En cette veille de Pessah, quelque chose se passe que les analystes n’arrivent pas à nommer

Il y a des moments dans l’histoire où les chiffres refusent d’être seulement des chiffres. Où les statistiques militaires cessent d’être de la balistique et commencent à ressembler à autre chose. Nous vivons un de ces moments.

Depuis le début de la guerre contre l’Iran, des missiles balistiques — des engins de plusieurs tonnes, conçus pour tuer des dizaines de personnes — frappent le territoire israélien. Certains s’écrasent dans des zones ouvertes à quelques mètres de bâtiments habités. D’autres tombent au moment précis où les habitants sont dans les abris. Environ 98% des drones lancés depuis l’Iran, l’Irak, le Yémen et le Liban n’atteignent jamais le sol israélien. La plupart des roquettes tirées depuis le Liban retombent en territoire libanais avant même de franchir la frontière. Les systèmes de défense israéliens sont parmi les plus sophistiqués du monde — mais personne, dans aucun bureau d’état-major, n’avait modélisé des résultats pareils sur quatre fronts simultanés.

On peut appeler ça de la chance. On peut parler de supériorité technologique, de renseignement exceptionnel, de coordination américano-israélienne sans précédent. Tout cela est réel et mérite d’être reconnu. Mais pour ceux qui lisent l’histoire avec d’autres yeux, il est difficile de ne pas voir dans ces chiffres quelque chose qui dépasse la compétence humaine.

La veille de Pessah est peut-être le moment le plus approprié pour le dire.

Pessah ne commémore pas une victoire militaire. Il n’y a pas eu de bataille rangée, pas de stratégie de flanc, pas de supériorité en nombre. Il y a eu des plaies qui ont frappé l’Égypte et épargné Israël selon une logique que le Pharaon lui-même n’arrivait pas à intégrer. Le récit de la sortie d’Égypte est précisément le récit d’un peuple qui n’avait objectivement aucune chance — et qui est sorti quand même, parce que la promesse qui lui avait été faite tenait toujours.

Ce soir, des millions de Juifs dans le monde entier réciteront la Haggadah. Ils diront : « Dans chaque génération, on se lève contre nous pour nous détruire. Et le Saint, béni soit-Il, nous sauve de leurs mains. » Ces mots n’ont jamais semblé aussi peu métaphoriques.

Il y a aussi une dimension géopolitique à ce moment que l’on ne peut pas ignorer. Le corridor commercial et énergétique qui se dessine depuis l’Inde, à travers la péninsule arabique, jusqu’en Israël et vers l’Europe, est peut-être l’une des constructions les plus sous-estimées de cette période. Si ce conflit en accélère la structuration — et tout indique que c’est le cas — alors ce que nous vivons n’est pas seulement une guerre défensive. C’est la mise en place d’une architecture régionale nouvelle, dans laquelle Israël occupe une position centrale que ses ennemis ont tenté précisément d’empêcher. La paix par l’intérêt commun précède parfois la paix par la conviction.

L’Amérique ne partira pas de la région sans avoir accompli sa mission. Ce n’est pas une déclaration idéologique — c’est une lecture des intérêts en jeu. Le pétrole ne sera pas livré à des régimes voyous qui manipulent les prix et les flux. Et la Chine, qui regarde Taïwan avec des intentions que personne ne dissimule vraiment, doit voir une Amérique capable d’aller au bout — pas seulement dans les airs, mais au sol. Ce qui se joue au-dessus de l’Iran envoie un message à Pékin que dix années de diplomatie n’auraient pas pu formuler aussi clairement.

Ce vendredi, des conversations auront lieu avec des responsables politiques japonais. Le message sera simple : votre position sur Israël compte maintenant plus que jamais. Ce n’est pas une déclaration religieuse — c’est une lecture de la géographie morale du monde. Le prophète Joël l’a formulé il y a des siècles : les nations seront jugées selon leur traitement d’Israël. Qu’on lise cela comme prophétie ou comme principe, les événements actuels donnent à réfléchir à quiconque observe avec honnêteté.

En cette veille de Pessah, à la veille d’un seder qui se tiendra cette année sous les sirènes et dans les abris, il est permis de dire ce que les chiffres suggèrent sans oser le formuler : nous ne sommes pas seuls. Et le Dieu de l’alliance — le même hier, aujourd’hui et demain — regarde.


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