Ni victoire ni décision définitive : le coup de téléphone reçu par Netanyahu en plein conseil des ministres a tout dit

Parfois, les petits moments disent plus que mille briefings et dĂ©clarations Ă  la nation. Depuis des annĂ©es, Netanyahu vend au public israĂ©lien Donald Trump comme son atout stratĂ©gique majeur. Cette semaine, il est apparu que cet atout sait aussi prĂ©senter une facture. Contrairement aux cris d’alarme entendus dans le camp Netanyahu, Trump ne l’a pas vraiment lâchĂ© — mais il a fait quelque chose d’au moins aussi dangereux, sinon plus, du point de vue du Premier ministre : il a officiellement cessĂ© de gĂ©rer le Moyen-Orient selon le scĂ©nario que Netanyahu lui avait Ă©crit.

Ce scĂ©nario made in Israel, Netanyahu et ses proches l’avaient apportĂ© Ă  Trump dès l’hiver. Il brillait : une frappe aĂ©rienne sans prĂ©cĂ©dent, un Iran meurtri, un rĂ©gime Ă©branlĂ©, un nuclĂ©aire paralysĂ©, des missiles dĂ©truits, le Hezbollah coupĂ© de son oxygène iranien, et Netanyahu revenant vers le public israĂ©lien avec l’image de la victoire totale, taille CĂ©sarĂ©e.

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Mais au bout du chemin — dans la rĂ©alitĂ©, et non dans la prĂ©sentation israĂ©lienne prĂ©parĂ©e pour Trump — ce n’Ă©tait pas une capitulation iranienne qui attendait, mais un mĂ©morandum d’entente entre Washington et TĂ©hĂ©ran. L’effondrement du rĂ©gime est restĂ© un slogan. Le programme nuclĂ©aire n’est pas appelĂ© Ă  se dĂ©manteler entièrement. Les missiles balistiques ont disparu de la table. Et le règlement de comptes avec les proxies n’est pas prĂ©vu.

Le fossé de perception, pas une erreur de calendrier

Des sources bien informĂ©es dĂ©crivent une frustration amĂ©ricaine croissante, des messages durs et la conviction que les IsraĂ©liens ont poussĂ© Trump Ă  la guerre avec des promesses trop ambitieuses. Les Kurdes ne s’Ă©taient pas soulevĂ©s, les foules n’avaient pas envahi les places de TĂ©hĂ©ran en criant « Trump ! Trump ! », et le rĂ©gime — quelle surprise — a prĂ©fĂ©rĂ© survivre. Ce n’est pas seulement une dĂ©convenue de renseignement, telle que la voit IsraĂ«l. Trump n’a aucun intĂ©rĂŞt Ă  descendre Ă  ce niveau de rĂ©solution : pour lui, ce qui s’est passĂ© constitue une atteinte Ă  la confiance.

Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas eu de rĂ©sultats militaires. Les infrastructures iraniennes, les capacitĂ©s de production, les moyens militaires de l’Iran ont Ă©tĂ© frappĂ©s, et sĂ©rieusement. L’aviation, le Mossad et l’appareil sĂ©curitaire ont fourni une capacitĂ©. Le niveau politique Ă©tait censĂ© la transformer en rĂ©sultat. C’est lĂ , comme toujours, que le brouillard commence.

Dans les dĂ©tails secs aussi se cache un gros problème. Le stock d’uranium enrichi, la question de son retrait d’Iran, le mĂ©canisme de contrĂ´le, le retour des sanctions, le sort du programme de missiles — rien n’a Ă©tĂ© tranchĂ© d’un coup de sabre. Tout cela est passĂ© Ă  la table des nĂ©gociations.

Pourquoi précisément maintenant

Le vrai sujet pour IsraĂ«l se situe dĂ©sormais au Liban. Sur le papier, l’accord a Ă©tĂ© conclu entre Washington et TĂ©hĂ©ran. Sur le terrain, l’une des mines principales de cet accord se trouve Ă  quelques kilomètres au nord de Metula. La clause sur l’arrĂŞt des opĂ©rations militaires « sur tous les fronts », y compris le Liban, est une bouĂ©e de sauvetage aux yeux de TĂ©hĂ©ran et du Hezbollah, et un signal d’alarme politique rouge vif aux yeux d’IsraĂ«l. Si Trump adopte l’interprĂ©tation selon laquelle l’accord impose le calme sur la scène libanaise aussi, alors chaque frappe israĂ©lienne Ă  Dahiyeh, chaque Ă©limination dans le sud du Liban, chaque insistance Ă  maintenir les cinq points, devient un problème amĂ©ricain.

C’est lĂ  le prix que Trump demande Ă  Netanyahu. Selon des sources informĂ©es de la dynamique, le prĂ©sident amĂ©ricain a fait pression lors des deux derniers entretiens tĂ©lĂ©phoniques pour qu’IsraĂ«l accepte un retrait des cinq points du sud du Liban, une sortie du Hermon syrien et une rĂ©duction drastique de l’activitĂ© israĂ©lienne susceptible de mettre en pĂ©ril l’accord avec l’Iran. Netanyahu a refusĂ© catĂ©goriquement. Non parce qu’il ne comprend pas l’importance de Trump, mais parce qu’il comprend très bien ce qu’un tel retrait ferait Ă  la conception sĂ©curitaire israĂ©lienne — et ce qu’il lui ferait politiquement.

Au nord, chaque millimètre de retrait est dĂ©sormais une phrase de campagne Ă©lectorale. Les habitants de GalilĂ©e, qui ont dĂ©jĂ  entendu des promesses de dĂ©mantèlement du Hezbollah, n’accepteront pas facilement l’explication selon laquelle IsraĂ«l renonce Ă  des points clĂ©s pour que Trump puisse se prendre en photo avec un accord face Ă  l’Iran.

Selon des sources en IsraĂ«l, lors du dernier cycle, Trump n’aurait pas autorisĂ© IsraĂ«l Ă  utiliser des avions ravitailleurs amĂ©ricains. Selon une des estimations, il n’a pas non plus ouvert l’espace aĂ©rien de l’Irak et de la Jordanie. Le message Ă©tait clair : si des missiles visent Ben Gourion, les AmĂ©ricains aideront Ă  la dĂ©fense car il y a lĂ  un intĂ©rĂŞt amĂ©ricain. Pour tout ce qui touche Ă  la frappe en IsraĂ«l mĂŞme — IsraĂ«l devra se dĂ©fendre seul. C’est une formulation sèche d’un changement important : le partenaire amĂ©ricain n’est plus prĂŞt Ă  ce que chaque risque pris par IsraĂ«l devienne automatiquement le sien.

Le paradoxe du rêve réalisé

La confĂ©rence de presse de Netanyahu — convoquĂ©e seulement quand il est apparu que Naftali Bennett allait en tenir une de son cĂ´tĂ© — avait quelque chose de rĂ©vĂ©lateur. Ce n’Ă©tait pas la prestation d’un vainqueur, mais de quelqu’un qui tente d’expliquer pourquoi la fin qu’il n’a pas choisie fait quand mĂŞme partie du plan. Ă€ un moment, il a mĂŞme admis qu’il ne connaĂ®t pas tous les dĂ©tails du mĂ©morandum d’entente. Netanyahu, l’homme qui a fait de l’Iran le projet de sa vie, parle d’un accord avec l’Iran dont d’autres ont Ă©crit les notes marginales.

L’ironie est presque cruelle. Face Ă  Obama, il savait ĂŞtre un Churchill sous stĂ©roĂŻdes : Congrès, discours, rupture avec les dĂ©mocrates, guerre mondiale politique au nom de la sĂ©curitĂ© d’IsraĂ«l. Face Ă  Trump, il ne peut pas faire cela. Trump — l’homme que Netanyahu et ses proches ont prĂ©sentĂ© pendant des annĂ©es comme l’alliĂ© parfait — n’est pas un adversaire commode : difficile de dĂ©fier l’idole que tu as toi-mĂŞme placĂ©e sur scène.

C’est pourquoi Netanyahu se tortille. Il ne peut pas se fĂ©liciter avec enthousiasme d’un accord qui laisse d’aussi grandes brèches, et il ne peut pas attaquer Trump. Il sait parfaitement : sans les États-Unis, pas de guerre longue, pas de stock illimitĂ© d’intercepteurs, pas de lĂ©gitimitĂ©, pas de parapluie politique. Et quand Trump veut le calme, mĂŞme la frappe la plus justifiĂ©e Ă  Beyrouth devient une conversation difficile depuis Washington.

Pour en savoir plus sur les relations entre Netanyahu et Trump autour du dossier iranien, lire : Juste après Shabath, Ben-Gvir et Smotrich accourent chez Netanyahu — l’accord de Trump dĂ©chire la coalition

Sur le contexte du retour de la pression maximale amĂ©ricaine contre l’Iran : Pression maximale contre l’Iran : Retour de Brian Hook au sein de l’administration Trump