Tel un mort-vivant : l’énigme Mojtaba Khamenei complique de plus en plus l’Iran

Depuis les frappes israéliennes qui ont marqué le tournant du conflit, une question hante les chancelleries et les rues de Téhéran : Mojtaba Khamenei, le fils du défunt Guide suprême Ali Khamenei et son successeur désigné à la tête de la République islamique, est-il seulement en vie ? La seule trace publique de son existence se résume à des messages censément rédigés par lui et à des photographies qui, selon plusieurs observateurs, présentent des signes caractéristiques de retouche numérique ou de génération par intelligence artificielle. Sa photo de profil sur le réseau X et les portraits officiels placardés sur les murs de Téhéran suscitent les mêmes soupçons. Aucun enregistrement audio n’a été diffusé. Le silence est total.

Cette absence prolongée, rapporte le Wall Street Journal, fragilise la stabilité du pouvoir à un moment particulièrement critique. L’Iran conduit des négociations avec les États-Unis sur son programme nucléaire, un processus qui exige une autorité centrale capable de valider les concessions et de neutraliser les oppositions internes. Or c’est précisément ce qui fait défaut.

Les durs du régime réclament une preuve sonore

Les tensions internes au sein du système iranien se cristallisent autour d’une exigence aussi simple qu’éloquente : les partisans de la ligne dure demandent qu’une bande audio soit publiée pour confirmer que Mojtaba Khamenei est en vie et qu’il soutient le processus de négociation. Cette demande n’est pas anodine — elle trahit le degré de méfiance qui règne y compris au sein des cercles dirigeants, et le doute qui s’est installé sur la réalité du pouvoir en exercice.

Ces mêmes factions s’en prennent aux responsables plus modérés qui participent activement aux pourparlers, et en premier lieu au président du Parlement Mohammad Baqer Qalibaf, perçu comme disposé à des compromis allant trop loin. Dans un système où toute décision majeure doit être avalisée par le Guide suprême, l’incertitude sur l’état de santé et la capacité décisionnelle de Mojtaba Khamenei ouvre une brèche que chaque faction cherche à exploiter selon ses intérêts.

Les explications officielles peinent à convaincre

La version officielle du régime est que Mojtaba Khamenei maintient un profil délibérément bas pour des raisons de sécurité — la liste des personnalités éliminées par Israël ces dernières années, de Qassem Soleimani aux chefs du Hezbollah en passant par plusieurs responsables des Gardiens de la Révolution, rendant toute apparition publique risquée. Jeudi dernier, le président iranien Masoud Pezeshkian a affirmé avoir eu une réunion de deux heures et demie avec le Guide — une déclaration manifestement destinée à éteindre les rumeurs.

Un haut responsable du bureau du Guide suprême, Mozahher Hosseini, a par ailleurs fourni pour la première fois des détails sur les blessures de Khamenei — une atteinte au genou et au dos — tout en insistant sur le fait que son état était satisfaisant. Il a également accusé « l’ennemi » de chercher à obtenir des documents visuels pour les utiliser à des fins de manipulation. Cette rhétorique défensive, loin de rassurer, renforce l’impression que quelque chose ne tourne pas rond.

Un vide au sommet dans un moment de crise maximale

L’histoire de la République islamique offre un précédent douloureux. Ruhollah Khomeini, fondateur du régime, avait pris la décision la plus difficile de son mandat — mettre fin à la guerre Iran-Irak en 1988, qu’il avait comparée à « boire du poison » — depuis son lit de malade. Il était physiquement présent, identifiable, capable d’exercer une autorité morale sur des factions antagonistes et de les contraindre à accepter une décision impopulaire.

L’Iran d’aujourd’hui n’a pas ce luxe. Le pays navigue dans un moment de négociation potentiellement historique avec Washington, face à des pressions internes intenses de la part des factions qui s’opposent à tout accord, dans un contexte de guerre et d’incertitude stratégique — sans que son chef suprême ne soit visible, audible, ou manifestement capable d’arbitrer. C’est précisément la configuration la plus dangereuse pour un régime qui a fait de la centralité du Guide le principe fondateur de sa légitimité.

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