Bennett : « Nous fermerons le robinet de l’Ă©ducation ultra-orthodoxe et investirons dans le secteur haredi d’État »

Naftali Bennett, prĂ©sident du parti Beyahad, a prĂ©sentĂ© ce lundi matin la vision Ă©ducative de son mouvement lors de la confĂ©rence Horowitz sur l’Ă©conomie et la sociĂ©tĂ© organisĂ©e par l’Institut israĂ©lien pour la dĂ©mocratie. Le message central, formulĂ© sans dĂ©tour : tout Ă©tablissement scolaire qui refuserait d’enseigner un socle commun national perdrait immĂ©diatement son financement public.

« Sous nos yeux s’est constituĂ©e un État haredi indĂ©pendant et anti-sioniste, que nous finançons de notre propre poche », a lancĂ© Bennett devant l’auditoire. « Dans le prochain gouvernement, nous allons corriger une erreur historique. La règle est simple : pas d’Ă©ducation nationale, pas Ă  mes frais. »

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Bennett a prĂ©sentĂ© ce qu’il appelle le programme « Mishvatim Lem » — « Des tribus vers un peuple » —, une formule volontairement symbolique qui vise Ă  refonder une Ă©ducation commune Ă  tous les IsraĂ©liens, quelles que soient leurs origines religieuses ou ethniques. Selon ce programme, l’ensemble des Ă©lèves serait tenu d’Ă©tudier l’anglais, les mathĂ©matiques, l’Ă©ducation civique, la Bible et la tradition juive. Les Ă©lèves musulmans auraient, pour leur part, la possibilitĂ© d’Ă©tudier le Coran dans le cadre de ce mĂŞme programme.

Le modèle 60/40 : une école à deux vitesses assumée

La structure pĂ©dagogique proposĂ©e repose sur une rĂ©partition explicite : 60% du temps scolaire serait consacrĂ© au tronc commun israĂ©lien partagĂ©, tandis que les 40% restants resteraient Ă  la discrĂ©tion de chaque Ă©tablissement. Dans ce cadre, les Ă©coles harediotes pourraient consacrer ce quota Ă  l’Ă©tude du Talmud — le Guemara — tandis que d’autres pourraient choisir l’informatique, la cybersĂ©curitĂ© ou la musique.

Cette architecture vise prĂ©cisĂ©ment Ă  dĂ©samorcer l’argument haredi traditionnel : celui selon lequel toute contrainte Ă©ducative extĂ©rieure Ă©quivaut Ă  une agression contre l’identitĂ© religieuse. En garantissant une plage significative d’enseignement autonome, Bennett tente de montrer qu’un tronc commun n’implique pas l’effacement identitaire. Mais la condition reste ferme : les 60% ne sont pas nĂ©gociables.

« Ce programme inclura tout le monde », a prĂ©cisĂ© l’ex-Premier ministre. « Un Ă©tablissement qui choisit de ne pas l’appliquer peut le faire — mais il ne recevra pas de financement de l’État. Pas d’Ă©ducation nationale, pas sur mon argent. »

La cible de cette rĂ©forme est claire. Actuellement, seulement 7% des Ă©lèves haredis sont scolarisĂ©s dans des Ă©tablissements dits « haredi d’État » — le secteur mammad haredi (ממ »ח) — qui appliquent dĂ©jĂ  un programme incluant des matières gĂ©nĂ©rales. Bennett entend inverser radicalement cette proportion : dĂ©velopper massivement ce rĂ©seau d’Ă©coles, et assĂ©cher progressivement le financement des Ă©tablissements qui continuent Ă  fonctionner hors de tout contrĂ´le Ă©tatique. Une bascule de proportion qui, si elle se rĂ©alisait, reprĂ©senterait un sĂ©isme dans le paysage scolaire israĂ©lien.

Une charge frontale contre la coalition sortante

Bennett n’a pas limitĂ© ses dĂ©clarations Ă  la question Ă©ducative. Il a profitĂ© de la confĂ©rence pour attaquer frontalement les lois rĂ©cemment adoptĂ©es par le gouvernement Netanyahu. « Toutes les lois du chaos, du pillage et de la division que le gouvernement sortant fait passer en ce moment — nous les annulerons dès la constitution de la prochaine Knesset. La coalition gaspille son temps pour rien. Tout sera annulĂ©. »

Cette double charge — rĂ©forme Ă©ducative radicale et promesse d’annulation lĂ©gislative — dessine clairement la stratĂ©gie de Beyahad Ă  l’approche des prochaines Ă©lections. Bennett se positionne comme l’homme de la rupture sur deux fronts simultanĂ©ment : la question haredi, qui empoisonne le dĂ©bat israĂ©lien depuis des dĂ©cennies, et la question de l’Ă©tat de droit, sur laquelle une partie de l’Ă©lectorat de centre-droit attend une rĂ©ponse ferme.

La fracture entre le monde haredi et le reste de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne sur la question de l’Ă©ducation et du financement public n’est pas nouvelle. Elle s’est cristallisĂ©e au fil des annĂ©es autour d’une rĂ©alitĂ© arithmĂ©tique imparable : la communautĂ© ultra-orthodoxe reprĂ©sente une part croissante de la dĂ©mographie israĂ©lienne, et le maintien d’un système d’Ă©ducation parallèle, financĂ© par l’État mais exempt des programmes du ministère de l’Éducation, a des consĂ©quences directes sur l’employabilitĂ© future de cette population — et sur la cohĂ©sion sociale du pays tout entier.

La formulation choisie par Bennett — « fermer le robinet » — est dĂ©libĂ©rĂ©ment crue. Elle rompt avec les habituels accommodements rhĂ©toriques qui permettent Ă  chaque gouvernement de reporter la dĂ©cision. Elle signale aussi une intention Ă©lectorale : s’adresser directement Ă  une base laĂŻque et nationale-religieuse qui attend depuis longtemps qu’un responsable politique Ă©nonce clairement ce que beaucoup pensent tout bas.

Pour aller plus loin, retrouvez notre article sur le retour de Naftali Bennett et ses ambitions Ă©lectorales pour 2026, ainsi que notre analyse historique du dĂ©bat autour de la Loi Tal et l’intĂ©gration des Haredim dans Tsahal.