Dans le dos de Netanyahou : le chef du Mossad a transmis une lettre secrète à la conseillère juridique du gouvernement

La nomination de Roman Goupman Ă  la tĂŞte du Mossad vient de franchir un seuil de turbulence supplĂ©mentaire. Ce dimanche 10 mai, la conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, a rendu publique sa position devant la Haute Cour de justice (Bagatz), recommandant purement et simplement l’annulation de la nomination. Mais ce qui a retenu l’attention autant que le fond de l’avis, c’est le canal par lequel une partie du dossier est arrivĂ©e entre ses mains : le chef du Mossad sortant, Dadi Barnea, lui a transmis en personne une lettre confidentielle s’opposant au choix de Goupman — sans en rĂ©fĂ©rer au Premier ministre Benyamin Netanyahou.

L’information, rĂ©vĂ©lĂ©e dans la dĂ©claration mĂŞme de la conseillère juridique, constitue un fait rare dans l’histoire rĂ©cente des relations entre la direction du Mossad et l’exĂ©cutif israĂ©lien. Barnea, dont le mandat s’achève en juin, a choisi de court-circuiter la chaĂ®ne hiĂ©rarchique directe pour faire parvenir Ă  la juriste de l’État des Ă©lĂ©ments classifiĂ©s susceptibles d’influencer la dĂ©cision de la Cour. Dans sa communication, Baharav-Miara a prĂ©cisĂ© que « la position de la conseillère juridique s’appuie, entre autres, sur des matĂ©riaux confidentiels », et que la lettre de Barnea pourrait ĂŞtre transmise aux juges si nĂ©cessaire.

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Le dossier AlmakaĂŻs comme pierre d’achoppement

La conseillère juridique n’a pas mâchĂ© ses mots dans son avis : « L’affaire de l’activation d’AlmakaĂŻs jette une ombre lourde sur la probitĂ© de Goupman, et l’intervention de la Haute Cour dans la dĂ©cision du Premier ministre est inĂ©vitable. Les requĂŞtes doivent ĂŞtre accueillies. » La formulation est sans Ă©quivoque. Elle ne laisse guère de place Ă  une issue mĂ©diane.

L’affaire en question remonte Ă  l’utilisation par Goupman, alors secrĂ©taire militaire du Premier ministre, d’un jeune homme — Uri AlmakaĂŻs, mineur Ă  l’Ă©poque des faits — dans le cadre d’une opĂ©ration d’influence. AlmakaĂŻs a depuis Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© et inculpĂ© pour espionnage grave, après que ses avocats ont Ă©tabli que c’est Goupman qui l’avait recrutĂ© et dirigĂ©. Ce dernier a tentĂ© de se distancier de cette relation, ce que le prĂ©sident de la commission consultative sur les nominations de haut rang, l’ancien prĂ©sident de la Cour suprĂŞme Asher Gronius, a jugĂ© caractĂ©ristique d’un manque de probitĂ© — au point d’Ă©mettre une opinion dissidente lors du vote qui a, malgrĂ© tout, approuvĂ© la nomination Ă  la majoritĂ©.

Une bataille de délais autour de la Haute Cour

L’audience devant le Bagatz est fixĂ©e Ă  mardi prochain. Or la chronologie des Ă©changes procĂ©duraux n’est pas sans relief. Netanyahou et Goupman avaient transmis leurs rĂ©ponses Ă  la Cour vendredi dernier, dans les dĂ©lais. La conseillère juridique, elle, a rĂ©clamĂ© Ă  plusieurs reprises des prolongations, et n’a finalement rendu son avis que ce dimanche matin — soit Ă  quelques heures de la veille de l’audience. Les avocats du gouvernement ont vivement rĂ©agi Ă  ce calendrier, appelant la Haute Cour Ă  mettre un terme Ă  ce qu’ils ont qualifiĂ© d’« outrage » et Ă  refuser de prendre en considĂ©ration une rĂ©ponse soumise aussi tardivement.

Cette guerre des dĂ©lais illustre la tension extrĂŞme qui traverse le dossier. D’un cĂ´tĂ©, une Ă©quipe gouvernementale qui cherche Ă  faire avancer la nomination de Goupman avant que Barnea ne quitte officiellement ses fonctions en juin, Ă©vitant ainsi un vide Ă  la tĂŞte du Mossad dans une pĂ©riode de haute intensitĂ© sĂ©curitaire. De l’autre, une conseillère juridique qui a multipliĂ© les demandes de report, s’appuyant sur des matĂ©riaux classifiĂ©s dont l’instruction prend du temps, et dont la transmission aux juges est dĂ©sormais envisagĂ©e.

Barnea, en retrait, s’exprime par lettre interposĂ©e

La dĂ©marche de Dadi Barnea mĂ©rite qu’on s’y arrĂŞte. En transmettant une lettre confidentielle Ă  la conseillère juridique du gouvernement sur un sujet aussi sensible que la dĂ©signation de son successeur — et en le faisant sans en informer Netanyahou —, le chef du Mossad sortant prend une position publique implicite, par canal lĂ©gal interposĂ©, dans une affaire qui touche directement Ă  l’avenir de l’organisation qu’il dirige depuis 2021. Rien dans les textes ne lui interdit cette dĂ©marche : la conseillère juridique est l’un des destinataires naturels d’informations classifiĂ©es pertinentes pour des procĂ©dures judiciaires en cours. Mais politiquement, le geste n’est pas anodin.

La nomination de Goupman avait Ă©tĂ© annoncĂ©e par Netanyahou dès dĂ©cembre 2025, Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale — Goupman n’ayant aucun parcours dans le monde du renseignement civil, contrairement Ă  tous ses prĂ©dĂ©cesseurs. Son profil militaire et sa proximitĂ© avec le Premier ministre avaient immĂ©diatement suscitĂ© des interrogations dans les milieux sĂ©curitaires, puis des requĂŞtes en justice. Plus de cinq mois plus tard, la question reste entière, et c’est dĂ©sormais la Haute Cour qui aura le dernier mot — ou pas.

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