À cause de publications contre Israël : l’État a interdit l’entrée d’une journaliste étrangère dans le pays

Le ministère de la Diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme a recommandé à l’Autorité des populations et de l’immigration d’interdire l’entrée future en Israël de la journaliste espagnole Queralt Castillo Cerezuela, lui retirant dans la foulée toute possibilité d’obtenir une accréditation presse délivrée par le Bureau de presse gouvernemental israélien.

La décision, signée par le directeur général du ministère Avi Cohen Sakali, s’inscrit dans le cadre de l’amendement numéro 40 à la loi sur l’entrée en Israël, et d’un mécanisme interministériel de transmission des recommandations mis en place ces dernières années. Elle constitue la première application concrète et publique de ce dispositif contre une journaliste en exercice.

Qui est Queralt Castillo Cerezuela ?

La journaliste, de nationalité espagnole, est basée à Athènes où elle couvre principalement la Grèce et les Balkans — crise des réfugiés, politiques européennes, processus politiques régionaux. Elle collabore depuis 2022 avec le quotidien catalan Diari ARA, depuis 2023 avec eldiario.es, et ponctuellement avec d’autres titres espagnols comme La Marea, El Salto et Condé Nast. Un profil de correspondante régionale spécialisée dans les droits humains et les migrations.

C’est précisément ce positionnement éditorial qui a attiré l’attention des autorités israéliennes. Au fil des mois, la journaliste a relayé des contenus émanant de l’antenne madrilène du mouvement BDS, exprimé un soutien aux appels au boycott, qualifié Israël de commetteur d’un « génocide » et — le point le plus lourd aux yeux du ministère — exprimé l’espoir de voir « mettre fin au régime sioniste ». Des publications qui, selon les autorités israéliennes, débordent du cadre de la critique journalistique légitime.

« L’Espagne est une puissance de l’antisémitisme »

Le ministre de la Diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, Amichaï Chikli, n’a pas ménagé ses mots dans sa réaction. « Le ministère de la Diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme applique concrètement une politique qui ne permettra pas aux ennemis d’Israël d’entrer ou d’opérer sur son territoire. L’Espagne est une puissance de l’antisémitisme. Nous continuerons à combattre l’antisémitisme et les partisans du BDS. »

De son côté, Avi Cohen Sakali a précisé la doctrine appliquée : « L’activité de la personne concernée dépasse l’expression d’une opinion légitime ou d’une critique envers l’État d’Israël et se caractérise par des appels incitateurs contre les activités d’Israël, la diffusion de contenus présentant des caractéristiques antisémites, antisionistes et anti-israéliennes. Nous continuerons à agir pour éloigner les ennemis du peuple juif de l’État d’Israël. »

Une politique en expansion

Cette décision illustre l’élargissement progressif d’une doctrine israélienne qui s’était d’abord appliquée aux militants du BDS voulant entrer en Israël en tant que touristes ou étudiants, puis aux journalistes dont l’activité est jugée hostile. La frontière entre critique journalistique et propagande hostile reste un terrain de tension permanente : ce que certains qualifient de biais éditorial grave, d’autres le présentent comme couverture militante déguisée en journalisme. Israël, pour sa part, a tranché — et assume publiquement sa décision.

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