« État d’urgence absolu » : des milliers de migrants forcent la frontière espagnole de Ceuta

Les autoritĂ©s de Ceuta, enclave espagnole situĂ©e sur les cĂ´tes marocaines, rĂ©clament au gouvernement de Madrid la dĂ©claration d’un Ă©tat d’urgence national et l’implication de l’armĂ©e dans la sĂ©curisation des frontières, Ă  la suite d’une vague sans prĂ©cĂ©dent de milliers de migrants entrĂ©s dans l’enclave.

Depuis plusieurs heures, les rĂ©seaux sociaux sont submergĂ©s de vidĂ©os montrant des milliers de migrants, documentant largement les moments de franchissement de la frontière et l’arrivĂ©e massive sur le territoire de l’enclave. Ces derniers jours, des milliers de migrants ont traversĂ© la frontière vers le territoire de l’Union europĂ©enne, majoritairement de jeunes hommes marocains, mais aussi des familles avec des femmes et des enfants. Beaucoup sont arrivĂ©s dans l’enclave en nageant autour des brise-lames ou en escaladant les clĂ´tures frontalières de la plage de Tarajal, submergeant les forces de sĂ©curitĂ© et les infrastructures humanitaires locales.

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Dans un autre document diffusĂ© sur les rĂ©seaux sociaux, un migrant interrogĂ© par les mĂ©dias espagnols s’est vu demander pourquoi il avait quittĂ© son foyer pour entrer en Espagne, et a rĂ©pondu : « Parce que je suis mĂŞlĂ© Ă  un meurtre. »

En Europe, la rĂ©action ne s’est pas fait attendre : selon un rapport de l’agence Reuters, l’Italie envisage de suspendre l’accord de Schengen avec l’Espagne, d’une manière qui lui permettrait de rĂ©tablir les contrĂ´les aux frontières. Cette mesure est envisagĂ©e Ă  la suite des documents exceptionnels provenant de la ville de Ceuta, dans l’enclave espagnole en Afrique.

Juan JesĂşs Vivas, prĂ©sident du gouvernement rĂ©gional de Ceuta, a dĂ©crit la situation comme « un Ă©tat d’urgence humanitaire et social absolu, d’une ampleur nationale ». Vivas a rapportĂ© qu’en seulement dix jours, entre 1 500 et 2 000 personnes sont arrivĂ©es, un chiffre Ă©quivalent Ă  environ 2 % de la population totale de l’enclave. Alors que les centres d’accueil sont totalement pleins et que les centres pour mineurs non accompagnĂ©s fonctionnent Ă  une capacitĂ© sans prĂ©cĂ©dent de 2 400 %, les autoritĂ©s locales ont averti qu’elles Ă©taient en difficultĂ© : « Nous ne pouvons pas faire face seuls Ă  cette pression. Ă€ chaque heure qui passe, la situation devient plus difficile. » Des centaines de migrants arrivĂ©s rĂ©cemment ont dĂ» dormir dans les rues, hors du centre d’accueil temporaire pour migrants de la ville.

L’escalade actuelle rappelle la grave crise frontalière de mai 2021, lorsque plus de 8 000 migrants avaient franchi la frontière vers Ceuta en seulement deux jours. La vague migratoire actuelle survient après une dĂ©cision de la Cour suprĂŞme espagnole, selon laquelle les migrants interceptĂ©s en mer ne doivent pas ĂŞtre immĂ©diatement renvoyĂ©s lorsqu’ils tentent d’atteindre Ceuta ou Melilla, contrairement aux procĂ©dures habituelles appliquĂ©es aux frontières terrestres.

En rĂ©ponse aux appels urgents, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a dĂ©clarĂ© que le gouvernement de Madrid Ă©tait « pleinement engagĂ© Ă  apporter une rĂ©ponse immĂ©diate », ajoutant : « Nous mobilisons toutes les ressources nĂ©cessaires, nous travaillons avec les autoritĂ©s marocaines et avec des instances internationales, et nous prĂ©parons les mesures nĂ©cessaires pour rĂ©tablir la normalitĂ© le plus rapidement possible. C’est le moment de construire des solutions, dans la responsabilitĂ© et la coopĂ©ration. » Le ministère espagnol de l’IntĂ©rieur a annoncĂ© que plusieurs administrations « agissent en coordination pour rĂ©pondre avec rapiditĂ© et le maximum de qualité », et que le ministre de l’IntĂ©rieur, Fernando Grande-Marlaska, se rendrait dans l’enclave pour suivre la situation de près. Il a Ă©galement Ă©tĂ© prĂ©cisĂ© que les forces de sĂ©curitĂ© marocaines agissent « loyalement et de façon constante avec l’Espagne » pour empĂŞcher l’arrivĂ©e de nouveaux migrants Ă  la frontière.

Cet Ă©vĂ©nement survient dans le contexte d’une politique migratoire qui agite l’Espagne, alors que le gouvernement de Madrid vient tout juste d’approuver une vaste mesure visant Ă  rĂ©gulariser le statut de centaines de milliers de migrants sans papiers dĂ©jĂ  prĂ©sents dans le pays, dans le but de leur accorder des permis de rĂ©sidence et de travail lĂ©gaux et de les intĂ©grer au marchĂ© du travail et aux systèmes sociaux. Alors que le gouvernement justifie cette dĂ©marche par le besoin dĂ©mographique et la pĂ©nurie de main-d’Ĺ“uvre dans les secteurs du bâtiment, de l’agriculture et du tourisme, les partis d’opposition ont vivement critiquĂ© cette initiative. Des responsables politiques avertissent dĂ©sormais que cette mesure crĂ©e un « effet d’appel » de grande ampleur, qui encourage des milliers de migrants supplĂ©mentaires Ă  tenter de pĂ©nĂ©trer illĂ©galement sur le territoire espagnol.

Ces derniers Ă©vĂ©nements soulignent la situation sensible de Ceuta, enclave cĂ´tière situĂ©e Ă  l’extrĂ©mitĂ© de l’Afrique du Nord, sur les rives du dĂ©troit de Gibraltar. La ville, connue pour ses remparts royaux vieux de plusieurs siècles, ses artères commerçantes dĂ©taxĂ©es, son climat mĂ©diterranĂ©en et son mĂ©lange culturel unique entre Europe et Afrique du Nord, attire habituellement des touristes venus visiter ses sites historiques et ses lieux de villĂ©giature en bord de mer. Aujourd’hui, les chefs d’entreprise et les acteurs du secteur touristique local expriment leur inquiĂ©tude quant Ă  l’impact de la pression migratoire et de la crise humanitaire sur l’image de la ville en tant que destination touristique et commerciale dynamique.

Liens internes

Sur les enjeux migratoires et frontaliers dans la région, retrouvez notre article sur la fermeture des frontières jordaniennes par crainte épidémique.