Depuis son entrĂ©e en fonction, Roman Goffman secoue le Mossad d’une façon que l’organisation n’a pas connue depuis longtemps. L’homme qui a Ă©tĂ© nommĂ© Ă la tĂŞte du renseignement extĂ©rieur israĂ©lien ne s’est pas contentĂ© de prendre possession de son bureau — il a lancĂ© un audit informel, profond et parfois dĂ©stabilisant de l’ensemble de l’organisation, de ses missions, de ses mĂ©thodes et de ses prioritĂ©s.
Au cĹ“ur de ce chantier : cinq conseillers extĂ©rieurs, aucun d’entre eux n’ayant jamais servi au Mossad. Goffman les a rĂ©unis en une sorte de « conseil des sages » dont le mandat est de formuler des recommandations sur tous les sujets imaginables — dĂ©finition des missions, modes opĂ©ratoires, allocation des ressources. Ces cinq personnes ne sont pas enfermĂ©es dans une salle de rĂ©union isolĂ©e : elles circulent librement dans les diffĂ©rents services et dĂ©partements du quartier gĂ©nĂ©ral, assistent Ă des discussions stratĂ©giques aux cĂ´tĂ©s du directeur lui-mĂŞme. « Puisqu’il est impossible de faire appel Ă un cabinet de conseil externe pour le Mossad, c’est la chose la plus proche de ça », a confiĂ© une source proche du dossier.
L’effet produit au sein de l’organisation est saisissant. « Ça affole les chefs de division et d’autres cadres supĂ©rieurs », dĂ©crit une source informĂ©e. « Ils sont partout, ils s’assoient avec Goffman mĂŞme lors de discussions stratĂ©giques, personne ne sait comment digĂ©rer ça. Au Mossad, il y a une tradition de secret et de discrĂ©tion absolue — des acteurs extĂ©rieurs n’ont jamais eu droit d’entrĂ©e. Et soudain, voilĂ ce phĂ©nomène. » L’inconfort est palpable, bien qu’une partie des cadres reconnaisse dans cette dĂ©marche une remise Ă plat nĂ©cessaire après les Ă©checs du Mossad sur le dossier iranien.
Cette ambivalence rĂ©sume bien la situation interne. Certains estiment qu’il Ă©tait « grand temps de remettre en question toutes les hypothèses de base et de repartir de zĂ©ro, surtout après l’Ă©chec de l’organisation sur la question iranienne ». D’autres y voient un activisme excessif qui ne dĂ©bouchera sur rien, sinon sur une perte de temps prĂ©cieux et d’Ă©nergie.
Mais Goffman ne s’arrĂŞte pas lĂ . Il entend Ă©galement introduire au Mossad le système du « jumeau de commandement », pratique courante dans Tsahal : chaque chef de division et chaque titulaire d’un poste senior se verrait attribuer un ancien occupant du mĂŞme poste, qui ferait office de conseiller, d’adjoint et de « bras droit » — apportant l’expĂ©rience accumulĂ©e Ă celui qui exerce actuellement la fonction. Dans l’armĂ©e israĂ©lienne, ce dispositif est familier et Ă©prouvĂ©, notamment en temps de crise et de guerre. Au Mossad, il n’a jamais existĂ©.
La vraie bombe, cependant, est une question de fond : Ă quoi doit servir le Mossad au-delĂ de l’Iran ? Goffman refuse d’accepter le statu quo et entend redĂ©finir les missions de l’organisation de fond en comble — recalculer l’itinĂ©raire, ajouter de nouveaux domaines d’activitĂ©, supprimer ceux jugĂ©s obsolètes. L’une des pistes les plus frappantes actuellement Ă l’Ă©tude : activer le Mossad contre la campagne de dĂ©lĂ©gitimisation d’IsraĂ«l dans le monde. Une extension de mission radicale qui ferait entrer l’organisation sur un terrain jusque-lĂ Ă©tranger Ă son ADN opĂ©rationnel.
Dans d’autres domaines oĂą le Mossad est actif depuis des dĂ©cennies, c’est l’inverse qui est envisagĂ© : abandonner certaines activitĂ©s. Goffman examine Ă©galement les opĂ©rations en cours et la procĂ©dure d’approbation des missions. Selon plusieurs sources, il a dĂ©jĂ annulĂ© des opĂ©rations qui Ă©taient en voie d’exĂ©cution, parce qu’il n’Ă©tait pas satisfait de la cible visĂ©e, de la mĂ©thode envisagĂ©e ou de la nĂ©cessitĂ© mĂŞme de l’opĂ©ration.
Ce tableau dessine le portrait d’un directeur qui n’entend pas simplement gĂ©rer l’hĂ©ritage qu’il a reçu, mais le remodeler entièrement. Pour une organisation qui fonctionne dans l’ombre et cultive la continuitĂ© comme une valeur en soi, l’arrivĂ©e d’un patron aussi interventionniste constitue une rupture culturelle autant qu’organisationnelle.
Pour mieux comprendre le contexte dans lequel Goffman prend ses fonctions, retrouvez notre analyse approfondie de sa nomination :
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Et sur les opérations récentes du renseignement israélien en Iran :
👉 Mossad en Iran : les rĂ©vĂ©lations explosives sur le rĂ©seau d’espionnage israĂ©lien que le rĂ©gime veut Ă tout prix dissimuler






