Avec une planification tactique précise : le Hezbollah a localisé la faille dans le nord d’Israël

Le Hezbollah n’improvise pas. Derrière les plus de 150 attaques menées ces derniers jours contre le territoire israélien se cache une stratégie cohérente, patiente et parfaitement lisible pour qui veut bien la regarder en face. C’est ce que décrypte Avi Ashkenazi, correspondant militaire de Maariv, dans une analyse qui est autant un bilan opérationnel qu’un réquisitoire contre la façon dont Israël conduit — ou ne conduit pas — sa guerre au Liban.

Un objectif unique : briser la résistance intérieure israélienne

L’Iran et le Hezbollah n’ont plus qu’un seul objectif en tête : leur survie. Pour ce faire, ils mettent en œuvre plusieurs tactiques, dont la principale : tenter de briser la résistance israélienne. L’Iran et le Hezbollah sont convaincus que des tirs continus et constants pourraient faire fléchir le front intérieur israélien.

Cette lecture stratégique est fondamentale. Elle signifie que les tirs sur le nord d’Israël ne sont pas des opérations militaires au sens classique — ils ne visent pas à détruire des cibles militaires ou à prendre du terrain. Ils visent la population civile, son moral, sa capacité à tenir. Le Hezbollah sait que des tirs incessants sur les colonies situées sur la ligne de front au nord pourraient entraîner leur abandon, même partiel. Et un abandon civil, même partiel, serait présenté comme une victoire politique et psychologique considérable.

Ces derniers jours, il semble que le Hezbollah tente de défier Israël, tandis que l’Iran souhaite sans aucun doute qu’Israël s’engage au Liban et détourne la force de ses attaques de ce pays. La mécanique est donc double : faire souffrir le nord pour forcer Israël à s’engager au Liban, et ainsi alléger la pression sur l’Iran. Téhéran et le Hezbollah jouent en coordination, chacun dans son rôle.

150 attaques — et un gouvernement qui n’a pas préparé ses abris

Le Hezbollah a mené plus de 150 attaques sur le territoire israélien ces derniers jours. Ses tirs ciblés visent les localités proches de la frontière nord, ainsi que les villes de Kiryat Shmona, Shlomi, Ma’alot, Safed et Nahariya. Ce n’est pas un feu de barrage aléatoire — c’est une carte des vulnérabilités civiles israéliennes soigneusement découpée.

Face à cela, Ashkenazi reconnaît que la décision gouvernementale de ne pas évacuer les habitants du nord est juste dans son principe — l’évacuation serait une capitulation symbolique. Mais il pointe une défaillance grave dans l’exécution : le ministère de la Défense était censé préparer les localités à l’avance, de sorte que chaque maison située le long de la clôture dispose de toilettes séparées, voire de toilettes améliorées — avec douche et WC — permettant un séjour prolongé. Ce détail concret dit tout sur l’écart entre la décision politique et la réalité vécue par les résidents.

Une guerre au Liban qui n’en est pas une

Le jugement d’Ashkenazi sur l’action militaire israélienne au Liban est sévère, sans appel. Israël ne mène pas une véritable guerre au Liban. Ses actions actuelles au Liban ne sont rien de plus qu’une démonstration de force en position neutre. Beaucoup de bruit pour peu d’action.

Les frappes de l’armée de l’air sur les ponts du Litani sont citées comme exemple de cette demi-mesure. L’armée de l’air israélienne a commencé hier à bombarder des ponts sur le fleuve Litani. Elle a notamment bombardé le pont de Kassamiya, sur la route côtière libanaise, axe principal reliant le sud au nord du Liban. Cependant, ces frappes se sont avérées insuffisantes et partielles : seul un quart des ponts ont été touchés. Frapper un pont sur quatre, c’est envoyer un signal — pas couper une ligne logistique.

Ce qu’il faudrait faire — et qu’on ne fait pas

Ashkenazi ne se contente pas de critiquer. Il prescrit. Le gouvernement israélien doit définir des missions, des objectifs, des indicateurs et un calendrier pour Tsahal. Il doit notamment lui faire comprendre que le Hezbollah se situe au nord du Litani, que les armes à longue portée ne peuvent être déployées qu’au nord de Zaharani, et contraindre le gouvernement libanais à descendre au sud et à exercer sa souveraineté sur le terrain.

Concrètement, cela implique d’évacuer Nabatiya et Sidon, de neutraliser les tours de défense, de frapper davantage de ponts et de routes, d’exiger des réparations incluant la confiscation de biens. Et surtout : reprendre les opérations antiterroristes ciblées contre tous les commandants du Hezbollah, du simple chef de section jusqu’au chef de l’organisation, Naïm Qassem. Ils doivent être traqués sans être contactés par téléphone ni détectés par radar.

La conclusion d’Ashkenazi est celle d’un homme qui a vu trop de guerres inachevées : sur le plan opérationnel, on attend de l’armée qu’elle agisse rapidement, frappe fort et exerce une pression sur la population chiite qui soutient le Hezbollah et sur le gouvernement libanais qui le craint. Ce n’est pas de la cruauté — c’est de la stratégie. Une pression sans conséquences n’est pas une pression.

Source : Maariv

 


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