Strava rĂ©vèle les mouvements de 18 000 soldats français — l’application de sport qui fait ce que les espions ne peuvent pas toujours faire

Le journal français Le Monde a rapportĂ© une nouvelle fuite de donnĂ©es via l’application de fitness Strava. Selon ce rapport, les positions et les dĂ©placements de plus de 18 600 militaires français ont Ă©tĂ© exposĂ©s dans environ 100 bases Ă  travers le monde. Les calendriers de patrouilles ont Ă©galement Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  la suite de cette fuite. Le journal français affirme qu’il aurait Ă©tĂ© possible de suivre Ă©galement les gardes du corps de dirigeants en France, aux États-Unis et en Russie. Toujours selon ce rapport, des informations sensibles ont ainsi Ă©tĂ© exposĂ©es concernant des localisations Ă  la base de l’ĂŽle Longue, dans le nord-est de la France, oĂą opèrent les sous-marins balistiques nuclĂ©aires du pays. ynet

La base de l’ĂŽle Longue. Des sous-marins nuclĂ©aires. Des gardes du corps de chefs d’État. Strava, l’application que des millions de sportifs utilisent pour enregistrer leurs joggings matinaux, vient d’exposer ce que des annĂ©es d’espionnage classique peinent parfois Ă  obtenir.

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Ce n’est pas la première fois que Strava crĂ©e un scandale de sĂ©curitĂ©. En 2018, la plateforme avait involontairement rĂ©vĂ©lĂ© l’emplacement de bases militaires secrètes en publiant une carte mondiale de chaleur des trajets enregistrĂ©s par ses utilisateurs. La leçon n’a pas Ă©tĂ© retenue — ou plutĂ´t, elle a Ă©tĂ© retenue par certains et ignorĂ©e par d’autres. Les 18 600 soldats français dont les mouvements sont dĂ©sormais connus n’ont pas dĂ©cidĂ© collectivement de mettre leur vie en danger. Ils ont juste voulu compter leurs kilomètres.

Ce que cette affaire rĂ©vèle est plus profond que la simple nĂ©gligence individuelle. Elle illustre la vulnĂ©rabilitĂ© systĂ©mique que crĂ©e la frontière poreuse entre la vie personnelle et la vie professionnelle du personnel militaire moderne. Un soldat qui court avec son tĂ©lĂ©phone, c’est un soldat qui transmet sa position en temps rĂ©el Ă  une application commerciale dont les donnĂ©es peuvent ĂŞtre agrĂ©gĂ©es, corrĂ©lĂ©es, et interprĂ©tĂ©es par n’importe qui disposant d’un accès Ă  l’API et d’un peu de temps.

Dans le contexte actuel — une guerre en cours au Moyen-Orient, des tensions extrĂŞmes en Europe, et une compĂ©tition gĂ©opolitique globale —, cette fuite n’est pas anodine. ConnaĂ®tre les routines de patrouille d’une base, mĂŞme indirectement, c’est potentiellement connaĂ®tre ses failles. Identifier les gardes du corps d’un prĂ©sident par leurs habitudes de course, c’est dessiner une carte des dĂ©placements protocolaires que les services de renseignement adverses s’empresseront d’analyser.

La France n’est pas seule dans ce cas. Des armĂ©es du monde entier peinent Ă  mettre en place des protocoles numĂ©riques cohĂ©rents pour leur personnel. Interdire les tĂ©lĂ©phones dans les bases est une chose. Surveiller ce que font les soldats avec leurs appareils personnels pendant leurs heures libres en est une autre — et la plupart des États dĂ©mocratiques ne sont pas encore Ă©quipĂ©s juridiquement ni culturellement pour imposer ces contraintes. Strava continuera d’exister. Et les soldats continueront de courir.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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