Un examen des rapports sur une sĂ©rie d’arrestations dans la bande de Gaza montre que le rĂ©seau saoudien Al-Arabiya s’est appuyĂ© sur un site Web palestinien hostile Ă l’organisation terroriste .
Ces derniers jours, nous avons Ă©tĂ© inondĂ©s de rapports du rĂ©seau saoudien Al-Arabiya. L’annonce par le Hamas il y a une semaine et demie qu’une escouade auxiliaire dirigĂ©e par IsraĂ«l a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e dans la bande de Gaza n’est pas tombĂ©e dans l’oreille d’un sourd Ă DubaĂŻ, le siège du rĂ©seau. Et les Saoudiens, qui attendaient l’occasion de se venger du Hamas, et ont en fait bon usage.
La ville de DubaĂŻ aux Emirats Arabes Unis est le siège du rĂ©seau qui appartient au mĂ©dia monstre MBC. Depuis 2018, la sociĂ©tĂ© saoudienne contrĂ´le 60% des actions. Les 40% restants sont toujours contrĂ´lĂ©s par l’homme d’affaires saoudien Walid bin Ibrahim al-Ibrahim. Par coĂŻncidence, environ un an avant l’accord, Walid Ă©tait l’un des hommes d’affaires arrĂŞtĂ©s sur ordre du rĂ©gent Muhammad bin Salman. Avant que les parties ne parviennent Ă un accord, Walid a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©. On peut donc dire que mĂŞme 40% des actions de la sociĂ©tĂ© qui ne sont pas contrĂ´lĂ©es par Riyad sont soumises Ă son contrĂ´le.
L’emprise du royaume sur le net ne se limite pas aux stocks. Par exemple, entre 2014 et 2015, Adel al-Turifi a occupĂ© le poste de PDG de la chaĂ®ne d’information et a ensuite occupĂ© le poste de ministre de la Culture et de l’Information du gouvernement saoudien.
Un peu d’ordre dans les rapports.
Dans la nuit du 3 juillet, une dĂ©claration a Ă©tĂ© publiĂ©e par le ministère de l’IntĂ©rieur du Hamas. Le communiquĂ© affirme qu’après une enquĂŞte en cours, plusieurs assistants qui avaient Ă©tĂ© pris pour cible par IsraĂ«l et ont confisquĂ© de l’argent et du matĂ©riel technique ont Ă©tĂ© dĂ©couverts. Moins d’une semaine plus tard, le journal libanais affiliĂ© au Hezbollah, Al-Akhbar, a rapportĂ© qu’il s’agissait d’agents de l’ Etat islamique . Il a dĂ©jĂ Ă©tĂ© allĂ©guĂ© que le chef de la cellule a reconnu dans ses enquĂŞtes qu’il y avait des contacts avec IsraĂ«l.
Les deux rapports parlent d’une tentative de mener des attaques contre des cibles du Hamas. Le ministère de l’IntĂ©rieur Ă Gaza et al-Akhbar n’a publiĂ© aucune photo, mais on peut supposer que si l’un des suspects Ă©tait arrĂŞtĂ©, il s’agissait tout au plus de militants salafistes accusĂ©s d’avoir des liens avec IsraĂ«l afin de fouler aux pieds leur image.
Le week-end dernier a apparemment annoncĂ© un revirement dans l’histoire. L’agence de presse Amad a plus ou moins rĂ©pĂ©tĂ© les informations du ministère de l’IntĂ©rieur et du Libanais Al-Akhbar.
Mais Amad n’Ă©tait pas satisfait de cela. Selon leur rapport, la sĂ©rie d’enquĂŞtes menĂ©es par l’aile militaire du Hamas auprès de ses membres, en particulier dans l’Est de Gaza, a Ă©tĂ© menĂ©e après la connexion d’un commandant de district coopĂ©rant – un membre supĂ©rieur de l’unitĂ© de commando naval nommĂ© Izz a-Din al-Hajj Ali Bader, parti en bateau vers IsraĂ«l.
Selon des sources anonymes, qui auraient parlĂ© Ă Amad, la personne âgĂ©e s’est enfuie avec un ordinateur portable contenant des informations secrètes sur le commando naval, de l’argent et du matĂ©riel technique. Suite Ă cela, selon le rapport, la mĂŞme escouade d’assistants dirigĂ©e par un commandant du quartier de Shaja’iya, nommĂ© Muhammad Abu Ajawa, a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e.
Il a en outre été allégué que le même commandant était responsable du réseau électronique dans la région, y compris des caméras de sécurité et des réseaux de communication internes. Et selon le rapport, il a admis avoir eu des contacts avec Israël depuis 2009.
Depuis le dĂ©but de cette semaine, ce reportage Ă l’agence de presse a Ă©tĂ© repris dans des versions similaires sur le rĂ©seau Al-Arabiya et mĂŞme dans le journal saoudien Al-Sharq Al-Awsat. Les deux sont des mĂ©dias contrĂ´lĂ©s par le gouvernement saoudien.
Mais qui est l’agence Amad ?
Le site Web arabe dĂ©clare que le rĂŞve des fondateurs Ă©tait de publier un journal dans la ville de Gaza. Les circonstances, disent-ils, ne le permettaient pas et il a donc Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© de crĂ©er un portail d’actualitĂ©s « plus qu’un site Web et moins qu’un journal ». Le fondateur du site en 2007 (l’annĂ©e du coup d’État du Hamas) n’est autre que Hassan Asfur, originaire de Khan Yunis qui dirige un site d’opposition pour l’AutoritĂ© palestinienne et le Hamas.
L’oiseau de Khan Yunis
Aspur comme son nom l’indique – un oiseau – a migrĂ© pendant des annĂ©es en Jordanie, en Irak, au Liban et en Tunisie. Cela Ă©tait dĂ» en partie Ă son appartenance aux partis communistes. Au Liban, il a commencĂ© Ă travailler comme journaliste jusqu’Ă son dĂ©part pour la Syrie après la guerre avec IsraĂ«l. Il a ensuite travaillĂ© sous Mahmoud Abbas au siège de l’OLP Ă Tunis, et a ensuite jouĂ© un rĂ´le clĂ© dans le processus d’Oslo.
Jusqu’en 2006, Asfur Ă©tait le reprĂ©sentant de Khan Yunis au Parlement palestinien, et il est aujourd’hui considĂ©rĂ© comme un porte-parole essentiel de l’AutoritĂ© palestinienne et en particulier du prĂ©sident Abu Mazen. Le reste est dĂ» Ă l’hĂ©ritage d’Abu Mazen d’Arafat en 2005.
Le journaliste chevronnĂ© n’est pas seulement considĂ©rĂ© comme un critique sĂ©vère du prĂ©sident de l’AP, il mĂ©prise Ă©galement le Hamas, dont il a dĂ©crit la victoire aux Ă©lections palestiniennes de 2006 comme un complot.
Revenons donc à la publicité sur le soi-disant transfuge du Hamas.
Le week-end dernier, Amed a publiĂ© un article dĂ©clarant qu’un commandant du commando naval du Hamas, non moins, avait fui en IsraĂ«l. Plus tĂ´t cette semaine, un article remarquablement similaire a fait surface sur le rĂ©seau Al-Arabiya. Dans quelle mesure est-il similaire? Le libellĂ© de l’article rĂ©vèle que la principale source d’al-Arabiya « Il n’est autre que le site » Amad « .
Les rapports sont devenus des sources
Al-Arabiya a rapportĂ© que des documents secrets avaient Ă©tĂ© passĂ©s en contrebande par un commandant du Hamas par voie maritime Ă l’aide de navires israĂ©liens, et que l’identitĂ© du fugitif n’avait pas Ă©tĂ© confirmĂ©e jusqu’Ă prĂ©sent « , mais des sources palestiniennes disent qu’il Ă©tait le chef d’une unitĂ© de commando naval dans les Brigades a-Zadin al-Qassem ». Ce ne sont pas des sources qui ont donnĂ© les informations Ă Al-Arabiya, sinon cela aurait Ă©tĂ© soulignĂ©. Le mĂŞme article a rĂ©pĂ©tĂ© que, suite Ă l’arrestation, le Hamas a arrĂŞtĂ© plusieurs suspects pour complot avec IsraĂ«l, dont un commandant du quartier de Shaja’iya et son frère.
Le rĂ©seau note Ă©galement que les mĂ©dias ont rapportĂ© dans la bande de Gaza que Muhammad Abu Ajawa, qui est arrĂŞtĂ© par l’appareil de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure, est accusĂ© d’avoir des liens avec IsraĂ«l. Et tout comme un reportage dans Amad, il a Ă©tĂ© dit qu’il Ă©tait une figure importante du système Ă©lectronique du Hamas Ă Shaja’iya, qui entretient des liens avec IsraĂ«l depuis 2009. Al-Arabiya attribue toutes ces informations Ă des articles dans les mĂ©dias de Gaza.
Amad n’opère pas depuis la bande de Gaza pour des raisons Ă©videntes, par exemple sa page Facebook montre que cinq de ses managers travaillent en Egypte, un manager travaille en « Palestine » et un autre manager travaille depuis un endroit secret. Mais la publicitĂ© sur le site est apparue sur plusieurs autres sites palestiniens.
Soit dit en passant, le ministère de l’IntĂ©rieur du Hamas a niĂ© ces informations. Et l’organisation terroriste a affirmĂ© hier qu’IsraĂ«l est celui qui alimente le rĂ©seau Al-Arabiya avec de fausses informations.
Pourquoi le rĂ©seau Al-Arabiya n’a-t-il pas mentionnĂ© la source des informations?
Il peut y avoir des raisons diffĂ©rentes et Ă©tranges Ă cela. De la paresse, par crainte de saper la crĂ©dibilitĂ© dĂ©jĂ fragile du rapport, Ă la coordination directe avec Asfur. Son numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone est cependant dans le système. Mais cela vaut la peine de s’attarder sur d’autres informations. Selon le site libanais Recife 22, l’agence Amad est considĂ©rĂ©e comme un mĂ©dia proche des Émirats arabes unis, oĂą se trouve Al-Arabiya. Le site Internet libanais, qui s’identifie comme indĂ©pendant et vit Ă Beyrouth, a Ă©galement appris que des comptes Twitter saoudiens identifiĂ©s avec Regent Muhammad bin Salman faisaient Ă©cho au rapport sur le transfuge du Hamas.
Alors pourquoi les Saoudiens ont tonné ?
Les commentateurs arabes ont estimĂ© que tout avait commencĂ© par un câlin d’Ismail Haniyeh, le chef du bureau politique de l’organisation terroriste, Ă la milice houthie du YĂ©men, qui est en guerre avec l’Arabie saoudite. Cela est dĂ» Ă ce que Haniyeh a dĂ©crit comme un soutien Ă la question palestinienne. Les commentateurs qui ne sont pas affiliĂ©s au Hamas ont pu dire que ce n’est pas la première fois que l’organisation terroriste fait l’objet d’une tentative d’intrusion par IsraĂ«l, et ce n’est pas la dernière fois. Après tout, les assassinats ciblĂ©s nĂ©cessitent des sources proches de la cible. Et peut-ĂŞtre quelqu’un aux EAU, juste heureux de mettre la main sur une bonne histoire.




