour ses positions antisionistes affirmées, a expliqué s’identifier à la situation du jeune homme, après avoir elle-même été accusée par le passé d’antisémitisme. « Une personne a tout à fait le droit de choisir pour qui elle veut travailler », a-t-elle déclaré pour justifier son geste.
Interrogés par le New York Post, les parents de Franco, qui rejettent fermement les positions de leur fils, ont expliqué qu’il serait tombé dans le piège d’un « contenu extrémiste » consommé en ligne, insistant sur le fait que ces convictions radicales n’engagent que lui.
Cette lecture est partagée par des spécialistes du phénomène. Le psychothérapeute Jonathan Alpert, cité par le New York Post, estime qu’Internet peut effectivement accélérer des processus de radicalisation : « Si vous êtes entouré de gens qui vous disent que votre colère est justifiée et que vos ennemis méritent le mépris, votre perception de ce qui est normal commence à changer et à se déformer. » Il pointe également un mécanisme plus insidieux : « L’un des aspects les plus laids d’Internet, c’est que presque tout peut devenir une source de revenus, y compris la haine. Quand des gens envoient de l’argent à quelqu’un après qu’il a exprimé des positions extrêmes, ils font plus que l’aider financièrement : ils récompensent ce comportement. »
L’affaire Austin Franco illustre ainsi, à sa manière, un phénomène plus large : celui d’une radicalisation en ligne qui trouve, par le biais des cagnottes et des réseaux sociaux, des relais financiers et une caisse de résonance bien réelle.
Sur le même sujet, vous pouvez consulter nos articles sur les étudiants juifs qui désertent les universités américaines face à la montée de l’antisémitisme ainsi que sur l’ampleur de l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur.






