« C’est la Torah qui fait tenir Israël. » Cette phrase, beaucoup d’entre nous l’ont entendue de leurs parents et de leurs maîtres. Elle exprime une conviction profonde : sans identité juive, sans étude et sans fidélité à notre héritage, l’État d’Israël perdrait sa raison d’être.
Mais aujourd’hui, une question douloureuse s’impose : où se trouve cette Torah dans le conflit qui déchire la société israélienne ?
Des pères de famille accumulent des centaines de jours de réserve. Des mères élèvent seules leurs enfants pendant des mois. Des soldats interrompent leurs études, perdent leur emploi ou voient leur entreprise s’effondrer. Certains reviennent blessés physiquement ; d’autres portent des traumatismes invisibles.
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Face à eux, des manifestations contre la conscription haredi bloquent régulièrement les routes et dégénèrent parfois en affrontements violents. Des policiers sont insultés ou attaqués. Certains manifestants présentent l’armée israélienne comme un ennemi dont il faudrait protéger la jeunesse juive.
Comment ne pas comprendre la colère de ceux qui servent ?
La Torah peut-elle devenir un privilège politique ?
Le débat ne consiste pas à nier la valeur de l’étude. Israël doit préserver ses grandes yeshivot et permettre à de véritables étudiants, consacrant sincèrement leur vie à la Torah, de poursuivre leur engagement. Une société juive qui méprise ses maisons d’étude finirait par perdre son âme.
Mais peut-on affirmer honnêtement que tous les hommes actuellement exemptés passent leurs journées et leurs nuits au Beit Midrash ? Peut-on utiliser le même argument pour protéger le véritable érudit et celui qui n’étudie plus sérieusement, mais refuse néanmoins toute forme de service ?
En 2025, Tsahal annonçait l’envoi de 54 000 convocations à des étudiants haredim, après la décision de la Cour suprême mettant fin à l’exemption générale dépourvue de base légale. Cette mesure intervenait alors que les réservistes supportaient une charge toujours plus lourde. Reuters
En juillet 2026, la Knesset a pourtant adopté une mesure temporaire empêchant l’arrestation et les poursuites contre des hommes haredim refusant de répondre à leur convocation. Cette décision a profondément choqué une partie du pays, qui y voit l’institutionnalisation d’une inégalité entre ceux qui risquent leur vie et ceux que la politique protège.
La question devient alors morale : défend-on réellement la Torah ou défend-on un système politique construit autour d’elle ?
Les haredim ne sont pas tous Neturei Karta
Il serait profondément injuste de mettre toute la population haredi dans le même panier. Beaucoup de haredim participent à la vie nationale, travaillent dans les hôpitaux, secourent les blessés, accompagnent les familles endeuillées ou s’engagent dans des organisations comme ZAKA et les services d’urgence. Certains ont rejoint des unités adaptées à leur mode de vie.
Neturei Karta, dont certains membres brandissent des drapeaux palestiniens ou rencontrent les ennemis les plus dangereux d’Israël, demeure un groupe extrémiste très minoritaire. Il ne représente ni l’ensemble des haredim ni le judaïsme fidèle à la Torah.
Mais les dirigeants rabbiniques ne peuvent pas se contenter de dire que ces extrémistes sont marginaux. Ils doivent les condamner clairement et rappeler qu’il existe une immense différence entre protéger la Torah et se ranger contre son propre peuple.
Tout le monde peut participer
Servir Israël ne signifie pas nécessairement porter une arme ou entrer à Gaza. Certains jeunes ne peuvent pas devenir combattants pour des raisons médicales, psychologiques ou religieuses. Mais ils peuvent travailler dans un bureau militaire, derrière un ordinateur, dans un centre logistique ou dans un hôpital. Ils peuvent rejoindre le service national, les secours ou l’assistance aux familles.
Lorsqu’un pays affronte une guerre prolongée, chacun doit chercher ce qu’il peut lui apporter.
Israël n’est pas un hôtel quatre étoiles où l’on vient recevoir un logement, une éducation, des allocations et une protection sans jamais participer à l’effort commun. Ce n’est ni la France, ni la Belgique, ni les États-Unis. C’est un petit pays entouré de menaces, dans lequel la sécurité de chaque foyer dépend du sacrifice d’autres familles.
Les rabbins doivent remettre les pendules à l’heure
Les responsables rabbiniques haredim doivent avoir le courage de faire le ménage dans leurs propres institutions. Que ceux qui étudient réellement restent au Beit Midrash. Mais que ceux qui n’étudient pas prennent leur part de responsabilité, sous une forme compatible avec leur foi.
Les politiciens haredim, eux, doivent se demander s’ils consacrent davantage de temps à sauver la Torah ou à sauver leurs sièges à la Knesset.
Oui, la Torah protège Israël. Mais la Torah enseigne aussi la responsabilité, l’honnêteté et l’interdiction de rester indifférent devant le danger qui menace son prochain.
La Torah et l’armée ne devraient pas être deux camps ennemis. L’une donne à Israël son âme ; l’autre protège les enfants qui pourront demain continuer à l’étudier.
Sans soldats, les maisons d’étude seraient menacées. Sans Torah, l’armée perdrait une partie du sens de son combat. Israël a besoin des deux — mais surtout de sincérité, de responsabilité et d’un destin enfin partagé.






