Mamdani ouvre un front contre un pays européen : « Rendez ce que vous avez volé »

Il ouvre un nouveau front. Zohrân Mamdani, maire de New York connu pour ses prises de position tranchantes et son rapport critique Ă  l’hĂ©ritage colonial britannique, a dĂ©clarĂ© mercredi lors d’une confĂ©rence de presse, en marge de la cĂ©rĂ©monie de commĂ©moration du 11 septembre, que s’il avait eu l’occasion de s’entretenir en privĂ© avec le roi Charles, il lui aurait demandĂ© de restituer le diamant Koh-i-Noor. Une dĂ©claration qui n’est pas passĂ©e inaperçue — d’autant qu’il a pris soin de prĂ©ciser, par la voix de son porte-parole Joe Calvello, qu’il participerait bien Ă  la cĂ©rĂ©monie officielle de dĂ©pĂ´t de gerbe, mais qu’aucune rencontre privĂ©e avec le souverain britannique n’Ă©tait prĂ©vue.

Le Koh-i-Noor, une pierre au cĹ“ur d’un contentieux sĂ©culaire

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Le diamant Koh-i-Noor — « montagne de lumière » en persan — est l’une des pierres prĂ©cieuses les plus cĂ©lèbres au monde. Serti dans la couronne royale britannique, il est exposĂ© Ă  la Tour de Londres. Son histoire est aussi ancienne que chaotique : passĂ© de main en main entre dynasties indiennes, persanes et afghanes pendant des siècles, il a finalement Ă©tĂ© « cĂ©dé » Ă  la Couronne britannique en 1849, dans le cadre du traitĂ© de Lahore signĂ© après la conquĂŞte du Pendjab par l’East India Company — une annexion que l’Inde indĂ©pendante n’a jamais cessĂ© de contester.

New Delhi rĂ©clame officiellement sa restitution depuis les annĂ©es 1970. L’Iran et le Pakistan ont Ă©galement formulĂ© des revendications sur la pierre. Londres, de son cĂ´tĂ©, a toujours maintenu que le diamant a Ă©tĂ© acquis lĂ©galement et refuse de le rendre. La question resurgit rĂ©gulièrement dans l’actualitĂ©, Ă  chaque grande cĂ©rĂ©monie royale ou visite officielle.

Mamdani, fils de l’Empire

La sortie de Mamdani n’est pas anodine sur le plan biographique. Issu d’une famille d’origine indienne et ougandaise, il se dĂ©finit comme un hĂ©ritier direct des populations que la colonisation britannique a dĂ©placĂ©es, exploitĂ©es et rĂ©organisĂ©es selon ses propres intĂ©rĂŞts. Son ton « froid » Ă  l’Ă©gard du roi Charles — ses Ă©quipes ont maintenu leurs distances dès la phase de prĂ©paration de la cĂ©rĂ©monie — s’inscrit dans une posture politique cohĂ©rente, celle d’un Ă©lu progressiste qui refuse de traiter la visite royale comme une occasion de rapprochement diplomatique ordinaire.

Pour Mamdani, demander la restitution du Koh-i-Noor, c’est moins s’en prendre Ă  Charles III en personne qu’articuler un positionnement de fond : les institutions coloniales britanniques ont laissĂ© des traces matĂ©rielles, et le temps des discours de rĂ©conciliation sans actes concrets est rĂ©volu.

Un symbole qui dépasse la joaillerie

Ce qui fait la force du Koh-i-Noor comme symbole, c’est prĂ©cisĂ©ment son caractère irrĂ©ductible. Il ne s’agit pas d’une somme d’argent, d’un territoire ou d’archives — des biens que les nĂ©gociations diplomatiques peuvent compenser ou restituer partiellement. C’est un objet unique, visible, exposĂ© dans la couronne de la monarchie qui a gouvernĂ© une bonne partie du monde pendant deux siècles. RĂ©clamer sa restitution, c’est mettre en scène, dans un geste simple, toute la complexitĂ© d’un passĂ© dont l’Occident peine encore Ă  assumer l’hĂ©ritage.

Que Mamdani choisisse précisément la cérémonie du 11 septembre — moment de mémoire nationale américaine par excellence — pour lancer ce message vers Londres dit quelque chose sur la façon dont ce maire entend peser dans le débat international, bien au-delà de sa ville.

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