Thiago Avila a posé le pied à l’aéroport de São Paulo-Guarulhos lundi sous les flashs des photographes et les acclamations de ses soutiens. Sa première phrase devant les journalistes a donné le ton : « Mon retour n’est que la correction d’une grave violation. J’ai été enlevé par Israël, je n’ai pas été emprisonné. » Depuis son arrestation le 30 avril, le militant brésilien est devenu le visage humain d’une affaire qui a déclenché une tempête diplomatique entre Jérusalem d’un côté, et Brasilia, Madrid, et les Nations unies de l’autre.
Les faits, d’abord. Le 12 avril 2026, la flottille Global Sumud — cinquième tentative de ce collectif de militants pro-palestiniens de briser le blocus maritime israélien de Gaza — quittait les ports de France, d’Espagne et d’Italie avec à son bord 176 personnes réparties sur une vingtaine de navires. Le convoi était intercepté par les forces israéliennes le 30 avril dans les eaux internationales, au large des côtes grecques. Les 174 passagers ont été transférés vers la Crète et rapidement relâchés. Deux d’entre eux, jugés comme des leaders de l’opération, ont été conduits en Israël : Thiago Avila, Brésilien, et Saif Abu Keshek, ressortissant hispano-suédois d’origine palestinienne. Ils ont été détenus à la prison de Shikma, à Ashkelon.
Dès leur arrivée, les deux hommes ont entamé une grève de la faim, ne consommant que de l’eau. Leur organisation de défense, Adalah — Centre juridique pour les droits de la minorité arabe en Israël — a présenté dès les premiers jours des témoignages alarmants. Leurs avocates ont rapporté que les militants étaient maintenus les yeux bandés en permanence hors de leur cellule, dormant sur le ventre, détenus à l’isolement dans des cellules sans fenêtre sous une lumière à haute intensité allumée vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elles ont affirmé qu’ils avaient été menacés d’être jetés à l’eau lors de leur transfert et que Thiago Avila s’était évanoui à deux reprises. Des ecchymoses sur le visage auraient été constatées lors de la première visite consulaire.
Israël a rejeté ces accusations de torture, affirmant que toutes les mesures prises l’ont été « conformément à la loi ». Les autorités israéliennes ont justifié la détention prolongée par les soupçons pesant sur les deux hommes — aide à l’ennemi en temps de guerre, contacts avec un agent étranger, appartenance à une organisation terroriste et fourniture de services à cette organisation. Ces chefs d’inculpation particulièrement graves ont justifié, selon la police israélienne, la prolongation de la détention jusqu’au 10 mai. La cour d’appel de Beersheba, saisie par Adalah, a rejeté le recours le 6 mai. Ils ont finalement été libérés le samedi 10 mai, remis aux autorités de l’immigration et expulsés.
Entre-temps, une dimension personnelle tragique s’est ajoutée à l’affaire : la mère de Thiago Avila est décédée à Brasilia le 5 mai, pendant sa détention. L’organisation de la flottille a relayé cette information pour illustrer ce qu’elle décrit comme une « cruauté délibérée » des autorités israéliennes.
La réaction diplomatique a été immédiate et vive. Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez a qualifié la détention de Saif Abu Keshek de « kidnapping par le gouvernement de Netanyahu », exigeant sa libération immédiate et dénonçant que Madrid n’aurait reçu « aucune preuve » d’un quelconque lien entre son ressortissant et le Hamas. Le chef de la diplomatie espagnole a qualifié l’interception d’action « complètement illégale » effectuée hors de « toute juridiction ». Le Brésil et l’Italie ont également protesté, soulignant que l’arrestation avait eu lieu à bord d’un navire battant pavillon italien — relevant en principe de la juridiction italienne en application de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Les Nations unies ont quant à elles exhorté Israël à libérer immédiatement les deux hommes, qualifiant leur arrestation dans les eaux internationales de violation du droit international.
La position israélienne est cohérente avec ses précédents : le blocus maritime de Gaza est présenté comme une nécessité stratégique légale pour empêcher l’acheminement d’armes. Israël affirme disposer de renseignements établissant des liens entre les deux détenus et des structures liées au Hamas. Adalah, de son côté, soutient qu’il n’existe « aucun lien entre l’acheminement d’une aide à une population civile par le biais d’une flottille humanitaire et une quelconque organisation terroriste ».
À São Paulo, Thiago Avila a terminé sa conférence de presse en appelant à combattre Netanyahu et Trump, qu’il a qualifiés de « criminels de guerre ». Dans la foule qui l’accueillait, des pancartes appelaient le Brésil à rompre ses relations diplomatiques avec Israël. Le décompte diplomatique de l’opération n’est pas encore terminé.
Pour aller plus loin sur les flottilles pour Gaza et les enjeux du blocus maritime :
- Tsahal intercepte la flottille « Somoud » à destination de Gaza : Greta Thunberg arrêtée, la polémique enfle
- Flottille pour Gaza : la France admet avoir prévenu les activistes — un silence complice ou une diplomatie lucide ?







