Israël cherche à transformer l’un des plus grands atouts du drone moderne en une vulnérabilité. La Direction de la recherche et du développement de la défense du ministère de la Défense, connue sous le nom de DDR&D ou MAFAT, a lancé un nouvel appel à projets pour une technologie capable de détecter et de localiser des drones en exploitant leurs connexions aux réseaux de téléphonie mobile. Les développeurs sont invités à soumettre à la fois des informations et des systèmes à démontrer, le ministère recherchant spécifiquement une capacité mobile pouvant accompagner les forces israéliennes opérant en territoire hostile.
Un problème de champ de bataille en pleine mutation
Ce concept s’attaque à un défi tactique en évolution rapide. Les petits drones peuvent voler à basse altitude, présentent une signature radar limitée et peuvent être lancés à proximité immédiate de leurs cibles, ce qui complique la tâche des radars conventionnels, des capteurs optiques et des systèmes de guerre électronique. Dans le même temps, des drones de plus en plus sophistiqués peuvent utiliser la même infrastructure commerciale 4G et LTE que les téléphones portables pour transmettre des données ou maintenir des communications sur des distances importantes.
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Cette connectivité pourrait aussi les exposer. Si un drone hostile communique via un réseau cellulaire, les informations générées par ce réseau pourraient potentiellement aider les défenseurs à identifier ou à localiser l’appareil. Le ministère de la Défense demande désormais aux entreprises technologiques israéliennes de transformer cette idée en un outil opérationnel, ajoutant une couche de détection supplémentaire plutôt que de s’appuyer uniquement sur les capteurs conventionnels.
L’insistance du ministère sur un système mobile, adapté aux forces en mouvement, est particulièrement significative. Il ne s’agit pas simplement d’un nouveau capteur fixe destiné à protéger un aéroport ou une frontière. Israël veut une technologie capable de se déplacer avec les troupes et d’assurer une détection pendant qu’elles opèrent en territoire hostile. Les candidatures pour cette initiative doivent être déposées avant le 30 août.
L’exemple ukrainien qui a marqué les esprits
Une démonstration spectaculaire de cette menace est venue de l’opération ukrainienne « Spiderweb ». L’Ukraine avait secrètement positionné plus d’une centaine de petits drones à proximité de bases aériennes militaires russes avant de lancer des attaques contre des avions stratégiques au cœur même du territoire russe. Une analyse du Center for Strategic and International Studies a révélé que ces drones fonctionnaient via des réseaux 4G/LTE, leurs modems LTE étant reliés à leurs ordinateurs de bord.
Pour Israël, le défi est loin d’être théorique. Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, ainsi que d’autres ennemis, ont fait des drones une composante majeure de leur arsenal, tandis que la prolifération mondiale d’appareils sans pilote bon marché a contraint les armées à repenser leur défense aérienne aux plus basses altitudes.
Cette nouvelle initiative cellulaire ne représente qu’un volet d’un dispositif israélien bien plus vaste de lutte anti-drones. Le ministère de la Défense avait précédemment soumis une vingtaine de technologies anti-drones à des essais opérationnels impliquant neuf entreprises et start-ups israéliennes de défense, testant des systèmes allant des drones intercepteurs aux canons reliés à des radars. Le ministère a précisé que les technologies concluantes seraient poussées vers un développement et une production accélérés.
Israël a également fait état de progrès dans la détection des drones ennemis près de ses frontières. Des responsables du DDR&D ont indiqué que l’établissement de défense avait réalisé une percée technologique en matière de détection de drones, tout en poursuivant en parallèle l’interception drone contre drone, des solutions face aux attaques en essaim, et des armes à énergie dirigée.
Cette approche par couches successives devient de plus en plus indispensable. Il n’existe pas de réponse unique à la menace des drones : radars, capteurs électro-optiques, guerre électronique, drones intercepteurs, canons, missiles et lasers répondent chacun à une facette différente du problème.
La dernière initiative israélienne ajoute un élément différent à cet arsenal : utiliser l’infrastructure de communication dont dépendent les drones hostiles pour contribuer à les démasquer. Sur un champ de bataille de plus en plus saturé d’appareils sans pilote bon marché, connectés et en constante évolution, le réseau de téléphonie mobile lui-même pourrait devenir une composante à part entière du maillage de capteurs de défense aérienne israélien.
Pour prolonger sur la lutte anti-drones de Tsahal, retrouvez nos articles sur le ballon géant Sky Dew renvoyé au combat et sur l’adaptation de Tsahal face à la « pandémie de drones iraniens ».






