Il y a des dĂ©clarations qui coĂ»tent politiquement, et il y a celles qui sont simplement vraies. Ce dimanche matin, YaĂŻr Maayan, maire d’Arad, a choisi la vĂ©ritĂ© — avec tout ce qu’elle comporte d’inconfortable dans un pays en guerre.
La nuit du 21 au 22 mars a Ă©tĂ© la plus dure qu’Arad ait jamais connue. Un missile iranien s’est abattu sur un quartier rĂ©sidentiel au cĹ“ur de la ville. Huit immeubles situĂ©s autour du point d’impact ont Ă©tĂ© touchĂ©s. Près de 88 blessĂ©s ont Ă©tĂ© pris en charge, dont dix grièvement. Un bilan qui aurait pu ĂŞtre bien plus lourd — ou bien plus lĂ©ger, selon l’angle par lequel on l’examine.
Le maire a choisi l’angle de la luciditĂ©. InvitĂ© ce matin sur 103FM, il a expliquĂ© sans dĂ©tour pourquoi autant de rĂ©sidents se trouvaient exposĂ©s au moment de l’impact. « Après trois jours oĂą il y avait eu beaucoup d’alertes sans sirènes, les gens ont sans doute pensĂ© que c’en Ă©tait une de plus. Ils ont prĂ©fĂ©rĂ© rester Ă la maison, manger, boire ou aller dormir. » Et d’ajouter une formule qui ne passe pas inaperçue dans ce contexte : « On peut aussi comprendre les gens. »
Comprendre, sans absoudre. La nuance est posĂ©e d’emblĂ©e, mais elle crĂ©e immĂ©diatement un espace inconfortable dans le dĂ©bat public israĂ©lien du moment — celui de la fatigue civile, de l’usure des consignes, de la dĂ©sensibilisation qui s’installe après des semaines d’alertes rĂ©pĂ©tĂ©es. Ce phĂ©nomène a un nom dans les Ă©tudes sur la gestion des crises : la normalisation du danger. Elle ne signifie pas que les gens sont imprudents ou irresponsables. Elle signifie que le cerveau humain, soumis Ă un signal d’alerte suffisamment rĂ©pĂ©tĂ© sans consĂ©quence immĂ©diate, finit par ne plus le traiter comme une urgence. C’est une rĂ©alitĂ© physiologique, pas un dĂ©faut de caractère.
Le maire l’a dit Ă sa manière, concrète et sans jargon. « MalgrĂ© le fait que nous ayons reçu une alerte dix minutes avant la sirène, et qu’il y avait suffisamment de temps pour se mettre Ă l’abri, les rĂ©sidents ont fait preuve de nĂ©gligence. Il y avait des gens dans la rue, dans la cour, et des gens simplement assis chez eux. » La conclusion est sans appel : « Ceux qui Ă©taient dans les abris n’ont pas Ă©tĂ© touchĂ©s du tout. C’est dommage. »
Il dĂ©crit ensuite ce qu’il a vu en arrivant sur place, deux Ă trois minutes après l’impact. Un immeuble en feu Ă son dernier Ă©tage, des dizaines d’Ă©quipes de pompiers et du Magen David Adom, des habitants qui commençaient Ă Ă©vacuer d’eux-mĂŞmes et d’autres aidĂ©s par les secours. Et puis une prĂ©cision technique qui relativise le bilan sans le minimiser : « Le missile a frappĂ© le sol et la majeure partie de l’Ă©nergie s’est dissipĂ©e dans la terre. Les dommages aux bâtiments sont des dommages de souffle — il n’y a pas de blessures par Ă©clats. Dieu merci, il n’y a pas de morts. »
Pas de morts. Dans une ville qui vient d’encaisser l’un des impacts les plus destructeurs depuis le dĂ©but de la guerre le 28 fĂ©vrier, cette phrase rĂ©sonne comme un miracle fragile. La physique du point d’impact — le missile tombĂ© en terrain ouvert entre les bâtiments, l’Ă©nergie absorbĂ©e par le sol — a fait la diffĂ©rence entre un bilan de 88 blessĂ©s et une catastrophe humaine de première ampleur.
La fin de l’interview est un appel direct, sans rhĂ©torique : « Je m’adresse Ă toute la population, dans tout le pays. Vous entendez une sirène ? Laissez tout tomber, descendez Ă l’abri. Entrez dans le mamad. L’abri est loin ? Allez quand mĂŞme. »
Ce que dit YaĂŻr Maayan ce matin, c’est aussi ce que l’État n’a pas encore pleinement rĂ©solu après vingt-deux jours de guerre : le problème de l’endurance civile. Les missiles continuent de tomber, les sirènes continuent de retentir, et la population — comme partout dans l’histoire des conflits urbains prolongĂ©s — s’adapte, parfois mal. Ce n’est pas une dĂ©faillance individuelle. C’est un dĂ©fi systĂ©mique qui appelle des rĂ©ponses systĂ©miques : meilleure communication sur la crĂ©dibilitĂ© des alertes, abris plus accessibles, accompagnement des populations vulnĂ©rables. Le maire d’Arad l’a dit avec ses mots. Reste Ă savoir si ceux qui ont les leviers pour agir l’entendront.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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