Tout a commencé par un geste inhabituel, presque sans précédent dans le paysage télévisuel israélien : la plateforme de satellite yes a publié une annonce officielle et formelle pour avertir le public avant la diffusion des épisodes 7 et 8 de la nouvelle saison de la série d’action à succès « Fauda ». La raison ? Ces deux épisodes plongent directement dans les événements du massacre du 7 octobre.
La décision a aussitôt déclenché une vague de réactions dans le monde de la télévision et parmi le public. C’est dans ce contexte qu’Avi Issacharoff, l’un des créateurs de la série, s’est exprimé ce matin sur les ondes de Radio 103fm, face aux journalistes Gideon Oku et Amichai Atali, pour expliquer les motivations profondes derrière ce choix.
Le poids du traumatisme collectif
Issacharoff n’a pas cherché à minimiser la charge émotionnelle que représentait ce projet. « Nous avons abordé ces deux épisodes avec une crainte sacrée », a-t-il confié. « Nous les avons écrits et filmés avec une crainte encore plus grande. Il y a tellement de gens souffrant de post-traumatisme dans ce pays, et nous revenons à ces moments, aux heures les plus difficiles — trois heures du matin, puis six heures et vingt-neuf minutes du matin. Si ces personnes regardent ça, cela réveillera en elles quelque chose de douloureux. C’est pour cela que nous étions obligés d’avertir les spectateurs. »
Ces mots disent beaucoup de la façon dont Issacharoff et son équipe ont vécu la création de cette nouvelle saison. Mettre en scène le 7 octobre ne relevait pas d’un choix dramaturgique ordinaire. Les créateurs savaient qu’ils touchaient à quelque chose d’encore ouvert, d’encore vif pour une grande partie de la société israélienne.
Pas un coup de communication
Face aux voix qui ont interprété l’avertissement comme un stratagème de relations publiques destiné à générer de la publicité avant la diffusion de la saison, Issacharoff a fermement rejeté cette lecture. « Ce n’est pas une opération de relations publiques, c’est un sujet qui nous tient à cœur », a-t-il insisté.
Et pour les spectateurs qui ressentiraient une appréhension à l’idée de revivre ces heures sur un écran de télévision, le créateur a proposé une sortie simple et sans jugement : « Qui que ce soit qui sent que ça lui crée un malaise, qu’il renonce à ces épisodes. Il ne lui arrivera rien du point de vue de l’intrigue. La semaine suivante, on reprend normalement avec les épisodes habituels. »
Une façon de rappeler que « Fauda », même à son niveau de succès, n’est pas une obligation — et que la santé mentale des spectateurs passe avant toute fidélité à une série, aussi populaire soit-elle.
La décision de yes et la réaction d’Issacharoff illustrent plus largement la difficulté à laquelle se heurte la fiction israélienne en ce moment : comment raconter le 7 octobre, quand les blessures ne sont pas encore refermées, quand une partie du public qui regarde a perdu des proches ce jour-là, ou a survécu à l’horreur ? La télévision israélienne avance sur ce terrain avec une délicatesse inhabituelle pour un secteur habitué à aller droit au but.
Pour en savoir plus sur l’univers de « Fauda » et son impact culturel en Israël et dans le monde :
👉 La nouvelle cible de BDS : « Fauda », Netflix doit abandonner la série « raciste » !
Et sur le parcours de la série depuis ses débuts :
👉 Fauda : tout ce que vous devez savoir sur la quatrième saison







